McGuinty s'en va et proroge le parlement

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Après avoir récemment obtenu la confiance de 86% des délégués libéraux lors d'une assemblée générale à Ottawa, le premier ministre ontarien Dalton McGuinty en a surpris plus d'un lundi en annoncant sa démission.

MARTIN ROY, LeDroit

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François-Pierre Dufault
Le Droit

Le premier ministre Dalton McGuinty a plongé l'Ontario dans l'incertitude, lundi, en annonçant sa démission imminente et la prorogation de l'Assemblée législative pour une période indéterminée.

Le chef libéral sortant a dit vouloir passer plus de temps avec sa famille et permettre à sa formation politique de se renouveler. «Ma responsabilité était de m'assurer que nous regardions toujours vers l'avenir. Ma responsabilité était de faire en sorte que notre parti se renouvelle. C'est là que j'ai réalisé que le temps était venu de partir», a-t-il déclaré lors d'un point de presse, en soirée.

«Ce n'était pas une question de feu sacré», a ajouté M. McGuinty, alimentant les rumeurs qui l'envoient briguer la direction du Parti libéral du Canada. Depuis quelques mois, des militants tentent de le persuader de se mesurer à Justin Trudeau, candidat vedette à la direction des troupes libérales fédérales. L'Ontarien aurait une longueur d'avance, disposant déjà d'une équipe de campagne qui a remporté trois élections.

M. McGuinty demeurera premier ministre jusqu'à la nomination d'un successeur et député d'Ottawa-Sud jusqu'aux prochaines élections générales. Une course au leadership sera organisée «le plus vite possible», à sa demande.

L'annonce du départ de M. McGuinty est d'autant plus étonnante qu'elle survient à peine deux semaines après que son parti lui eut accordé un solide vote de confiance, 85,8%, et à peine quelques heures après que son ministre des Finances, Dwight Duncan, eut annoncé des résultats économiques meilleurs que prévu.

«Nous sommes dans une impasse. La plus grande priorité des familles ontariennes est l'économie. La seule façon de résoudre nos problèmes économiques est d'éliminer notre déficit. Une partie importante de notre plan repose sur un gel des salaires dans la fonction publique», a expliqué M. McGuinty. «Nous allons emprunter deux avenues différentes. La première est de négocier directement avec nos partenaires syndicaux. La deuxième est d'initier une conversation cordiale et civilisée avec les partis d'opposition».

Les portes de l'Assemblée législative demeureront ainsi fermées jusqu'à ce que le gouvernement ait négocié un gel salarial de deux ans avec tous les employés de la fonction publique, ou une loi spéciale avec au moins un des partis d'opposition.

Tout indique que M. McGuinty a aussi choisi de proroger la session parlementaire pour éviter que son parti ne se retrouve en campagne électorale avant la sélection d'un nouveau chef. Le libéraux sont minoritaires à Queen's Park depuis un an. La cohabitation avec les progressistes-conservateurs et les néo-démocrates a été jusqu'ici difficile.

Pour ajouter au fardeau de M. McGuinty, les libéraux ont passé beaucoup de temps dernièrement à se défendre contre des allégations d'électoralisme ayant potentiellement coûté cher à la province. L'opposition accuse le gouvernement d'avoir gaspillé au moins 650 millions $ dans le but présumé de conserver deux circonscriptions libérales où la population était opposée à des projets de centrales électriques au gaz, à la veille des dernières élections.

Le ministre de l'Énergie, Chris Bentley, s'est une fois de plus retrouvé au centre d'une controverse, lundi, étant forcé d'admettre que son gouvernement n'avait pas déjà dévoilé tous les documents réclamés par l'opposition sur l'annulation de projets de centrales à Mississauga et Oakville. L'élu visé par une accusation d'outrage au parlement a jeté le blâme sur une erreur de fonctionnaires.

Dans son discours devant son caucus, lundi soir, M. McGuinty a laissé entendre que les libéraux ont commis des erreurs depuis leur ascension au pouvoir, mais qu'ils ont aussi posé les bons gestes dans les grands dossiers de l'éducation, de la santé et de l'environnement.

«Il fallait bien que quelque-chose se produise. Ce gouvernement a perdu le nord. Il accumule scandale par-dessus scandale. Il semble incapable de venir à bout du déficit. M. McGuinty n'avait plus d'autre choix que de partir», a réagi la députée progressiste-conservatrice Lisa MacLeod qui, malgré les apparences, a toujours entretenu de bonnes relations avec le chef libéral.

«Je respecte sa décision. Ce n'était pas une décision facile à prendre. Mais je ne suis pas entièrement surpris. Les scandales des centrales au gaz à Mississauga et Oakville ont fait mal à ce gouvernement», a exprimé le député néo-démocrate Gilles Bisson au Droit. «Le problème, c'est la prorogation du parlement. Nous ne pouvons plus rien faire».

L'opposition à Queen's Park se prépare à des élections générales au printemps 2013, lorsque les libéraux auront selon toute vraisemblance choisi leur nouveau chef. Les ministres Dwight Duncan et Kathleen Wynne et le député Yasir Naqvi pourraient être intéressés par le poste laissé vacant.

Dalton McGuinty est député d'Ottawa-Sud depuis 1990, succédant à son père décédé prématurément. Il est chef du Parti libéral de l'Ontario depuis 1996 et premier ministre depuis 2003. Il a remporté trois mandats consécutifs, dont deux majoritaires, ce qu'aucun chef libéral n'avait réussi à obtenir depuis la fin du XIXe siècle.

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