Monsieur le professeur

Dave Cameron a compris qu'il fallait être à... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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Dave Cameron a compris qu'il fallait être à l'écoute de ses joueurs afin de gagner leur confiance.

Étienne Ranger, Archives LeDroit

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(SUNRISE) Dans les 40 dernières années, Dave Cameron a vécu à peu près tout ce qu'on pouvait vivre dans le merveilleux monde du hockey.

Ses meilleurs souvenirs professionnels ne sont pourtant pas associés à son sport.

«Le hockey, c'est juste un pan de ma vie. J'ai accompli des tas d'autres choses, dans d'autres sphères de la société, qui me rendent tout aussi fier», a-t-il confié, dans une longue conversation qui s'est déroulée en Floride, en marge du repêchage amateur de la LNH.

Cameron a été particulièrement marqué par un court passage dans le monde de l'éducation, dans sa province natale, entre la fin de sa carrière de joueur et le début de sa carrière d'entraîneur.

«En complétant une maîtrise en Éducation, j'ai pu travailler avec des jeunes de l'Île-du-Prince-Édouard qui avaient de sérieux problèmes. J'ai passé du temps auprès de jeunes qu'on jugeait délinquants. J'ai dirigé un programme qui visait à combattre le décrochage scolaire. J'ai vraiment, mais vraiment apprécié ce métier. J'ai apprécié ce travail autant que n'importe quel boulot que j'ai occupé dans le monde du hockey», affirme l'homme de 56 ans.

À l'époque, Cameron était loin de se douter qu'il dirigerait un jour les meilleurs hockeyeurs au monde. Sans le savoir, son travail auprès d'adolescents perturbés le préparait à diriger des athlètes millionnaires.

«Avec les jeunes, j'ai appris très rapidement à quel point les apparences peuvent être trompeuses. Au départ, quand je rencontrais un jeune qui ne se présentait pas à ses cours, qui échouait plusieurs matières et qui se retrouvait souvent dans le bureau du directeur, j'avais presque toujours envie de le prendre par les épaules et de le secouer en lui criant de se réveiller.»

«Les réponses aux problèmes de ces jeunes se trouvaient souvent dans leur environnement de vie. Je dirais que dans 85 à 90% des cas, ces jeunes obtenaient des résultats étonnants, compte tenu du contexte dans lequel ils évoluaient.»

«Ce petit bout de ma carrière m'a enseigné à quel point il pouvait être productif de prendre un peu de recul. Regarder avant de parler. Observer avant d'agir. Cette approche m'a souvent permis de gagner la confiance des jeunes gens qu'on me confiait. Quand je gagnais leur confiance, ils s'ouvraient entièrement à moi.»

Ces notions lui servent encore, aujourd'hui, dans le coaching.

Du premier au quatrième trio

Pour diriger les hockeyeurs d'aujourd'hui, Cameron s'inspire aussi de sa propre expérience de joueur, acquise dans les années 1970 et 1980.

Sur l'Île-du-Prince-Édouard, le jeune attaquant doué qu'il était rêvait d'une carrière dans les rangs professionnels. «Mais, franchement, je ne savais pas que j'étais assez talentueux», avoue-t-il.

Dans le circuit d'excellence universitaire canadien, pourtant, il faisait la loi. Il aurait facilement pu remporter le championnat des marqueurs à l'échelle nationale, deux fois plutôt qu'une. Chaque année, une blessure survenue vers la fin du calendrier régulier l'a privé de sa couronne.

«Deux fois en deux ans, je me suis blessé au même endroit, à Moncton, dans un match contre les Aigles Bleus. La première année, je me suis blessé à une cheville. La deuxième fois, c'est mon genou qui a lâché.»

Son entraîneur sur l'Île, Jack Hines, travaillait aussi à temps partiel comme dépisteur chez les Islanders de New York.

Hines, sans glisser un seul mot à son as fabricant de jeux, a convaincu le directeur général Bill Torrey de lui accorder une chance.

«À l'université et dans les ligues mineures, j'étais une vedette à l'attaque. Pour jouer dans la LNH, j'ai été obligé de me transformer. Je suis devenu un spécialiste des infériorités numériques, un joueur de quatrième trio. Je devais gagner mon poste chaque année au camp d'entraînement. J'avais intérêt à demeurer en santé parce que je prenais vite le chemin des ligues mineures quand je me blessais.»

Cette expérience, frustrante par moments, lui permet aujourd'hui de mieux interagir avec les joueurs de soutien des Sénateurs. «Je me souviens encore très bien de la façon dont je me sentais quand mon entraîneur me disait que je ne ferais pas partie de la formation débutante pour un match important. Quand je dis à mes joueurs que leur attitude s'avère leur meilleur outil pour s'en sortir, je sais de quoi je parle.»

Cameron, l'entraîneur, essaie de valoriser au maximum ses acteurs de soutien.

«Les joueurs de premier plan sont ceux qui reçoivent toute l'attention des médias et des partisans. Ils ne manquent pas de reconnaissance.»

«Moi, j'ai l'habitude de dire qu'un club de hockey, c'est comme un casse-tête. Le plus beau casse-tête du monde ne sera pas apprécié à sa juste valeur s'il manque une seule pièce.»

«La pièce manquante d'un casse-tête d'une équipe de hockey devient très rapidement la faiblesse de l'équipe. La faiblesse d'une équipe, souvent, ça saute aux yeux. Les autres équipes l'identifient assez rapidement. Ils ne perdent pas de temps à l'exploiter.»

Une équipe de hockey, croit Cameron, ne peut pas gagner de façon régulière si son puzzle n'est pas complet.

D'une Île à l'autre

Dave Cameron a accepté de nous rencontrer dans les gradins du BB & T Center de Sunrise, à deuxheures du début du repêchage. Il s'est rappelé de son propre repêchage. Les Islanders l'avaient sélectionné en huitième ronde, en 1978.

«À l'époque, pour payer mes études, je travaillais dans un abattoir. Les employés d'entretien sont venus me voir, au beau milieu de mon quart de travail du soir. Ils me disaient que la station de radio locale cherchait à me contacter parce que j'avais été repêché. Les gars de l'entretien étaient de vrais bouffons. J'étais convaincu qu'ils essayaient de me jouer un tour. J'ai choisi de ne pas les croire.»

C'est à la fin de sa journée de travail, aux environs de minuit, qu'il a fini par comprendre qu'il ne s'agissait pas d'un canular.

Un de ses frères était resté debout, à l'attendre, pour lui annoncer qu'il avait bel et bien été sélectionné.

Avant les réseaux sociaux et les téléphones intelligents, l'information circulait un peu moins rapidement...

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