Allégation d'agression sexuelle: Gerry Sklavounos se retire du caucus libéral

Gerry Sklavounos... (Archives La Presse canadienne)

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Gerry Sklavounos

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(Québec) Le député de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, est éjecté du caucus libéral en raison des allégations d'agression sexuelle violente à son endroit.

La dénonciation d'une jeune femme, Alice Paquet, mercredi soir, lors de la vigile à l'Université Laval, a semé la consternation à l'Assemblée nationale, jeudi. Au terme d'une journée où un nuage sombre a plané au-dessus de la tête de M. Sklavounos, leader adjoint du gouvernement, l'annonce officielle est venue du bureau du premier ministre. 

«J'annonce que le député de Laurier-Dorion, à la demande de la présidente du caucus du gouvernement, Nicole Ménard, s'est retiré du caucus et siégera comme député indépendant», a fait savoir par communiqué Philippe Couillard. Ce dernier s'est envolé en fin d'après-midi pour Toronto, où il participe à un conseil des ministres commun avec les homologues ontariens. 

Lors de sa prise de parole, Mme Paquet n'a pas nommé le député qui l'aurait agressée en 2014. Elle a par contre indiqué sur sa page Facebook qu'il s'agit d'un libéral. 

En matinée, jeudi, le premier ministre Couillard a assuré que chacun des députés libéraux serait rencontré la journée même par le whip du parti, Stéphane Billette, pour faire des vérifications.  

«C'est une situation délicate», a déclaré M. Couillard. «Il faut que les droits des gens soient respectés. Mais je veux aller plus loin sur cette question et je ne prends pas cette déclaration à la légère.»

Le premier ministre s'est dit «bouleversé» par la dénonciation et les événements de l'Université Laval. «Je veux que les femmes du Québec se sentent en sécurité partout», a-t-il déclaré. 

Une amie de la victime a soutenu dans les médias que Mme Paquet a dû recevoir des soins à la suite de l'agression. 

À 41 ans, M. Sklavounos, avocat de formation, père de deux jeunes enfants, a été élu dans Laurier-Dorion pour la première fois en 2007. Il n'a jamais occupé de fonction ministérielle. Il n'a pas répondu à nos appels, jeudi. Il a par contre clamé son innocence au Journal de Montréal. «Je n'ai jamais, mais jamais, dans ma vie, agressé sexuellement quiconque», a dit M. Sklavounos. Il admet connaître la jeune femme.

Démission demandée 

Le retrait du député du caucus n'apaise pas les partis d'opposition qui demandent sa démission. D'après la porte-parole péquiste en matière de condition féminine, Mireille Jean, le caucus libéral a peut-être camouflé le comportement de M. Sklavounos pendant une longue période. «Est-ce que le caucus était au courant de ces événements? demande Mme Jean. C'est un acte criminel. [...] La vraie question est là. Est-ce que ça fait longtemps que les gens le savent?» 

Québec solidaire a aussi réclamé que M. Sklavounos quitte son siège de député parce qu'il n'a «plus la hauteur et la sérénité pour représenter dignement» ses électeurs. 

En 2015, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a évincé de son caucus deux députés visés par des allégations d'inconduite sexuelle. 

La journée a été marquée par beaucoup d'émotions sur la colline Parlementaire. Le nom de M. Sklavounos s'est répandu comme une traînée de poudre en avant-midi, sans confirmation de la rumeur. 

«Personne n'est au-dessus des lois»

Plusieurs députés ont entendu la déclaration de Mme Paquet sur place, lors de la vigile sur le campus, mercredi. La ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, a déclaré que, «peu importe ce que les gens font dans la vie, personne n'est au-dessus des lois». Elle a dû expliquer les retards de son gouvernement à déposer sa Stratégie contre les violences sexuelles. 

La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, a pour sa part indiqué qu'il serait «intolérable» de siéger avec une personne accusée d'agression sexuelle. Le leader parlementaire Jean-Marc Fournier a enjoint à la personne visée par les allégations de s'identifier.

