Un pas dans la bonne direction, selon l'AFO

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Le président de l'AFO, Denis Vaillancourt

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Les excuses de la première ministre Kathleen Wynne présentées à la communauté francophone ne réparent pas les torts du passé ni «les dommages de l'assimilation», mais elles sont un pas dans la bonne direction, estime l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario.

Qualifiant ce geste de Queen's Park «d'historique», le président Denis Vaillancourt y voit une reconnaissance que le Règlement 17 «était un tort, un affront» et qu'il a grandement contribué à l'assimilation des familles francophones et au décrochage scolaire.

Rares étaient les Franco-Ontariens qui terminaient leurs études secondaires, a-t-il précisé lors d'un entretien, à moins de suivre une formation en français dans un couvent ou un collège privé.

Puisque l'État avait banni le français dans les écoles, «le message était que le français n'était pas le bienvenu. Il y a eu un tort irréparable», a-t-il signifié.

Depuis l'abrogation du Règlement 17, les francophones ont fait des avancées, mais il y a du rattrapage à faire, a-t-il signifié.

«Il faut voir si ces excuses se transformeront en actions concrètes», a évoqué M. Vaillancourt en parlant de l'établissement d'un conseil provisoire pour se pencher sur le dossier d'une université francophone dans la province et de l'élargissement des services destinés à la minorité francophone.

Dans cette même veine, le président de l'Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques, Jean Lemay, estime que la province a fait un pas de plus vers la reconnaissance de l'héritage de l'éducation de langue française en Ontario. La création d'une université francophone s'impose, a-t-il fait valoir.

Grand jour

La ministre des Affaires francophones, Madeleine Meilleur, a qualifié le geste de la première ministre de grand jour car le Règlement 17, «un acte honteux», a eu des conséquences inestimables. «Imaginez que vous ne pouvez plus lire et écrire en français», a-t-elle clamé.

Elle n'a toutefois pas voulu s'avancer sur la création d'une université francophone car il faut d'abord s'assurer que ce projet, s'il voit le jour, soit fondé sur des assises solides.

Les excuses présentées par le gouvernement Wynne ont également fait réagir le Bloc québécois.

Bémol

Mario Beaulieu, porte-parole bloquiste en matière de langues officielles et de francophonie, a salué le geste de Mme Wynne en y ajoutant toutefois un bémol.

«Des excuses ne sont certainement pas suffisantes pour tourner la page sur ce chapitre noir de l'histoire franco-ontarienne. Le Règlement 17, comme l'ensemble de l'aménagement linguistique ontarien, a causé l'assimilation d'une importante proportion de francophones. »

Une langue « maternelle »

C'est au nom de sa mère, une victime du Règlement 17 qui a regretté toute sa vie de ne pas pouvoir bien écrire en français, que Denis Constantineau a lancé des démarches pour obtenir des excuses officielles du gouvernement ontarien.

M. Constantineau, le directeur général du Centre communautaire du Grand Sudbury, a accueilli avec enthousiasme la déclaration de la première ministre Kathleen Wynne à Queen's Park où elle reconnaissait les torts subis par les francophones soumis au Règlement 17.

«Je n'aurais pas pu demander mieux», s'est-il exclamé lors d'une entrevue au Droit.

Pour lui, c'est un signe que la province a enfin reconnu les effets pervers du Règlement 17, une politique «mal fondée, mal intentionnée» qui a «frappé fort» dans le nord de l'Ontario en entraînant l'assimilation vers l'anglais à grande échelle dans les familles et communautés francophones.

Dans le nord, il était difficile de protester dans les petites écoles françaises du coin qui comptaient une vingtaine d'écoliers réunis dans une seule salle de classe.

«On n'avait pas le poids politique de l'Est ontarien, d'Ottawa.»

Au fil du temps, les ravages de l'assimilation ont décimé la population francophone. Vers 1910 et 1912, les francophones représentaient 10% de la population totale de l'Ontario. Aujourd'hui, ce pourcentage est tombé à 3,9%, note M. Constantineau.

C'est d'abord pour sa mère, Éveline Arbour, ses frères et soeurs, les gens de sa génération et ses cousins qui ne parlent pas français, qu'il a écrit une lettre qui s'est faufilée au bureau de la première ministre Wynne.

M. Constantineau se souvient très bien des anecdotes racontées par sa mère qui n'avait pu fréquenter l'école en français en raison du Règlement 17. Cela l'attristait de ne pas pouvoir bien écrire en français.

C'est l'un des grands regrets de sa vie. C'était une vraie honte pour elle «d'envoyer des notes à l'école parce que son français était pitoyable», raconte M. Constantineau. Elle demandait sa correspondance en anglais de même que son permis de conduire.

«Elle m'en a parlé toute sa vie... son français écrit était pitoyable», se remémore M. Constantineau.

À la suite de la mort de sa mère en mars dernier, le moment était bien choisi pour demander des excuses au gouvernement. Heureux du résultat, il ne croit pas qu'il faudrait maintenant insister sur une panoplie de nouvelles mesures à l'intention des Franco-Ontariens.

«On s'excuse parce qu'on a eu tort. Point à la ligne. Le dossier de l'université, c'est un autre dossier.

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