Aumont, un jeune retraité heureux

Phillippe Aumont ne s'ennuie pas «deux secondes» du... (Matt Slocum, Archives AP)

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Phillippe Aumont ne s'ennuie pas «deux secondes» du baseball. Il envisagerait de revenir seulement pour représenter son pays, dit-il.

Matt Slocum, Archives AP

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Près de deux mois après avoir surpris le monde du sport local en accrochant ses crampons après une sortie désastreuse, Phillippe Aumont ne regrette absolument rien.

Le lanceur gatinois de 27 ans qui avait été un choix de première ronde au repêchage du Baseball majeur a laissé la poussière retomber et il est maintenant plus à l'aise que jamais de parler de sa décision de prendre sa retraite.

Sa décision n'est pas irrévocable, mais les chances de le revoir sur un monticule semblent très minces à la lumière d'une entrevue accordée au Droit jeudi.

«Je ne fais pas grand-chose présentement, je suis en mode repos et je fais des choses que je n'ai pas faites depuis des années. J'ai du fun et ça se passe bien. C'est un ajustement, le train de vie est différent. Je n'ai pas de regrets d'être parti, ça a fait du bien. Je n'avais plus autant de fun à jouer. Le but premier quand tu fais du sport, c'est de s'amuser. Quand tu as du fun, tu peux compétitionner un peu mieux. Ce n'était plus là. Ça m'a pris du temps avant de prendre ma décision, ça faisait un bout que j'y pensais. Ce n'était pas un coup de tête après ma dernière sortie qui a fait déborder le vase, ça me travaillait depuis un bout de temps», a-t-il confié.

Un rappel que c'est au lendemain d'un match où il avait concédé cinq points mérités sur quatre coups sûrs sans obtenir un seul retrait pour les Knights de Charlotte, filiale AAA des White Sox de Chicago, le 6 juin dernier, qu'il est rentré dans ses terres à Gatineau. Alors qu'il avait été le dernier releveur retranché au camp d'entraînement des Sox, ses sorties précédentes avaient également été laborieuses, comme en font foi ses statistiques cette saison - fiche de 0-2, deux sabotages, moyenne de points mérités de 12,27 avec 18 coups sûrs et 11 buts sur balles concédés en 11 manches lancées.

Le feu sacré pour son sport n'était plus là, ce qui fait qu'il a décidé de prendre une pause pour voir si la flamme pourrait être ravivée. Ce qui ne semble pas le cas.

«Physiquement comme mentalement, je n'étais plus là pour compétitionner. C'était dur sur le corps et sur le mental d'être dans ma situation. Ça me trottait dans la tête, j'y pensais constamment. Au début, c'était une pause pour voir si ça allait me manquer ou pas et pour être honnête, ça ne me manque pas deux secondes. Je suis bien content de ma décision», affirme-t-il avec conviction.

Aumont n'a pas totalement tourné le dos au baseball. Il regarde à l'occasion des parties à la télévision, impliquant les White Sox ou d'anciens coéquipiers des organisations des Phillies, équipe avec laquelle il a passé la majorité de sa carrière, et des Mariners, le club qui l'a repêché au 11e rang au total en 2007.

«Je me suis fait bien des amis et des connaissances dans le baseball, je les regarde quand ça adonne et je suis content pour eux. Mais je n'ai pas le sentiment que "je devrais être là", ou "j'aurais dû me rendre là", rien comme ça», dit-il.

Le droitier de 2,01 m (6' 7") et 109 kg (240 livres), qui s'est promené entre la rotation de partants et l'enclos des releveurs tout au long de sa carrière, n'entretient aucune rancune envers le sport du baseball, qui a été quand même bon pour lui. Après avoir obtenu une prime de signature de 1,9 million $ après son repêchage, il a été impliqué dans un échange majeur contre une étoile des majeures, Cliff Lee, et il a réalisé son rêve en atteignant les majeures avec Philadelphie, participant à 46 matches avec eux entre 2012 et 2016 (fiche de 1-6, MPM de 6,80 avec deux sauvetages).

