Appuis nombreux aux réfugiés à Ottawa

Les Ottaviens se sont déplacés par centaines lundi... (Martin Roy, Le Droit)

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Les Ottaviens se sont déplacés par centaines lundi midi pour dénoncer les politiques d'immigration de Donald Trump.

Martin Roy, Le Droit

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Les politiques d'immigration du président américain, Donald Trump, ne sont visiblement pas passées inaperçues dans la capitale canadienne.

Des centaines de personnes - probablement plus de 2000 - se sont données rendez-vous sur la promenade Sussex, sur le coup de midi, pour manifester contre le décret adopté le week-end dernier par M. Trump, un décret qui interdit l'entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays (Libye, Syrie, Iran, Irak, Soudan, Yémen et Somalie). Le nombre de personnes est indéterminé, mais il y avait assez de monde pour compléter une chaîne humaine sans faille autour de l'ambassade américaine à Ottawa.

Le froid a également fait acte de présence durant le rassemblement, transformant les nombreux applaudissements en concert de bruits sourds, étouffés par les mitaines.

« C'est extraordinaire, s'exclame le secrétaire général d'Amnistie internationale Canada, Alex Neve. Ottawa n'est évidemment pas reconnue pour ça. De voir qu'autant de gens se sont déplacés en milieu d'après-midi, dans une froide journée de janvier, c'est très motivant. »

À plusieurs reprises, les gens qui ont pris le micro durant le rassemblement ont invité le gouvernement canadien à prendre de plus amples mesures pour dénoncer les politiques du président Trump, ainsi que de venir en aide aux gens affectés par le décret sur l'immigration.

M. Neve demande notamment à ce que le Canada cesse de reconnaître les États-Unis comme un lieu sécuritaire pour les réfugiés. Ainsi, les ressortissants qui se présentent à la frontière canadienne depuis les États-Unis seront accueillis.

« Nous avions nos inquiétudes il y a 12 ans lorsque cette mesure a été adoptée. C'est maintenant absolument inacceptable, les États-Unis ne sont plus un endroit sécuritaire pour les réfugiés », explique Alex Neve.

Sur les nombreuses affiches préparées pour l'occasion, les manifestants ont lancé des messages d'opposition à Donald Trump, ainsi qu'un appui aux réfugiés. Le proche conseiller du président, Steve Bannon, trouvait également une place de choix dans les slogans de la foule. L'ex-président de Breitbart News, un média d'extrême droite américain, a été nommé au conseil de Sécurité nationale des États-Unis, dans le tumulte entourant l'imposition du décret sur l'immigration.

Montée de l'islamophobie

Selon Adam Gilani, membre de la communauté musulmane de la capitale et ex-leader étudiant à l'Université d'Ottawa, l'élection de Donald Trump a donné de la confiance aux plus racistes de notre société.

« C'est clair qu'avec l'inauguration de Trump, plusieurs voient qu'il est possible de démontrer de la haine contre les musulmans, les immigrants et les réfugiés. »

M. Gilani estime toutefois que l'ampleur de la manifestation de lundi midi envoie un message clair que la division et l'exclusion de certaines communautés ne sont pas des valeurs canadiennes. Il invite d'ailleurs les gens à corriger ceux qui tiennent des propos racistes et à dénoncer aux autorités appropriées les menaces et les messages haineux diffusés sur les médias sociaux.

« La plupart des Canadiens et des Américains sont des gens tolérants, dit Adam Gilani. C'est important cette manifestation puisqu'on démontre aux gens affectés [par les politiques de Donald Trump] que nous sommes là pour eux. »

Une pensée pour Québec

Évidemment, les événements de la mosquée de Sainte-Foy ont été mentionnés à plusieurs reprises à la manifestation de lundi midi.

« J'étais tellement motivée en écrivant mon discours dimanche soir en voyant comment les Canadiens travaillent fort pour combattre l'islamophobie. Et puis, la nouvelle de l'attaque à Sainte-Foy est tombée. [...] J'étais sans mot, complètement sous le choc », affirmait Berak Hussain, conseillère aux étudiants internationaux de l'Université Carleton.

L'ex-député néo-démocrate d'Ottawa-Centre, Paul Dewar, a également commencé son discours en témoignant son support aux victimes de l'attentat de Québec.

De la pression sur Trudeau

Après un premier tweet remarqué à travers la planète, Justin Trudeau se montre très prudent face à la décision de Donald Trump d'interdire l'entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays.

Le premier ministre s'en était remis à Twitter, samedi, pour annoncer que le Canada est ouvert aux réfugiés, mais sans critiquer directement le président américain.

Depuis, le gouvernement libéral à Ottawa s'est surtout employé à éclaircir l'impact du décret sur les citoyens canadiens.

Pour ce qui est de condamner directement le geste du président américain, geste qui motive d'innombrables manifestations à travers les villes et les aéroports des États-Unis, M. Trudeau, ses ministres et députés font preuve de grande prudence.

Ainsi, interrogé à son entrée aux Communes, lundi matin, le secrétaire parlementaire du ministre des Affaires étrangères, Omar Elghabra, d'origine syrienne, n'a pas voulu dire ce que l'interdiction du président Trump lui inspirait comme réaction personnelle.

Son collègue ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, a mis des gants blancs avant de finalement admettre que la décision de M. Trump posait un problème moral.

Le ministre Bains a dit qu'il faut réagir de manière sophistiquée quand il s'agit de l'ALÉNA ou d'autres questions commerciales, mais il n'est pas question d'oublier les valeurs canadiennes.

Personne ne devrait être victime de discrimination à cause de sa religion ou son origine, de l'avis du ministre. Et le Canada, selon le ministre Bains, prêche par l'exemple.

Avec La Presse canadienne

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