Rencontre entre Charest et l'ONÉ: McKenna ne s'en mêle pas

La ministre de l'Environnement, Catherine McKenna... (Adrian Wyld, Archives PC)

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La ministre de l'Environnement, Catherine McKenna

Adrian Wyld, Archives PC

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne

Les Canadiens sont en droit de s'attendre à des décisions «indépendantes» découlant des processus d'évaluation de projets énergétiques comme celui d'Énergie Est, dont l'intégrité a récemment été entachée, a insisté mardi la ministre fédérale de l'Environnement.

Catherine McKenna a refusé de réagir directement aux nouvelles révélations entourant l'Office national de l'énergie (ONÉ), l'organisme chargé de mener les consultations sur le projet de TransCanada.

«On doit avoir confiance en notre système, on doit avoir confiance en nos institutions, et nous devons nous assurer qu'on a des décisions qui sont indépendantes», s'est-elle contentée d'offrir en conférence de presse à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Le National Observer a révélé vendredi dernier que le président de l'ONÉ ainsi que deux de ses commissaires ont bel et bien discuté du projet lors d'une rencontre s'étant tenue en janvier 2015 avec l'ex-premier ministre Jean Charest, qui a été consultant pour TransCanada pendant quelques mois, l'an passé.

L'ONÉ, qui avait d'abord nié que le projet avait été abordé lors de la rencontre, a présenté ses excuses au site de nouvelles en ligne, plaidant l'erreur de bonne foi. Le directeur des communications de l'organisme, Craig Loewen, a soutenu qu'il n'y avait aucune «mauvaise intention» derrière la réponse initiale.

C'est l'Office qui a sollicité «les conseils de dirigeants au Québec pour savoir comment faire participer la société québécoise efficacement», a expliqué mardi dans un courriel Marc-André Plouffe, directeur du bureau régional de Montréal pour l'ONÉ.

«Les dirigeants comprenaient des représentants d'associations municipales et de chambres de commerce, des maires et un ancien premier ministre», a-t-il justifié, précisant que «l'Office n'était pas au courant à ce moment-là de tout contrat par lequel M. Charest pouvait être lié».

La confirmation que le projet Énergie Est a été discuté derrière des portes closes lors de cette rencontre «discrédite totalement un processus qui manquait déjà énormément de crédibilité», a dénoncé Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace.

L'organisation réclame la démission des deux commissaires qui étaient à la rencontre, Jacques Gauthier et Lyne Mercier. «Ils n'auraient jamais dû accepter d'y participer. Ils doivent montrer une impartialité et une transparence sans faute», a insisté M. Bonin.

Le professeur spécialisé en éthique publique Luc Bégin se montre lui aussi critique face à la démarche initiée par l'Office. «Compte tenu des informations dont je dispose, il y a manifestement un défaut de transparence de la part de l'ONÉ», a-t-il commenté.

«En ne rendant pas publique l'existence de telles rencontres, on laisse peser un sérieux doute quant aux objectifs recherchés et motivations à tenir ces rencontres», a analysé M. Bégin dans un courriel envoyé à La Presse canadienne.

«On repassera pour la »saine gouvernance« d'un organisme qui, faut-il le rappeler, détient un mandat public», a poursuivi le professeur titulaire à la Faculté de philosophie de l'Université Laval.

À Halifax, où elle rencontrait ses homologues des provinces atlantiques, la ministre McKenna a préféré rappeler que le gouvernement s'est engagé à revoir de fond en comble les processus d'évaluation environnementale plutôt que de se prononcer sur l'affaire de l'ONÉ.

«Sinon, au 21e siècle, les (ressources) ne pourront se rendre aux marchés», a-t-elle tranché, signalant que son ministère aura aussi «des choses à dire sur le projet (Énergie Est), sur la science».

Mais entre-temps, l'évaluation d'Énergie Est suit son cours. Et cela pourrait placer le gouvernement dans une drôle de posture au moment où on en connaîtra les résultats, estime Sidney Ribaux, cofondateur de l'organisation environnementale Équiterre.

«Le gouvernement va être pris à essayer de prendre une décision en se basant sur un processus qui, de son propre aveu, était insuffisant», a-t-il fait remarquer en entrevue téléphonique.

Greenpeace et Équiterre appellent le gouvernement à enquêter. «Comment se fait-il que ce genre de rencontre a lieu? L'ONÉ est un tribunal quasi-indépendant, et de toute évidence, il n'agit pas ainsi», a déploré Patrick Bonin.

L'attaché de presse du ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, n'avait pas répondu aux questions de La Presse canadienne en fin d'après-midi, mardi. L'ONÉ rend compte de ses activités au Parlement par l'entremise de ce ministère.

Quant au conseiller de Jean Charest au cabinet d'avocats McCarthy Tétrault, Grégory Larroque, il n'était pas disponible pour réagir aux nouvelles révélations du National Observer.

Les audiences de l'ONÉ se sont mises en branle lundi matin au Nouveau-Brunswick. D'entrée de jeu, les promoteurs du projet Énergie Est ont tenté de se faire rassurants sur la sécurité du transport par oléoduc et sur la capacité de l'entreprise albertaine à intervenir rapidement en cas d'accident.

Des audiences se tiendront du 29 août au 2 septembre à Montréal, puis du 3 au 7 octobre à Québec. Les recommandations de l'Office doivent être présentées d'ici le 16 mars 2018 au cabinet fédéral, qui devra ensuite trancher dans ce dossier controversé et éminemment politique.

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