Le coloré Tortorella avait marqué cette série de première ronde, remportée en cinq parties par des Sénateurs, en lançant une citation célèbre au sujet de son propre gardien, John Grahame. «Je suis un peu fatigué de la règle des 25%», avait-il lancé après avoir retiré son cerbère lorsqu'il avait accordé quatre buts sur 16 tirs.
Quand les résultats de samedi dernier ont confirmé qu'on aurait droit à un duel Rangers-Sénateurs en première ronde des séries de cette année, j'ai immédiatement pensé à cet épisode où «Torts» avait laissé paraître son désespoir quant à la situation devant son filet.
Mettons qu'avec «King» Henrik Lundqvist - mon favori pour remporter le trophée Vézina cette saison - il y a peu de chances que Tortorella ait à se plaindre de la tenue de son gardien contre les Sénateurs. Son club, premier dans l'Association Est en saison régulière, part avec l'étiquette de favoris.
Alors qu'il a cet as dans sa manche, Ottawa doit s'en remettre à un Craig Anderson qui, pour continuer l'analogie du jeu de cartes, est probablement l'équivalent d'un valet. Il vous donne une chance de gagner la main, mais il n'y a rien de vraiment certain. D'ailleurs, quelques défaites à New York à la fin de la semaine et il va certainement y avoir des gens dans la capitale qui vont souhaiter que Ben Bishop soit lancé dans la mêlée.
«Sa fiche parle d'elle-même, il a gagné le trophée Vézina», a déclaré hier l'entraîneur-chef des Sénateurs Paul MacLean. Il s'agit d'une déclaration erronée car Lundqvist a été en nomination trois fois pour le trophée remis au meilleur gardien mais ne l'a jamais gagné.
«Craig a bien joué pour nous et il a donné une chance de gagner beaucoup de parties aussi. Nous avons beaucoup de confiance en notre gardien», a-t-il ajouté.
Anderson devrait se présenter au Madison Square Garden tout aussi confiant vu qu'il a connu du succès à cet endroit. Il a remporté ses six départs en carrière avec une moyenne de 1,13 et deux blanchissages, dont le dernier à sa dernière visite à Manhattan, le 12 janvier (34 arrêts dans un gain de 3-0).
En même temps, il n'a qu'une seule expérience précédente en séries. Les Sharks de San Jose avaient éliminé son club, l'Avalanche du Colorado, en six parties en 2010. Il n'avait rien eu à se reprocher, bloquant 223 tirs sur 239 (taux d'efficacité de ,933).
Lundqvist est plus expérimenté, mais il n'a quand même jamais gagné plus qu'une ronde avec les Rangers, sa fiche en carrière étant de 15-20.
«Bien des gardiens dans le passé n'ont jamais gagné un match (en séries), puis ils se mettent à jouer et ils gagnent la coupe, alors que d'autres jouent pendant des années avant de gagner. On ne peut pas dire que l'expérience est un facteur déterminant, mentionnait Anderson hier. Ça dépend comment votre équipe joue. Est-ce que vous faites les gros arrêts pour les gars et est-ce que vous demeurez dans le moment présent?»
«Tout le monde va comparer les deux gardiens, c'est toujours comme ça. C'est évident qu'il (Lundqvist) est un excellent gardien, un candidat au Vézina. Il leur donne une chance de gagner chaque soir. Il va essayer de continuer à faire ça, et c'est mon objectif aussi. Mais on n'est qu'un joueur sur notre équipe. On fait notre travail, mais je ne peux pas lancer sur Henrik et il ne peut pas lancer sur moi», a-t-il ajouté.
Daniel Alfredsson va pouvoir lancer sur Lundqvist, lui, et il le connaît très bien pour avoir gagné l'or olympique avec lui pour la Suède en 2006. Le capitaine disait hier avoir bien hâte de relever le défi de déjouer celui qui était son assistant-capitaine lors du dernier match des étoiles à Ottawa.
«Il est un bon ami, mais une fois que la rondelle est mise en jeu, il est juste un adversaire. Je connais ses tendances, mais il est tellement bon, ça ne me servira pas, à moins que ce soit lors d'un tir de punition, car dans le feu de l'action, j'y vais avec mon instinct et lui aussi. Mais c'est toujours amusant de jouer contre vos amis. Je sais qu'il est un féroce compétiteur, ça va prendre tout ce qu'on a pour marquer des buts contre lui... Il est excellent, mais en même temps, pour connaître une saison comme ils en ont connu une, ce n'est pas seulement l'équipe d'un gardien», estimait Alfredsson.
Les Sénateurs vont certes vouloir mettre le «King» à l'épreuve le plus souvent possible au cours de la série, mais ce ne sera pas nécessairement évident. Les Rangers est l'équipe qui a bloqué le plus de tirs (1338) parmi les 16 qui prendront part à la danse du printemps. Ils étaient quatrièmes à ce chapitre dans la LNH en saison régulière, derrière trois clubs qui sont partis jouer au golf (les Islanders, le Wild et le Canadien).