La confiance d'Ali, la fierté des Noirs américains

Ali, décédé vendredi à l'âge de 74 ans,... (David Goldman, AP)

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Ali, décédé vendredi à l'âge de 74 ans, a offert une voix à plusieurs Noirs frustrés par l'attitude de la société blanche américaine, qui leur demandait d'aller combattre le communisme au Vietnam alors même qu'elle pratiquait ouvertement la ségrégation et la discrimination chez elle.

David Goldman, AP

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Jesse J. Holland
Associated Press
WASHINGTON

Pour Mohamed Ali, l'idée d'être un athlète humble, coulé dans le moule afin d'être plus acceptable pour les Blancs américains, n'a jamais été envisagée.

Il a plutôt demandé à être respecté non seulement comme boxeur, mais comme un Noir au tempérament impétueux, à qui on ne pouvait pas dicter une ligne de conduite et qui était heureux d'être un symbole de fierté pour les Afro-Américains. Il inspirait le courage et la confiance, était talentueux et était doté d'un grand sens du spectacle.

«Il est devenu à la fois le symbole de la défiance des Noirs, de leur mouvement de protestation et de leur excellence», a déclaré le révérend Al Sharpton, un ami de longue date du boxeur.

Ali, décédé vendredi à l'âge de 74 ans, a offert une voix à plusieurs Noirs frustrés par l'attitude de la société blanche américaine, qui leur demandait d'aller combattre le communisme au Vietnam alors même qu'elle pratiquait ouvertement la ségrégation et la discrimination chez elle.

«À une époque où les Noirs qui osaient parler d'injustice étaient qualifiés de prétentieux et souvent arrêtés sous n'importe quel prétexte, Mohamed a de son plein gré sacrifié les meilleures années de sa carrière afin de se battre pour ce qu'il croyait être juste», s'est rappelé l'ex-vedette de la NBA Kareem Abdul-Jabbar, qui comme Ali s'est converti à l'islam.

Abdul-Jabbar a été, vers la fin des années 1960, l'un des nombreux athlètes afro-américains de premier plan à endosser le boxeur pour ses croyances religieuses et son objection à la Guerre du Vietnam.

Auparavant, peu de gens avaient entendu un Noir ayant du succès parler de lui avec autant d'orgueil devant des Blancs comme le faisait Ali. Et ç'a fait une différence, estime son biographe, Thomas Hauser.

«Je ne peux vous dire combien de personnes sont venues me voir pour me dire: "Avant Mohamed Ali, je croyais qu'il valait mieux être Blanc que Noir. J'avais honte de la couleur de ma peau et Ali m'a rendu fier. Il m'a rendu aussi fier d'être Noir qu'un Blanc pouvait être fier de lui."»

Le lendemain de sa première victoire en championnat du monde, Ali a annoncé avoir rejoint la Nation de l'islam, une organisation politico-religieuse américaine, et avoir rejeté son nom «d'esclave» de Cassius Clay. Il a également refusé d'être conscrit par l'Armée américaine pour aller se battre au Vietnam.

Il aurait été plus facile et beaucoup plus payant pour Ali de rester tranquille et de faire ce que plusieurs souhaitaient de sa part, a déclaré son ami, le commentateur sportif Howard Cosell. Les gens voulaient «un homme noir conçu par l'homme blanc», a déjà dit Cosell.

Les États-Unis ont longtemps souhaité que les athlètes noirs agissent avec déférence, a expliqué Clarence Lang, président de la Chaire d'études africaines et afro-américaines de l'Université du Kansas.

«Les attentes étaient qu'ils gardent la tête basse, qu'ils ne rendent pas les Blancs mal à l'aise par leur excellence ou en parlant de leur excellence», rappelle Lang.

Ali n'a jamais donné dans la déférence.

«Je suis l'Amérique, clamait-il. Je suis la partie de l'Amérique que vous ne voulez pas reconnaître. [...] C'est mon nom, pas le vôtre. Ma religion, pas la vôtre. Mes objectifs.»

Lang prévient qu'il serait faux de présumer qu'Ali était adoré quand il était champion du monde. Il ne faisait pas l'unanimité au sein du mouvement des droits civiques en raison de certains de ses commentaires, pas plus qu'au sein des communautés religieuses en raison de sa conversion à la Nation de l'islam. Même au sein de la communauté noire, son refus de se battre au Vietnam ne faisait pas consensus.

«D'une certaine façon, Ali est devenu populaire après sa carrière, croit Lang. Je pense que les gens aiment l'aimer maintenant.»

Même à l'époque, ceux qui n'étaient pas nécessairement en accord avec la rhétorique d'activistes noirs comme H. Rap Brown, Stokely Carmichael ou Malcolm X «pouvaient néanmoins respecter le talent d'Ali», soutient Lang.

Pour Sharpton, «Ali est passé de l'une des personnes les plus méprisées du monde à l'une des plus populaires parce que les gens respectaient le fait qu'Ali croyait sincèrement ce pourquoi il avait sacrifié (sa carrière)».

«S'il y avait un mont Rushmore pour les Noirs influents aux États-Unis, ajoute Sharpton, Ali ne serait pas sur la montagne. Il serait la montagne.»

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