La députée caquiste Nathalie Roy s'est adressée directement à la victime présumée. «J'étais très troublée, a-t-elle déclaré. Le coeur m'a arrêté quand je l'ai entendue dire que cette personne-là siège à l'Assemblée nationale. Je veux lui dire : bravo pour ton courage.»

La députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais, a semblé assommée par les allégations. «Ça m'a scié les jambes, a affirmé Mme Maltais. Je suis profondément troublée. Je cherche mon souffle, là.»

Elle souhaite que la lumière soit faite sur les affirmations. «À l'idée qu'elle n'ait pas été crue parce que quelqu'un siège à l'Assemblée nationale, je trouve ça épouvantable, a déclaré Mme Maltais. Dans ma tête, c'est inconcevable.» 

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, invite les policiers à éclaircir les circonstances liées au dossier de la jeune femme. «Je demande aux supérieurs de ce policier de vérifier si c'est effectivement ce qui a été dit, a dit M. Legault. [...] Tout le monde est égal devant la loi, incluant les députés, les ministres, toutes les personnes en autorité. S'il y a un policier qui a mal fait son travail, il doit être dénoncé.»

Le député Serge Simard trébuche et s'excuse

Le député libéral de Dubuc, Serge Simard, a dû s'excuser pour avoir déclaré que la jeune femme qui a dénoncé une agression sexuelle avait pu errer dans l'identification de son collègue. 

En point de presse, jeudi matin, M. Simard a soutenu que l'allégeance politique du député présumé agresseur n'était pas certaine. Le tout s'est déroulé avant le retrait de Gerry Sklavounos du caucus libéral. 

«Vous avez bien dit : "Il semble [que ce soit un député libéral]"», a répondu M. Simard à la question d'un journaliste. «On demande très souvent à quelqu'un : "C'est quoi le nom de ton maire?", et il ne le sait le pas.» Il a ajouté : «Je ne sais pas si elle sait que c'est un...» sans finir sa phrase. 

En chambre, la députée péquiste Mireille Jean, porte-parole en matière de condition féminine, a demandé au premier ministre s'il endossait les propos de son député. «Tenter de discréditer une victime, c'est ignoble, et ça peut décourager les autres qui voudraient briser le silence, a lancé Mme Jean. Ces propos sont inacceptables, surtout venant d'un élu.»

Même attaque de la caquiste Nathalie Roy. «Ça banalise les dénonciations d'agression sexuelle, ce qui vient de se produire», a-t-elle déploré. 

Le premier ministre Philippe Couillard a alors promis que M. Simard aurait «l'occasion très rapidement de s'entretenir avec les médias et de clarifier ses propos». 

Peu après la période de questions, le député de Dubuc s'est présenté devant les journalistes pour une déclaration, accompagnée d'une attachée de presse qui s'est assurée qu'il ne réponde à aucune question. 

«Je veux m'excuser auprès des gens que j'ai pu offenser par rapport à mes propos, a dit M. Simard. Je ne veux surtout pas banaliser ce qui s'est passé. C'est extrêmement grave.»

Situation banalisée

La solidaire Manon Massé estime que le député de Dubuc a effectivement banalisé la situation. «C'est dire : "Au fond, on n'est pas obligé de la croire, cette fille-là, puisque la majorité du monde ne reconnaissent même pas leur maire», a affirmé Mme Massé. 

La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, a qualifié les commentaires de M. Simard de «propos vraiment déplorables». 

En milieu d'après-midi, la ministre David a annoncé la tenue de quatre journées de réflexion avec les partenaires du réseau de l'enseignement supérieur sur les meilleures façons de contrer les violences à caractère sexuel (lire l'autre texte en page 21). «Nous désirons développer des balises et des pratiques communes qui seront enchâssées dans une politique-cadre ou une loi-cadre», a-t-elle déclaré. Simon Boivin

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