Cette réunion s'est mise en branle en début d'après-midi. Les quelques milliers de manifestants qui ont convergé vers la colline parlementaire, vendredi midi, se sont aussi dirigés vers l'édifice Langevin, qui abrite les bureaux du premier ministre Stephen Harper, au son des tambours et de chants.
Les manifestants qui se sont heurtés à des portes closes ont essayé tout de même de pénétrer à l'intérieur de l'édifice, frappant sur les portes.
Vendredi matin, celle qui est devenu le symbole de cette crise, Theresa Spence, est sortie appeler au boycott de la réunion. «Cette réunion aurait dû se tenir depuis tant d'années», a déclaré la chef d'Attawapiskat, manifestement affaiblie par un mois de diète liquide. Mais elle maintient que ce doit être une rencontre entre les chefs, le gouverneur général et le premier ministre.
Les chefs de l'Ontario ont appuyé Mme Spence et exigé que le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Sean Atleo, renonce à participer à la rencontre. «Nous lui disons aujourd'hui de ne pas y aller», ont lancé en choeur Gordon Peters et Harvey Yesno. Chez les chefs manitobains, on discutait de la possibilité d'un vote de non-confiance qui minerait le leadership du chef Atleo.
Mais ce dernier a l'appui des chefs du Québec et du Labrador.
«Notre intention à nous, c'est de saisir cette opportunité de présenter un message clair au niveau du gouvernement du Canada», a expliqué Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador, en point de presse.
À ses côtés, Matthew Coon Come a insisté sur la nécessité de profiter de la porte ouverte par Stephen Harper. Tous deux disent qu'il y a urgence de rétablir le processus politique entre le gouvernement et leurs peuples.
Les deux lois omnibus «38, 45, c'est juste des exemples. Ce sont des gouttes qui ont fait déborder le vase, a élaboré M. Picard. Au delà de cela, c'est qu'il y a absence d'un processus politique réel dans ce pays entre le gouvernement fédéral et les Premières Nations et c'est ce qu'on cherche à rétablir.»
Les chefs de l'Ontario n'en sont plus là. Ils disent que si le premier ministre et le gouverneur général ne se présentent pas à l'hôtel où ils sont réunis, vendredi, il y aura une escalade.
Le 16 janvier, les autochtones de l'Ontario bloqueront tous les «corridors» de la province, à savoir routes et chemins de fer, pour nuire au transport des marchandises.
«Le Canada essaie de se débarrasser de nous pour mettre la main sur la terre et les ressources», a accusé le chef Peters.
Le ton a aussi monté au cours de la sortie de Mme Spence sur l'île Victoria. La chef n'a accepté aucune question des journalistes. Et elle ne s'est pas laissée distraire par le cri d'un homme qui demandait «Where did the money go Theresa?» («où est allé l'argent, Theresa?»).
Lundi, le gouvernement fédéral rendait publique une vérification comptable de la réserve d'Attawapiskat qui soulignait l'absence de documents pour justifier la majorité des dépenses entre 2005 et 2011.
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