Ottawa prête 372,5 millions $ à Bombardier

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Le pdg de Bombardier, Alain Bellemare, descend d'un avion de Bombardier avant une conférence de presse, mardi.

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La Presse Canadienne
Montréal

Après plus d'un an de pourparlers, Bombardier a finalement convaincu le gouvernement Trudeau de lui octroyer un coup de pouce financier, mais le montant est toutefois bien en deçà du milliard de dollars initialement demandé par le constructeur d'avions et de trains.

À l'approche du dépôt du prochain budget fédéral, Ottawa a consenti mardi soir à prêter jusqu'à 372,5 millions $ sans intérêt à la multinationale québécoise au cours des quatre prochaines années, estimant que cette somme lui permettra de poursuivre le développement de son avion commercial CSeries et de son appareil d'affaires Global 7000 - qui doit entrer en service en 2018.

Mais cette décision fait également en sorte que Québec, qui a injecté 1 milliard $ US dans la CSeries contre une participation de 49,5 pour cent dans le programme, conserve le même risque entourant la commercialisation de cet appareil, dont le développement a été marqué par les retards et les dépassements de coûts.

Même si les fonds sont bien moins généreux que ce qui était espéré par Bombardier depuis décembre 2015, les représentants du gouvernement Trudeau et le président et chef de la direction de la société, Alain Bellemare, ont répété que l'octroi de ce prêt était la «bonne solution» pour conserver des emplois au pays.

«C'est le bon niveau étant donné que notre situation financière s'est grandement améliorée», a commenté M. Bellemare, en conférence de presse, au Centre de finition d'avions Global de Bombardier, à Dorval, accompagné par le ministre responsable du dossier, Navdeep Bains et d'une brochette de ministres fédéraux, dont le ministre des Transports, Marc Garneau, et la ministre du Patrimoine canadien et députée de la région, Mélanie Joly.

Le ministre Garneau a abondé dans le même sens, soulignant que le gouvernement Couillard ainsi que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) avaient investi dans Bombardier, qui a également décroché d'importantes commandes de CSeries auprès de transporteurs aériens comme Air Canada (TSX:AC) et Delta Air Lines.

Au total, le tiers du montant octroyé - environ 124 millions $ - sera consacré à la CSeries, tandis que les deux tiers de l'enveloppe serviront au Global 7000. Le développement et l'assemblage de cet avion d'affaires sont effectués en Ontario, mais la finition est effectuée à Montréal, a fait valoir M. Bellemare.

«C'est un engagement historique de la part de notre gouvernement» a affirmé M. Bains, faisant référence au prêt de 372,5 millions $, qui s'ajoute à un autre 350 millions $ prêté par Ottawa en 2005 pour la CSeries.

L'entreprise remboursera le prêt par l'entremise de redevances pour chaque avion vendu.

Pour M. Bellemare, l'argent d'Ottawa offre à la multinationale une flexibilité supplémentaire qui lui permet de s'adapter aux défis d'un marché très concurrentiel.

«L'appui du gouvernement nous offre la flexibilité recherchée, pour nous donner la capacité de surmonter des obstacles lorsque l'on (pousse les recherches) dans les technologies», a-t-il affirmé.

Ce nouveau prêt du gouvernement Trudeau permet à Bombardier de poursuivre ses activités en recherche et développement à de nouveaux projets de développement, a ajouté M. Bellemare, qui a toutefois exclu, pour l'instant, d'envisager un CS500 - une version allongée de l'appareil permettant de transporter davantage de passagers.

Compte tenu des sommes engagées dans de nouveaux projets, le grand patron de Bombardier n'a pas écarté la possibilité d'aller de nouveau frapper à la porte du gouvernement Trudeau dans le futur.

Aucun ministre du gouvernement Couillard n'était présent à la conférence de presse, et ce, en dépit de la participation de l'État québécois dans la CSeries. Dans un communiqué, Harold Fortin, le porte-parole du premier ministre Philippe Couillard, a timidement salué la contribution d'Ottawa, affirmant que ce prêt était un «pas dans la bonne direction».

«Nous nous attendons à ce que le gouvernement fédéral poursuive cette collaboration dans le but de développer l'industrie aérospatiale québécoise», indique M. Fortin.

Au cours de la dernière année, M. Couillard avait interpellé Ottawa à plus d'une reprise pour inciter son homologue fédéral Justin Trudeau à imiter Québec et monter à bord de la CSeries. Le mois dernier, au Forum économique de Davos, M. Couillard avait refusé de spéculer sur la possibilité que le gouvernement Trudeau puisse investir dans un autre projet que la CSeries.

En conférence de presse, les ministres du gouvernement Trudeau ainsi que M. Bellemare ont parlé des répercussions de ce prêt fédéral sur les intentions du Brésil, qui menace, depuis la fin de la dernière année, de se tourner vers l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour contester les formes d'aide octroyées à Bombardier.

«Je suis prêt à me défendre pour ce que nous faisons ce soir», a affirmé le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, lorsque questionné.

Jusqu'à présent, Bombardier - qui a effectué deux restructurations l'an dernier touchant quelque 14 500 postes à travers le monde - a reçu 360 commandes fermes pour son nouvel avion commercial.

