Pitbulls: l'Ontario n'a pas de statistiques à partager

Alors que fait rage au Québec le débat sur les pitbulls, des municipalités... (Photothèque Le Soleil)

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Nicole Thompson
La Presse Canadienne

Alors que fait rage au Québec le débat sur les pitbulls, des municipalités seront tentées de citer en exemple l'Ontario, qui a banni cette race de chien il y a plus de dix ans. Or, la province n'a toujours pas colligé de données précises qui pourraient aider les élus à plaider en faveur d'une telle mesure.

Ces données ne sont en effet pas colligées à l'échelle provinciale, et les municipalités ne disposent pas toutes de la même grille - lorsqu'elles en ont une. On ignore donc si la mesure a véritablement permis de réduire le nombre de morsures de chiens en Ontario.

La province a interdit en 2005 tout achat de pitbull. Les propriétaires qui en possédaient déjà un ont dû le faire stériliser, puis le tenir en laisse et muselé en public.

La direction de la santé publique doit colliger des données sur les morsures d'animaux qui peuvent causer la rage, mais pas sur le nombre de morsures de chiens en général. Cette démarche peut être faite par les municipalités, mais chacune y va de sa méthodologie.

À Toronto, cette méthodologie a été modifiée après l'interdiction des pitbulls, ce qui fait que les données ne peuvent être comparées pour dresser un bilan.

Dans d'autres villes, comme à Pickering, les cas de morsures seront colligés soit par la santé publique, soit par les services animaliers, selon l'endroit où la victime se présente. Si la victime consulte un médecin et ensuite qu'elle porte plainte, l'incident sera colligé deux fois. À d'autres endroits, comme à Mississauga, les données n'ont pas toutes été numérisées.

« La fiabilité statistique est très douteuse », résume Leslie Irvine, professeure en éthologie à l'Université du Colorado, qui a souvent de la difficulté à trouver des données précises sur ces phénomènes. « L'échantillon est réduit. La validité des données est contestable. »

Une femme de l'arrondissement Pointe-aux-Trembles, à Montréal, a été attaquée par un pitbull dans sa cour le 8 juin dernier. On ne confirme pas encore officiellement si la dame a été tuée par le chien, mais le drame a suscité un débat passionné dans tout le Québec.

La Ville de Montréal a annoncé samedi dernier qu'elle interdira, dès septembre, les chiens « jugés dangereux » - pitbulls ou autres. À Québec, le maire Régis Labeaume veut bannir tous les pitbulls, même ceux qui sont déjà présents sur le territoire. Le premier ministre Philippe Couillard a annoncé jeudi dernier que son gouvernement allait « probablement » suivre l'exemple de l'Ontario et interdire les pitbulls dans toute la province.

Or, le manque d'informations pertinentes sur l'efficacité de telles mesures n'aidera pas beaucoup les municipalités québécoises qui voudront convaincre leurs citoyens. Mais les politiques publiques naissent souvent de l'indignation populaire à la suite d'un incident très médiatisé, beaucoup plus que de données statistiques précises, déplore le professeur Erich Hartmann, de l'Université de Toronto.

Ainsi, l'Ontario avait décrété l'interdiction des pitbulls en 2005 après un incident particulièrement violent impliquant deux de ces chiens. Mais une fois la loi adoptée, la province n'a déployé aucun mécanisme pour évaluer les effets de cette mesure.

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