PKP poursuit son apprentissage politique

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Pierre Karl Péladeau devra compléter rapidement son apprentissage afin de convaincre plus d'électeurs que son parti offre une alternative crédible pour le scrutin de 2018.

Pascal Ratthé, Archives Le Soleil

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Alexandre Robillard
La Presse Canadienne

Malgré un périlleux apprentissage de la politique qui se déroule sous les feux de la rampe, l'arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois a permis à la formation politique de remonter dans les intentions de vote.

La dernière élection avait soumis le PQ au plus cuisant revers de son histoire, en avril 2014, avec un résultat de 25,4% des suffrages qui l'a forcé à retourner dans l'opposition, sans chef après la démission de Pauline Marois.

Dans l'intervalle précédant le congrès à la direction du PQ, la Coalition avenir Québec (CAQ) a doublé les péquistes dans les sondages, une tendance qui s'est inversée à partir du moment où l'avance de M. Péladeau est devenue incontournable.

Son élection à la tête du PQ, en mai dernier, l'a placé en position de battre les libéraux, avec 33% d'appuis selon CROP et 34% pour Léger Marketing, une avance qui s'est érodée au profit du gouvernement ces derniers mois.

Sa popularité sans précédent pour un chef péquiste, dont témoigne l'attention suscitée par son mariage dans le Vieux-Québec l'été dernier, n'a cependant pas réussi à porter une atteinte significative au premier ministre Philippe Couillard.

L'engagement de M. Péladeau lors des élections partielles de juin dernier dans la région de Québec a donné des résultats mitigés.

Si le PQ a amélioré ses résultats dans Jean-Talon, ce sont les libéraux qui ont profité du départ de Gérard Deltell pour rafler Chauveau et infliger une sévère défaite à la CAQ, réalisant ainsi un doublé.

En novembre, à l'occasion de quatre élections partielles, le PQ a conservé René-Lévesque, sur la Côte-Nord, malgré une forte progression des libéraux, tout en améliorant son score dans Saint-Henri-Sainte-Anne, à Montréal, une circonscription laissée vacante par le départ de la populaire libérale Marguerite Blais.

Des gaffes

À quelques jours de l'ajournement des travaux parlementaires, après une nouvelle volte-face, M. Péladeau a provoqué la joie de certains de ses adversaires en admettant qu'il doit encore parfaire son expérience politique.

«Je suis entré en politique il y a 18 mois, j'ai été élu chef du PQ il y a six mois, a-t-il dit en répondant à un journaliste. Alors oui, j'ai certainement encore, pour employer votre expression, des croûtes à manger.»

Cet aveu est survenu peu de temps après que le chef péquiste eut dû rectifier le tir, quand il s'est écarté de la position traditionnelle du PQ contre la partition du territoire québécois, lors d'un conseil national à Sherbrooke.

À cette occasion, M. Péladeau avait maintenu le flou, dans ses réponses aux journalistes, quant aux suites qu'un Québec souverain donnerait aux revendications territoriales autochtones.

Pendant la course à la direction, M. Péladeau avait déjà confié lors d'un débat des candidats qu'il avait sous-estimé les exigences de la vie publique avant de faire le saut en politique, en 2014, pour se faire élire dans la circonscription de Saint-Jérôme.

Deux semaines plus tôt, l'aspirant avait dû présenter ses excuses, à cause d'une déclaration controversée laissant entendre que l'immigration met en péril le projet d'indépendance du Québec.

D'autres déclarations ont également forcé M. Péladeau à se rétracter, durant cette période, notamment sur la possibilité de tenir une élection référendaire, l'étendue de l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique et l'encadrement du droit de grève pour les étudiants.

Puis, en juin, alors qu'il refusait depuis des mois de prendre position concernant l'oléoduc Énergie-Est, M. Péladeau s'est finalement rallié au refus du projet manifesté par son caucus, non sans s'être retrouvé pendant 24 heures en contradiction avec deux de ses députés à ce sujet.