«Un pas dans la bonne direction», selon le porte-parole de Couillard

Québec a investi 1 milliard $ US dans... (Archives La Presse) - image 3.0

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Québec a investi 1 milliard $ US dans le programme de CSeries.

Archives La Presse

Le gouvernement Couillard, qui a demandé à plusieurs reprises à Ottawa d'investir généreusement dans l'entreprise Bombardier comme il l'avait fait pour l'industrie automobile en Ontario, a salué sobrement la contribution de 372,5 millions $ du gouvernement Trudeau, soulignant qu'il s'agit d'un «pas dans la bonne direction».

Dans une courte déclaration, le porte-parole du premier ministre du Québec, Harold Fortin, a souligné que la multinationale québécoise avait dit que cette entente répondait actuellement à ses attentes.

Québec s'attend maintenant à ce que le gouvernement fédéral «poursuive cette collaboration dans le but de développer l'industrie aérospatiale québécoise», ajoute-t-on.

Le gouvernement du Québec, qui a investi 1 milliard $ US dans le programme de CSeries, a «permis son essor», a soutenu M. Fortin.

L'opposition péquiste s'est dite «extrêmement surprise» d'une si maigre contribution du gouvernement fédéral et du fait que l'argent soit versé sous forme de prêt.

Alain Therrien, porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière d'économie, a affirmé en entrevue téléphonique qu'il s'agissait sans contredit d'une nouvelle «insatisfaisante» pour le gouvernement Couillard, surtout parce que le fédéral a décidé d'investir dans deux programmes de Bombardier et pas seulement dans la CSeries comme l'a fait Québec.

«C'est un aveu pour dire que personne n'a suivi le gouvernement Couillard dans son «deal», parce que c'était un mauvais «deal»», a-t-il tranché.

La Coalition avenir Québec réagira à la nouvelle mercredi matin.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, s'est montré très enthousiaste quant à cette nouvelle. Avant même que l'annonce ne soit faite, M. Coderre avait envoyé plusieurs gazouillis pour saluer la décision du gouvernement fédéral.

«Cet investissement du gouvernement canadien envoie un message très fort à travers le monde que tous les acteurs forment un partenariat solide voué au développement économique et durable et que l'industrie aéronautique est une priorité au Canada», a affirmé le maire Coderre par voie de communiqué.

Le syndicat représentant les travailleurs de Bombardier ?uvrant dans les usines d'aérospatiale de la grande région de Montréal s'est dit «satisfait» de l'aide octroyée par Ottawa.

L'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'Aérospatiale (AIMTA) a dit par communiqué que le prêt annoncé mardi était «reçu comme un vote de confiance envers les travailleuses et travailleurs de Bombardier».

Le syndicat a dit espérer que cette annonce comprendra aussi des mesures de protection des emplois afin d'empêcher la délocalisation au moins pour la durée du prêt. «Pour le moment, nous n'avons aucune indication à cet effet», a-t-on affirmé.

Le coordonnateur de l'AIMTA, David Chartrand, a ajouté que l'organisation continuera de travailler pour la mise en place d'une politique pancanadienne de l'aérospatiale «qui viendrait structurer l'aide à l'industrie et éviterait les bras de fer comme celui dont nous avons assisté durant la dernière année entre Ottawa et Bombardier».

L'AIMTA dit représenter 15 000 membres au Québec, et plus de 50 000 au Canada, dont 16 000 dans l'industrie aérienne et aérospatiale.

L'historique de la CSeries

D'autres réactions en vrac:

«Malheureusement, le plan du gouvernement n'est pas aussi ambitieux qu'on aurait pu souhaiter. Nous sommes loin de rejoindre le 1 milliard de dollars que le gouvernement du Québec a investi l'année passée. De plus, nous ne voyons aucun plan pour venir compenser les 1500 anciens employés d'Aveos qui ont perdu leur emploi.»

- Alexandre Boulerice, lieutenant du Québec pour le Nouveau Parti démocratique (NPD)

«L'aide du fédéral est bien en deçà de ce que l'entreprise demandait pour assurer le développement de la Série C. Le gouvernement du Québec a fait sa part et on espérait que le fédéral fasse la sienne, comme lorsqu'est venu le temps de soutenir l'industrie automobile ontarienne (...) On est bien déçus de constater qu'en fin de compte, la montagne a accouché d'une souris.»

- Rhéal Fortin, chef intérimaire du Bloc québécois

«Je suis très inquiète concernant cet accord et ses implications pour les contribuables canadiens. (...) Ce n'est pas avec les subventions que l'on encourage l'investissement et la création d'emplois, mais plutôt par l'entremise de réductions d'impôt et d'un gouvernement qui laisse le champ libre. Le gouvernement doit évaluer soigneusement le message qu'il envoie lorsqu'une compagnie en particulier reçoit des millions de l'argent des contribuables tandis que des milliers d'entreprises à travers le pays écopent des politiques du gouvernement Trudeau.»

- Rona Ambrose, chef intérimaire du Parti conservateur et leader de l'opposition officielle

«Ce nouveau partenariat avec le gouvernement fédéral est une décision tournée vers l'avenir. C'est une manifestation de confiance envers une entreprise leader de toute une grappe industrielle qui positionne avantageusement le Canada sur la scène internationale.»

- Stéphane Forget, président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ)

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