Le prochain chef conservateur sera-t-il bilingue? Les choix sont limités

Exception faite de Maxime Bernier, Michael Chong et,... (Photo Eduardo Lima, archives PC)

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Exception faite de Maxime Bernier, Michael Chong et, dans une certaine mesure, Andrew Scheer et Tony Clement, les aspirants sont peu habiles dans la langue de Molière.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Halifax

Il s'en trouve peu pour dire, dans les couloirs du caucus conservateur, à Halifax, que le bilinguisme n'est pas un critère d'embauche essentiel pour le prochain chef.

« Pour moi, c'est non négociable », tranche en anglais la députée albertaine Michelle Rempel.

Plusieurs de ses collègues lui font écho : la personne qui succédera à Stephen Harper à la barre du parti doit impérativement savoir s'exprimer dans les deux langues officielles.

Si tous passent de la parole aux actes et refusent de faire un x à côté du nom d'un candidat qui ne parle pas français, leurs choix risquent d'être moins nombreux.

Car environ la moitié de la dizaine de candidats officiels et pressentis dans cette course à la direction parle un français très approximatif.

Exception faite de Maxime Bernier, Michael Chong et, dans une certaine mesure, Andrew Scheer et Tony Clement, les aspirants sont peu habiles dans la langue de Molière.

Les Kellie Leitch, Lisa Raitt, Deepak Obhrai et Brad Trost assurent tous poursuivre leur apprentissage du français. D'autres, comme l'homme d'affaires Kevin O'Leary, n'en voient tout simplement pas l'intérêt.

« Je dois améliorer mon français si je veux être la personne qui se présente pour devenir premier ministre », expose Mme Raitt, qui dit consacrer une quinzaine d'heures par semaine à des cours de français.

« Mais je ne peux claquer des doigts et devenir soudainement bilingue. Mais je suis absolument déterminée à le devenir », plaide la députée ontarienne.

Dans un français rudimentaire, sa collègue Leitch exprime le même souhait.

« Je vais continuer ma formation et j'espère que ma compréhension et mes (aptitudes) en français vont continuer à (s') améliorer », fait valoir celle qui a passé quelques semaines en immersion à Québec, cet été.

On a tout de même peine à imaginer comment les candidats pourront parvenir à tirer leur épingle du jeu dans les trois débats bilingues au programme - mais aussi et surtout pendant celui qui se déroulera exclusivement en français, au Québec, en janvier ou en février.

Il y a fort à parier que le député Maxime Bernier brillera davantage que ses opposants sur cette patinoire, à domicile.

Le Beauceron refuse toutefois de dire que la partie est gagnée d'avance.

« Il y en a quelques-uns (des candidats) qui sont en train d'apprendre le français, et c'est bien », souligne-t-il.

« Est-ce qu'ils vont l'apprendre assez rapidement pour bien débattre en français ? Je ne sais pas », ajoute M. Bernier.

La perspective de croiser le fer en français n'effraie pas Kellie Leitch.

« Non, parce que je pense que mon français va (s') améliorer chaque jour, chaque semaine, chaque mois », explique l'ancienne ministre du Travail et de la Condition féminine du gouvernement Harper.

La professeure Linda Cardinal, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa, voit en cette course contre la montre des candidats l'expression d'un inconfort de leur part.

« Ça veut dire qu'il y a un malaise, et qu'ils pensent qu'ils vont devenir bilingues en deux mois. Ça devrait envoyer un message très clair : si vous voulez aujourd'hui être chef d'un grand parti politique pancanadien, vous devez être bilingue », suggère-t-elle en entrevue téléphonique.

La chercheuse tient cependant à signaler qu'en unifiant la droite, avec la fusion de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur, l'ancien premier ministre Stephen Harper a « complètement transformé l'attitude des conservateurs à l'égard du bilinguisme », une évolution qui n'est « pas anodine ».

Une évolution fragile, que les libéraux ont récemment mise à mal en introduisant le concept d'« effectivement bilingue » - savoir comprendre la langue à l'oral et à l'écrit, mais pas nécessairement le parler - dans les nouveaux critères de nomination des juges de la Cour suprême du Canada, estime Mme Cardinal.

Le député québécois Bernard Généreux, pour qui la maîtrise des deux langues est une condition « sine qua non », y fait d'ailleurs référence en entrevue, en marge de la réunion du caucus présessionnel de Halifax : « On s'entend, c'est comme les juges. Parfaitement bilingue, ça veut dire quoi ? »

Michelle Rempel fait la même nuance lorsqu'on lui demande s'il est réaliste qu'un candidat ne parlant pas français puisse l'apprendre en version accélérée dans le cadre de cette course à la direction. « Je pense qu'une personne qui se lance dans la course maintenant doit être fonctionnellement bilingue », lâche-t-elle.

Le premier débat bilingue se tiendra à Moncton, au Nouveau-Brunswick, le 6 décembre. Le prochain chef du Parti conservateur sera élu le 27 mai 2017.

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