Légalisation du cannabis : des militants défieront la loi

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Les propriétaires de dispensaires de cannabis ne se laisseront pas écraser par le rouleau compresseur du cadre législatif fédéral et ne courberont pas l'échine face aux monopoles d'État que certaines provinces comptent mettre sur pied pour la vente de pot légal.

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Les propriétaires de dispensaires de cannabis ne se laisseront pas écraser par le rouleau compresseur du cadre législatif fédéral et ne courberont pas l'échine face aux monopoles d'État que certaines provinces comptent mettre sur pied pour la vente de pot légal.

«J'encourage tout le monde à boycotter les magasins du gouvernement. Nous tenterons d'empêcher physiquement les gens d'y entrer», a lâché vendredi Marc Emery, surnommé «le prince du pot», devant le comité permanent de la santé.

«Nous allons les aviser qu'ils sont des traîtres s'ils vont dans les points de vente du gouvernement, parce que ces gens nous ont opprimés pendant 50 ans», a-t-il enchaîné aux côtés de sa femme, Jodie Emery, qui a brandi un joint de marijuana lorsqu'elle a pris la parole à la table du comité.

Le militant pro-cannabis rage contre les velléités des provinces d'instaurer des monopoles étatiques - l'Ontario et le Nouveau-Brunswick l'ont confirmé au cours des derniers jours, et le Québec semble aussi vouloir emprunter cette voie.

Cela coupe l'herbe sous le pied des artisans du secteur privé en les empêchant de vendre leur produit en toute légalité. Ainsi, celui qui s'est fait arrêter en décembre dernier après avoir ouvert à Montréal des dispensaires illégaux de cannabis défiera la loi à la première occasion.

«Le 2 juillet, je vais me promener avec une pancarte sur laquelle il sera écrit: 'J'ai du cannabis illicite' pour prier les policiers de m'arrêter, parce que je ne l'ai pas acheté d'un producteur licencié», a lancé Marc Emery peu avant sa comparution devant le comité.

Les députés du comité permanent de la santé avaient entendu un peu plus tôt un message de même substance en provenance de Dana Larsen, propriétaire d'un dispensaire de cannabis en Colombie-Britannique.

«Vous ne pouvez nous arrêter. Vous n'avez pas la capacité, les ressources policières, les ressources judiciaires, pour composer avec ce que nous faisons», a-t-il lâché devant des députés à l'air parfois médusé devant cette attitude frondeuse.

«C'est pour cela que nous avons eu autant de succès. Et nous allons continuer, donc les règles doivent tenir en ligne de compte qu'il y a déjà une industrie du cannabis dynamique, et que nous sommes engagés dans ce que nous faisons», a ajouté M. Larsen.

Et la «campagne de désobéissance civile massive» se poursuivra si le projet de loi C-45, qu'il a qualifié de «mauvais» en raison de son approche axée sur la criminalisation, est adopté dans sa forme actuelle, a-t-il promis.

Pas de «lacunes»

En marge de cette réunion du comité, le député libéral Joël Lightbound s'est porté à la défense de C-45 en assurant ne pas y déceler les failles décriées la veille par le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette.

«Je ne pense pas qu'il y ait de lacunes dans le projet de loi», a tranché l'élu.

«Le fait qu'on décide d'y aller par voie de règlement plus tard pour les produits comestibles en prenant le temps de bien consulter, de bien regarder, je pense que ça démontre une approche qui est prudente par rapport aux produits comestibles», a-t-il fait valoir.

Cette approche graduelle permettra «par exemple, pour l'étiquetage, de s'assurer que les produits soient dans des emballages qui empêchent les enfants de pouvoir les ouvrir» et «que les produits soient bien réglementés», a illustré M. Lightbound.

Et l'arrivée sur le marché légal des produits dérivés du cannabis, comme les aliments cuisinés à base de la substance ou encore la résine de cannabis (le haschisch), ne prendra pas des années, mais bien «quelques mois» après l'adoption du projet de loi C-45, a-t-il signalé.