Il a aussi porté l'uniforme d'Équipe Canada à plusieurs reprises, dont l'an dernier lorsqu'elle a remporté l'or des Jeux panaméricains de Toronto.

«J'ai vécu un rêve. Il y a tellement de gens qui m'ont aidé dans mon cheminement. J'ai rencontré plein de monde, j'ai plein de connaissances. J'ai voyagé le monde. Name it, j'ai presque tout fait. Le baseball m'a apporté plus que j'aurais pensé dans une vie complète. Je dois dire un gros merci aux gens qui m'ont aidé à grandir là-dedans et devenir l'homme que je suis aujourd'hui. Je n'ai aucun sentiment d'avoir échoué, vraiment pas rien à me reprocher. J'ai vécu de belles choses», ne manque-t-il pas de souligner.

S'il garde une porte entrouverte à un retour, ce serait d'ailleurs seulement pour endosser à nouveau l'unifolié en mars prochain lors de la prochaine Coupe du monde de baseball. Il va écouter si le gérant de l'équipe Greg Hamilton manifeste un intérêt pour ses services.

Pas de cours de coach, pas de poste d'entraîneur

Prendre sa retraite du baseball professionnel à l'âge de 27 ans, armé d'un seul diplôme d'études secondaires, ce n'est pas nécessairement évident.

En présumant que la passion pour son sport ne lui reviendra pas, Phillippe Aumont n'a pas encore décidé dans quel domaine il canalisera ses énergies à l'avenir.

Une option serait de partager ses connaissances en travaillant comme entraîneur pour son mentor, Stéphane Pétronzio, le directeur du programme sport-études baseball à la polyvalente Nicolas-Gatineau et entraîneur-chef des Tyrans midget AAA de Gatineau. Mais il y a un hic.

«J'ai offert à Stéphane de lui donner un coup de main, pour les Jeux du Québec par exemple, mais Baseball Québec a ses règles. Même si j'ai 10 ans d'expérience dans le baseball professionnel et que je connais ça, il faudrait que je suive mes cours de coach», a-t-il indiqué.

Aumont n'est pas le premier ancien professionnel à devoir composer avec de telles règles d'une organisation sportive, c'est également commun au hockey. 

«C'est un peu plate, mais c'est correct, ajoute-t-il. Quand je vais me décider, j'irai les suivre, ces cours. Ça ne doit pas être trop dur, de toute façon. Ce ne sera pas tout de suite, mais c'est sur que j'aimerais coacher avec Steph, qui a une bonne tête de balle. Il est un des top au Québec, le meilleur de l'Outaouais. Ça va toujours être une option d'aller travailler avec lui et d'aider à agrandir le programme sport-études et le midget AAA. C'est quelque chose qui m'intéresse, si Stéphane continue, j'aimerais me joindre à son équipe. La compétition est peut-être terminée pour moi, mais j'ai encore des connaissances de baseball que je pourrais partager.»

Dans une ligue senior?

En plus de vouloir partager son savoir avec les jeunes de la région, Phillippe Aumont pourrait éventuellement être revu sur les terrains du coin... dans une ligue senior!

«J'ai toujours aimé frapper et jouer à une position. J'ai le goût d'aller dans une cage de frappeur et voir comment je me débrouillerais. Vous allez peut-être me voir sur un terrain l'an prochain. Je ne retournerai pas lancer cependant. Lancer, c'est fini. J'en ai eu en masse, c'est peut-être ce qui m'a fait partir. Je trouvais ça long à la fin. Quand tu travailles fort pour quelque chose et que ça ne débloque pas, à un moment donné, tu t'écoeures. Je me suis tanné. J'avais l'habileté, j'avais la taille, j'avais le bras, mais à un moment donné, il faut passer à autre chose au lieu d'attendre que peut-être ça débloque un jour. La vie est belle et il faut en profiter», lance-t-il.

Si jamais il tentait sa chance comme joueur de position dans les rangs professionnels, Aumont ne serait pas le premier lanceur à essayer d'effectuer cette transition, réussie par son coéquipier d'Équipe Canada Adam Loewen ainsi que par Rick Ankiel, ancien des Cards de St. Louis, notamment.

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