De petite fille intimidée à future championne

Vanessa Lepage-Joanisse a fait la connaissance dans les... (Courtoisie)

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Vanessa Lepage-Joanisse a fait la connaissance dans les dernières heures de son adversaire nettement plus grande Alejandra Jimenez. Les deux femmes s'affronteront samedi dans un combat de championnat du monde des poids lourds de la WBC.

Courtoisie

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Ses tresses sont faites depuis trois jours. La pesée officielle a été tenue vendredi. Dans quelques heures, la cloche sonnera pour le combat le plus important de sa jeune carrière.

Vanessa Lepage-Joanisse montera dans un ring aménagé dans un hôtel de Cancun, samedi soir, au Mexique. L'enjeu ? Le titre de championne du monde de la WBC chez les poids lourds.

Pour y arriver, la boxeuse de la Petite-Nation devra vaincre la favorite locale Alejandra « La Tigresse » Jimenez, invaincue en huit combats. Huit victoires, dont six par knock-out.

Lepage-Joanisse a gagné à ses trois sorties chez les pros en un an et demi. Elle devient la première pugiliste de l'Outaouais à se battre pour une ceinture mondiale depuis Gaétan Hart en 1980.

Superstitieuse, la femme âgée de 22 ans compte respecter la même routine dans les heures qui vont précéder cette première bataille pour le titre des poids lourds. Elle sait déjà ce qui se trouvera dans son assiette. « Ce sera homard et steak, confie-t-elle.

«Ça fonctionne depuis mon premier combat en mars 2016 au Nouveau-Brunswick. Ça porte chance. Pas question de changer un rituel gagnant», dit-elle, sourire en coin.

Lepage-Joanisse va sûrement penser à son parcours des six dernières années en marchant vers l'arène quand son nom sera appelé par l'annonceur maison. Six années fertiles en émotions.

«Il y en a eu des rebondissements et des anecdotes... Assez pour en faire un bon film, rappelle son entraîneur Stéphane Joanisse, qui la dirige depuis ses débuts.

«Je me souviens notamment d'une fois que Vanessa était incapable de dormir chez elle avant une grosse compétition. Elle était venue au gym et s'était couchée sur le ring.»

Celle qui se faisait battre

Anita Lepage regardait sa fille échanger des coups de poing dans le ring lorsque Le Droit s'est arrêté au club de boxe BG de Buckingham, en début de semaine. La maman était fière.

«Fière de la femme que Vanessa est devenue, même si j'aurais aimé qu'elle fasse un autre sport que ça», lance-t-elle en riant. Et dire que c'est elle qui l'a initiée à la boxe, il y a six ans.

«Le 29 octobre 2011. Je m'en rappelle encore très bien», précise Vanessa Lepage-Joanisse, qui venait de mettre fin à l'époque à une carrière prometteuse au lancer du javelot et du poids en raison d'une blessure à un genou.

C'était au club de boxe de la Petite-Nation.

«J'étais la seule fille qui était là. Je ne pensais pas aimer ça. Ma mère m'a amené là-bas. Finalement, j'ai tripé. Et maintenant, je vais me battre dans un combat de championnat du monde.»

En complétant cette phrase, les yeux de Lepage-Joanisse s'illuminent. Un peu comme ceux des enfants qu'elle a rencontrés au fil des dernières années dans des écoles de l'Outaouais.

On l'a invité à donner des conférences sur l'intimidation.

Car la boxeuse, qui a gagné plusieurs titres dans les rangs amateurs avant de passer chez les pros, ne l'a pas eu facile durant ses années au primaire.

«J'étais la fille qui se faisait battre avant que je commence à boxer, confie Lepage-Joanisse.

«J'étais beaucoup intimidée. C'était très dur. Quand j'ai commencé à faire du sport, cela a complètement arrêté. C'est pourquoi je fais beaucoup ces conférences. J'explique où j'étais et où je suis rendue aujourd'hui. Tu vois les yeux des enfants s'illuminer. Ils viennent même te donner des caresses.»

Non loin, Anita Lepage écoute sa fille livrer son témoignage.

«Je suis contente qu'elle te parle de ça, dit-elle de l'intimidation. Je l'ai vu souvent revenir de l'école avec des marques ou en larmes...»

Une vraie pro

Vanessa Lepage-Joanisse a livré une vingtaine de combats dans les rangs amateurs entre 2012 et 2014, perdant seulement trois fois. Un de ses revers est justement survenu au Mexique.

Plus précisément à Guadalajara, il y a trois ans, en finale des Championnats continentaux de boxe féminine. L'officielle a mis fin au combat avec 15 secondes à écouler au quatrième et dernier round.

«Nous n'avons pas l'intention de revivre la même chose», affirme Stéphane Joanisse.

Après ce revers, sa protégée rêvait encore de poursuivre sa route dans les rangs amateurs. Elle espérait participer aux Jeux olympiques.

«Mais les choses n'avançaient pas pour moi. Nous avons alors choisi de passer chez les pros... La plus belle décision que j'ai pu prendre», reconnaît Vanessa Lepage-Joanisse.

C'était en 2015. Elle a toutefois dû patienter un an avant d'effectuer ses débuts chez les grandes en mars 2016.

Parce qu'il n'était pas facile de lui trouver un adversaire. Deux de ses combats ont aussi été annulés.

Puis aucun promoteur ne l'a pris sous son aile. C'est toujours le cas.

«Nous avons tout le temps fait notre petite affaire, fait notre bout de chemin», note Stéphane Joanisse.

Dans quelques heures, ce chemin pourrait amener la petite fille qui était intimidée à l'école vers un premier titre mondial en carrière. Un exploit qui n'a jamais été réalisé dans l'histoire de la boxe en Outaouais.

Boxeur, entraîneur et enquêteur

Il porte le même nom de famille que sa boxeuse. Mais aucun lien de parenté ne lie Stéphane Joanisse à Vanessa Lepage-Joanisse.

L'entraîneur a toujours pris le soin de le souligner au fil des ans. « Pendant longtemps, beaucoup de monde pensait que j'étais son père, raconte-t-il.

«Mais même si elle n'est pas ma fille, elle est devenue comme une de mes filles. Elle fait partie intégrante de ma famille», ajoute Joanisse, qui est père de trois jeunes enfants.

Sa famille effectuera notamment le voyage au Mexique, dont sa conjointe Mélanie qui l'appuie depuis ses débuts dans cette aventure dans la boxe outaouaise. Cet enquêteur de la Sûreté du Québec a fondé le club de la Petite-Nation à l'automne 2010, un an avant de faire la rencontre de Lepage-Joanisse.

Joanisse a organisé plusieurs galas pour ses athlètes en plus de faire construire un édifice pour héberger le club à Saint-André-Avellin. Épuisé et voulant consacrer plus de temps à sa famille, il a mis la clé dans la porte l'an dernier.

Mais il n'était pas question de cesser de diriger Lepage-Joanisse. Surtout que la boxe fait partie de son ADN, lui qui a livré une trentaine de combats chez les amateurs.

En 2005, il a gagné une médaille de bronze aux Jeux mondiaux des policiers et pompiers.

Douze ans plus tard, le voilà dans le coin d'une boxeuse qui peut gagner un titre mondial. «J'avais dit à la mère à Vanessa après quelques entraînements que j'allais faire de sa fille une championne canadienne un jour.... Elle m'en parle encore. Mais jamais je n'aurais pensé nous rendre où nous sommes aujourd'hui», avoue-t-il.




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