Le député libéral de Québec a adopté la même approche prudente lorsqu'il a été invité à commenter les informations selon lesquelles le gouvernement québécois comptait interdire la culture de plants de cannabis à la maison dans la loi-cadre qu'il déposera cet automne à l'Assemblée nationale.

Il n'a pas voulu dire si les provinces peuvent carrément proscrire la culture de plants de cannabis à la maison - en vertu de la mesure législative élaborée par Ottawa, il serait légal de faire pousser jusqu'à quatre plants d'une hauteur maximale de 100 centimètres par domicile.

«On a toujours dit que les provinces pouvaient baliser davantage, réglementer davantage, au niveau de la culture personnelle», s'est contenté d'offrir M. Lightbound.

Les brownies au pot

Le comité permanent de la santé a entendu vendredi un panel de témoins qui ont émis certains doutes sur la pertinence de retarder l'arrivée sur le marché légal des brownies, jujubes, boissons gazeuses et autres aliments à base de cannabis.

Un témoin du gouvernement du Colorado, Daniel Vigil, a dit que l'État - où les produits comestibles avaient été légalisés en même temps que les autres produits - avait dû corriger le tir à la lumière des cas de surdoses involontaires ou d'ingestions accidentelles par des enfants.

Il est néanmoins d'avis que les aliments à base de cannabis doivent être inclus dans le cadre réglementaire, puisque la demande est bel et bien réelle, et que ceux qui ont de l'appétit pour ces produits s'approvisionneront sur le marché noir s'ils ne peuvent en acheter légalement.

En vertu du projet de loi d'Ottawa, il sera légal dès juillet 2018 de cuisiner à la maison des brownies au pot et autres créations culinaires. Mais s'improviser cuistot n'est pas sans péril lorsque le cannabis fait partie de la liste d'ingrédients, a prévenu un chercheur du Maryland.

«L'enjeu, c'est qu'il faut tester le produit. Pour faire des brownies ou peu importe ce que tu prépares, il faut connaître la puissance (en THC) pour déterminer quelle dose mettre dans le produit», a exposé Ryan Vandrey, professeur agrégé à l'université Johns Hopkins.

«L'autre chose, c'est qu'il faudrait préparer chaque brownie individuellement (...) pour s'assurer d'une répartition uniforme. On ne peut pas juste lancer du cannabis sur brio sheet et s'attendre que chaque brownie contienne la même quantité», a-t-il fait remarquer.

Objectif juillet 2018

Le comité permanent de la santé a ajourné ses travaux vendredi après un marathon de cinq jours d'étude au cours desquels il aura entendu une centaine de témoins. Mais pour les élus de l'opposition qui siègent au comité, trop de questions demeurent sans réponse.

«Il est clair qu'il y a des trous béants dans cette mesure législative», a soutenu le député néo-démocrate Don Davies, qui a notamment déploré de n'avoir pas entendu de jeunes âgés entre 15 à 24 ans s'exprimer au sujet d'un projet de loi qui les concerne grandement.

La motion qu'il a déposée afin de tenir des séances additionnelles a été battue par les libéraux. Les élus se retrouveront mardi prochain pour entendre les ministres de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, de la Justice, Jody Wilson-Raybould, et de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Ce dernier a de nouveau défendu la décision du gouvernement de Justin Trudeau d'établir une date butoir, le 1er juillet 2018, pour légaliser le cannabis à travers le pays - un échéancier qui suscite le mécontentement de certains corps policiers et de quelques provinces.

«Le rythme s'accélère, le travail se poursuit. L'objectif de l'entrée en vigueur l'été prochain semble être raisonnable», a assuré le ministre Goodale en conférence de presse à Vancouver, à l'issue de la rencontre entre les ministres de la Justice et de la Sécurité publique du pays.

«Nous allons continuer à travailler avec diligence avec tous nos partenaires pour nous assurer que cela se fasse de manière rigoureuse, compétente et professionnelle et que la santé et la sécurité publiques demeurent la priorité», a-t-il ajouté.




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