Courir pour l'amour des bovins

«(Mon frère) aime me motiver à courir plus... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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«(Mon frère) aime me motiver à courir plus vite. Il m'a dit qu'il me donnerait une de ses vaches si je gagnais le marathon ici», explique Peter Kirui, en vue de la Fin de semaine des courses.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Une victoire au marathon d'Ottawa tomberait «vachement bien» pour Peter Kirui demain avant-midi.

Le Kenyan de 27 ans visite la capitale nationale pour la première fois de sa carrière de coureur. À Kericho, là où il a grandi entouré de 14 frères et 14 soeurs (son père a quatre épouses), les champs de thé poussent à foison. Presque tout le monde travaille dans l'industrie du thé dans cette belle région de la vallée du Rift. Cependant, pour subvenir aux besoins de cette famille élargie, les Kirui tiennent également des fermes bovines.

Peter Kirui est le seul coureur de la famille, mais il assure que ce n'est pas pour se sauver de son clan qu'il se déplace à haute vitesse. «Non, non. On travaille tous ensemble et tout le monde se range de mon côté pour m'encourager.»

Et comment? Avant de s'envoler pour Ottawa, son frère aîné, un géant de 7' 4", lui a fait une promesse.

«Philip aime me motiver à courir plus vite. Il m'a dit qu'il me donnerait une de ses vaches si je gagnais le marathon ici!» explique l'athlète qui concède 14 pouces à son aîné malgré ses six pieds.

Une passion

Il faut dire que Peter Kirui raffole des vaches et de tout ce qui en découle. Pendant que LeDroit tentait d'en connaître davantage à son sujet vendredi, pratiquement toutes ses réponses avaient rapport aux vaches. Exemple: ce qu'il aime le plus depuis son arrivée?

«Le lait ici est très, très bon. C'est sucré et frais. La première chose que j'ai faite en arrivant à l'hôtel, c'est de prendre un grand verre de lait», raconte celui qui doit maintenant contenir ses impulsions depuis quelques jours.

Les vaches ont également été ses premiers partenaires d'entraînement dans les vallées de Kericho. «Dès l'âge de cinq ans, j'ai couru de bonnes distances pour faire le trajet entre la maison et l'école, matin, midi et soir. Mais à 12 ans, il m'arrivait de transporter le troupeau de vaches d'une ferme à l'autre sur des distances de 45 kilomètres. Des fois, j'en transportais 15 à 20 sur des terrains accidentés. J'ai rapidement réalisé que j'étais plus rapide et plus endurant que les autres garçons de mon âge.»

Relativement nouveau dans le peloton des marathoniens, Peter Kirui pense avoir des chances de croiser le fil d'arrivée du parcours de 42,2 km en premier.

«Si la température reste fraîche, j'aurai des chances. Chez nous où je m'entraîne, c'est en haute altitude (2150 m) et il fait très froid.»

Il faut dire que le Kenyan arrive à Ottawa en pleine confiance. En mars dernier, il a gagné le demi-marathon de Prague en 59 minutes et 22 secondes. Spécialiste de cette distance ainsi que celle du 10 km, Kirui vise toutefois une participation au marathon des Jeux olympiques de 2016. La course de demain sera seulement son cinquième marathon.

«Je n'ai pas encore gagné sur cette distance, mais je m'améliore encore et je suis prêt à lutter avec les meilleurs dimanche. Si je parviens à maintenir le rythme jusqu'au 35e kilomètre, je pourrai avoir recours à une tactique pour tenter de gagner ou finir deuxième.»

«Tout est possible»

Confiant, mais prudent, Kirui ne va pas jusqu'à dire qu'il pourra abaisser le record du parcours de deuxheures, six minutes et 54 secondes même si son record personnel de 2:06:31 a été établi à Frankfurt en 2011. «Ça va dépendre de la température, mais j'ai confiance de finir en moins de deuxheures et huit minutes. J'ai fait le demi-marathon en moins d'une heure en mars. Tout est possible!»

Quelque part sur une ferme de Kericho, le sort d'une vache dépend de celui de Kirui dimanche.

Les champions en titre absents

Il y aura un nouveau champion du marathon d'Ottawa dimanche.

Les Éthiopiens Yemane Tseguay (2:06:54 chez les hommes) et Tigist Tufa (2:24:30 chez les femmes) ont fracassé les records du parcours en 2014, mais ils ne sont pas de retour cette année. Malgré l'absence des champions en titre, le peloton demeure très compétitif. D'ailleurs, les plus fervents amateurs de la Fin de semaine des courses vont reconnaître l'Éthiopien Deriba Merga, qui effectue un retour à la compétition après avoir été malade lors des dernières années.

Pour ceux qui l'ignorent, Merga a établi le record du parcours d'Ottawa sur 10 km avec un chrono de 27 : 24 en 2009. Cette marque tient toujours. Rétabli d'une inflammation à la jambe gauche, Merga sera sur la ligne du départ du marathon cette année. Il a connu ses heures de gloire sur cette distance en 2008, alors qu'il a terminé au quatrième rang des Jeux olympiques de Pékin. L'année suivante, il avait remporté le marathon de Boston.

«J'ai été plus tranquille dans les dernières années. J'ai couru en dépit de la douleur à ma jambe gauche, mais ça n'a fait qu'empirer la situation. J'ai dû suspendre mes activités.

«Je vais mieux maintenant. Je suis bien préparé. Je ne dis pas que je vais battre mon record personnel (2:06:38), mais je suis en forme pour lutter pour la victoire», a expliqué le coureur de 33 ans en conférence de presse vendredi.

Courir pour son père

Son compatriote Gebe Burka, qui a couru le marathon de Houston en 2:08:12 en janvier, devrait aussi aspirer au titre masculin. Nouveau père, il a cependant vécu la douleur de perdre le sien la semaine dernière.

«J'étais au sommet de ma forme avant de vivre cette tragédie personnelle. Je vais courir pour lui.»

Les Éthiopiens Girmay Birhanu, Dadi Yami et Chele Dechasa ont tous couru le marathon sous les 2:10:00 dans les dernières années. Birahnu détient le meilleur temps du peloton avec un 2:05:49 en 2014. Les Kenyans Alfers Lagat, Philip Kangogo, Julius Chepkwony, Victor Kipchirchir et Josphat Menjo sont dans les mêmes temps tout comme l'Ukrainien Oleksandr Sitkovskiy.

Le Canadien le mieux classé est Robin Watson qui tentera d'obtenir son laissez-passer pour les Jeux olympiques s'il peut courir sous les 2:12:49. Pour se faire, il devra retrancher 40 secondes à son record personnel.

Chez les dames, un groupe de 16 coureuses internationales ont couru sous la barre de deux heures, 30 minutes en carrière. Faudra tenir à l'oeil Agnes Kiprop du Kenya et les Éthiopiennes Aberu Zennebe, Fantu Eticha Jimma et Yehi Esayias. Cette dernière a gagné deux fois le marathon d'Ottawa. Elle en sera à sa cinquième présence à cette course. Catrin Jones est la Canadienne la mieux classée.

Ce soir, une trentaine d'athlètes internationaux prendront part au 10 km. L'Olympien Eric Gillis sera la grande vedette canadienne chez les hommes et Lannie Marchant et Natasha Wodak chez les dames.

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