Le cas Québecor

Les débats entourant la position de contrôle que M. Péladeau détient dans le conglomérat Québecor ont marqué ses premières semaines comme chef péquiste, à l'occasion d'une commission parlementaire qui s'est penchée sur les réformes à faire au code d'éthique des députés.

Ses premières questions sur l'économie, parfois posées avec une certaine hésitation à M. Couillard, n'ont pas réussi à dominer les allégations de conflits d'intérêts soulevées par ses adversaires.

Quelques jours avant la rentrée parlementaire de septembre, M. Péladeau a annoncé qu'il plaçait volontairement son bloc d'actions du conglomérat, actif dans le secteur des médias et des télécommunications, dans un mandat sans droit de regard.

Ses adversaires lui ont reproché d'entraver l'indépendance de ses mandataires avec une interdiction de vendre ses actions, mais cette question est rapidement disparue des débats politiques de l'automne, dominée par la campagne fédérale que M. Péladeau a faite aux côtés du Bloc québécois.

Le nouveau chef péquiste a également réorganisé son équipe parlementaire en redistribuant les responsabilités au sein de son caucus.

Ses anciens adversaires dans la course à la direction ont obtenu des postes de responsabilités, notamment Bernard Drainville, qui a été nommé leader parlementaire.

Qualifié de geste de «rupture» par certains dans les rangs péquistes, cette décision a été suivie quelques semaines plus tard par la démission du député Stéphane Bédard. M. Bédard, qui avait agi à titre de chef intérimaire durant la course, était un candidat pressenti pour reprendre son rôle de leader parlementaire, qu'il a occupé depuis 2007, même quand le PQ a formé le gouvernement.

Ces changements à l'aile parlementaire ont été accompagnés d'une vague de départs de membres du personnel de cabinets péquistes, ce qui a forcé M. Péladeau à s'expliquer sur le rôle de son chef de cabinet, Pierre Duchesne, dans ce remue-ménage.

«C'est certain qu'il y a des changements, mais c'est normal qu'il y ait des changements à l'intérieur d'une organisation, a-t-il dit. Il y a un nouveau chef et il y a une nouvelle organisation.»

Revenant sur le sujet en concluant les travaux parlementaires, début décembre, le chef péquiste a affirmé qu'il y avait place aux débats au sein de son aile parlementaire.

«Des tensions, il y en a toujours, il y en aura toujours, et puis ça fait partie de la vie», a-t-il dit.

Quelques minutes plus tôt, l'ajournement des Fêtes avait donné l'occasion à M. Péladeau de poursuivre sa mutation de son rôle de magnat des médias à celui d'homme politique.

Après avoir été qualifié de «spécialiste du lock-out» par les libéraux, en référence à son bilan de relations de travail chez Québecor, le chef péquiste a voté en faveur d'un projet de loi qui met fin à un lock-out amorcé il y a trois ans dans le secteur automobile au Saguenay.

Du pain sur la planche

La prochaine année devrait ramener le rôle d'actionnaire de M. Péladeau dans l'actualité, après le dépôt d'un rapport de chercheurs de l'Université Laval qui aborde notamment les questions soulevées par sa situation, et la reprise probable des travaux sur le code d'éthique des députés.

Le Parti québécois amorcera aussi au cours des prochains mois les travaux préparatoires en vue de son congrès qui doit se tenir en 2017, pour préparer la prochaine élection générale.

Sur le front de la souveraineté, la création d'un Institut de recherches appliquées est également attendue. Ce nouvel organisme doit fournir aux péquistes des arguments pour convaincre les électeurs d'adhérer au projet souverainiste.

Les prochains mois permettront aussi de savoir dans quelle mesure l'arrivée d'un nouveau gouvernement libéral à Ottawa pourrait modifier l'échiquier politique québécois d'une manière qui fournirait au PQ de nouvelles munitions.

Devant le gouvernement de M. Couillard qui franchira le cap de la mi-mandat l'été prochain, M. Péladeau devra compléter rapidement son apprentissage afin de convaincre plus d'électeurs que son parti offre une alternative crédible pour le scrutin de 2018.

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