L'industrie du taxi veut être rassurée par le nouveau ministre

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Rappelons que la nouvelle loi sur le transport de personnes adoptée sous le bâillon au début de juin prévoit l'instauration d'un projet pilote avec la multinationale, qui poursuit ses activités illégalement au Québec actuellement.

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Québec

Les chauffeurs de taxi ne sont pas du tout rassurés par l'arrivée du nouveau ministre des Transports, Laurent Lessard.

Les représentants de l'industrie exigent des preuves du successeur de Jacques Daoust quant à sa fermeté à l'encontre d'Uber, la multinationale qui poursuit ses activités illégales de transport au Québec et qui négocie actuellement avec le gouvernement pour la mise en place d'un projet pilote.

Rappelons que la nouvelle loi sur le transport de personnes adoptée sous le bâillon au début de juin prévoit trois mois de négociations pour en arriver à une entente sur un projet pilote à l'entrée en vigueur de la loi, le 8 septembre. La proposition initiale d'Uber prévoit des conditions beaucoup plus souples et moins coûteuses pour ses chauffeurs que pour les chauffeurs de taxi.

Nommé samedi après la démission de Jacques Daoust - emporté par la controverse sur la vente de Rona -, Laurent Lessard a indiqué en conférence de presse mardi à Québec que les négociations suivaient leur cours, qu'Uber avait déposé son projet pilote, et que les paramètres étaient déjà fixés par la loi.

Or, cela ne suffit pas aux yeux du porte-parole de l'industrie du taxi, l'ancien ministre Guy Chevrette: il veut que M. Lessard réaffirme les principes de ses prédécesseurs Robert Poëti et Jacques Daoust, qui s'étaient fait connaître comme deux adversaires du modèle d'affaires d'Uber, au nom de l'équité envers les chauffeurs de taxi qui ont payé leur permis et leurs taxes et impôts.

«On ne sera pas content tant que Revenu Québec n'aura pas récupéré son dû, tant qu'il n'y aura pas les mêmes qualifications exigées pour tous les chauffeurs, tant qu'il n'y aura pas les mêmes exigences pour les autos», a déclaré M. Chevrette, qui est porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT), dans une conférence de presse à la tribune de la presse parlementaire à Québec.

«C'est au ministre qu'il revient de faire la preuve qu'il y aura équité, comme le prévoit la loi. S'il n'y a pas équité, on ne peut être rassuré», a-t-il ajouté.

Il a laissé entendre que l'intransigeance de MM. Poëti et Daoust envers Uber, et l'influence de l'entreprise sur le gouvernement, pouvaient être à la source de leur départ et qu'un jour on allait savoir toute la vérité.

M. Chevrette a déclaré qu'il est «honteux» qu'un gouvernement continue de négocier avec une multinationale qui agit dans l'illégalité et que ce serait un «scandale public» si l'entreprise lançait son projet pilote sans avoir payé ses arrérages de plusieurs années en taxes et impôts. Il a toutefois salué l'ouverture du ministre qui va rencontrer les représentants du taxi dans les prochains jours.

L'entrée en vigueur de la loi attendue de pied ferme

Les chauffeurs attendent d'ailleurs de pied ferme l'entrée en vigueur de la loi et la fin des négociations. Si Uber poursuit ses activités sans se conformer, l'industrie du taxi entend lancer son plan d'action, qui comprend des mesures concrètes sur le terrain et des moyens juridiques, a évoqué M. Chevrette, sans les préciser davantage.

Cependant, il a fait savoir qu'un «mot d'ordre» circulera parmi les taxis pour traquer les chauffeurs illégaux et déposer des plaintes contre eux. «On ne peut pas rire du monde tout le temps», a affirmé M. Chevrette. Le porte-parole a rappelé de nouveau qu'il y avait des groupes de chauffeurs de taxi encore plus mécontents «qu'on ne contrôle pas» et qui sont tentés de se faire justice.

Plus tôt mardi, les partis d'opposition avaient demandé à M. Lessard de clarifier sa position sur Uber et d'informer la population sur l'état des négociations.

En conférence de presse, le leader parlementaire caquiste, François Bonnardel, a dit qu'il était inquiet devant le silence du gouvernement et qu'il fallait avoir l'heure juste avant l'échéance du 8 septembre.

«Qu'est-ce qui s'est passé depuis 70 jours, quand M. Daoust était là? Est-ce qu'on peut avoir le résultat de ces négos? Est-ce qu'on avance bien? Est-ce qu'on peut s'attendre à ce que l'industrie va cohabiter avec l'industrie du taxi le 8 septembre? Je pense que M. Lessard nous doit des réponses. Ce matin, il nous doit des réponses à savoir lui aussi qu'est-ce qu'il pense de ces nouvelles technologies d'Uber», a-t-il dit.

M. Bonnardel a rappelé qu'Uber était prête à payer la TPS et la TVQ et à financer un fonds de compensation, sans toutefois vouloir acheter des permis de taxi au prix actuel du marché.

Pour sa part, l'opposition officielle s'inquiète aussi des négociations qui se déroulent «en catimini», pour reprendre l'expression de la porte-parole du Parti québécois en matière de transports, Martine Ouellet.

En entrevue téléphonique, elle a demandé au nouveau ministre de respecter la parole donnée par son prédécesseur, Jacques Daoust, lequel s'était engagé à ne pas créer deux classes de chauffeurs de taxi qui ne seraient pas assujettis aux mêmes règles.

«On demande à Laurent Lessard de ne pas utiliser les projets pilotes pour faire par la porte arrière ce qu'il n'est pas permis de faire par la porte avant», a-t-elle affirmé.

Mme Ouellet soupçonne le premier ministre Philippe Couillard d'avoir voulu se débarrasser de M. Daoust, un adversaire d'Uber, pour le remplacer par quelqu'un qui plierait devant la multinationale.

Rappelons que le projet de loi 100 du gouvernement a été adopté par la procédure de bâillon à la dernière journée de la dernière session parlementaire le 10 juin.

Il donne désormais carte blanche au ministre pour accepter des projets pilotes sous toutes les formes, en vertu des amendements du gouvernement, ce qui risque de relancer la guerre avec les chauffeurs de taxi qui réclament un régime unique pour tous.

Le parcours du gouvernement Couillard pour aboutir à son projet de loi a été semé d'embûches. Après de nombreuses consultations et même la disgrâce du ministre Robert Poëti au profit de Jacques Daoust, le gouvernement a dû faire face à une contestation des jeunes libéraux qui ont pris ouvertement le parti d'Uber contre un projet de loi qu'ils jugeaient trop restrictif.

Dans son projet de loi 100, le gouvernement propose d'obliger tous les chauffeurs à avoir un permis de conduire de classe 4C, spécifiquement réservé aux taxis, qui nécessitera une vérification de leurs antécédents judiciaires et une formation en service à la clientèle.

Toutes les voitures qui servent à des activités de taxi devront avoir une plaque d'immatriculation désignée comportant la lettre T.

Les chauffeurs d'Uber, qui étaient exemptés d'une portion de la perception des taxes de vente à titre de travailleurs autonomes, devront acquitter les montants de TPS et TVQ relatifs à leurs activités, au même titre que les autres. Actuellement, Québec estime ses pertes annuelles en taxes et impôts à approximativement 20 millions $.

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