Réforme électorale: les libéraux mettent de l'eau dans leur vin

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La ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, a assuré jeudi que le gouvernement n'avait jamais eu l'intention de piper les dés de la réforme en sa faveur.

Sean Kilpatrick, PC

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne

Justin Trudeau a admis jeudi que son gouvernement a manqué à sa promesse de faire de la politique autrement dans sa gestion du dossier de la réforme électorale.

«Nous avons entendu les préoccupations de l'opposition; nous avons peut-être eu un comportement qui ressemblait davantage à celui du gouvernement précédent que le genre d'approche et de ton que nous avons promis d'adopter», a dit le premier ministre.

«Nous sommes heureux de faire la démonstration que nous cherchons des façons de mieux travailler avec nos collègues en Chambre, d'être davantage à l'écoute des Canadiens et de leurs préoccupations», a-t-il ajouté en marge d'un événement à Ottawa.

Le gouvernement a mis de l'eau dans son vin, jeudi, en annonçant qu'il renonçait à sa majorité au comité qui se penchera sur la réforme électorale, comme l'avait réclamé dans une motion le Nouveau Parti démocratique (NPD).

En vertu de cette motion déposée par le député Nathan Cullen, le comité serait formé de cinq libéraux, trois conservateurs, deux néo-démocrates, un bloquiste et la seule élue du Parti vert.

A priori, le gouvernement voulait un comité parlementaire spécial composé de six libéraux, trois conservateurs et un néo-démocrate. Il laissait aussi une place pour un bloquiste et l'élue verte autour de la table, mais sans droit de vote.

L'opposition avait aussitôt décrié la proposition, qui aurait donné aux troupes de Justin Trudeau une majorité au comité, même si elles ont obtenu moins de 40% des voix lors du dernier scrutin.

La ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, a assuré jeudi que le gouvernement n'avait jamais eu l'intention de piper les dés en sa faveur.

«Ma priorité absolue n'a jamais été de savoir qui détenait la majorité au sein de ce comité. Ma priorité est de mettre le comité sur pied, de lancer les travaux et de démarrer la discussion», a-t-elle assuré en point de presse.

Un référendum ou pas?

La ministre Monsef n'a pas semblé exclure la possibilité que le gouvernement libéral puisse consentir à organiser un référendum si le comité en faisait la recommandation à l'issue de ses travaux, à la mi-octobre.

Le premier ministre Trudeau, en revanche, ne semble pas tenté par l'aventure, faisant valoir en point de presse, jeudi, que les consultations populaires «sont souvent une façon d'empêcher le changement de se faire».

Cette affirmation a fait bondir la chef de l'opposition officielle, Rona Ambrose. «C'est l'une des choses les plus arrogantes et les plus élitistes que j'aie entendues», a-t-elle lancé lors de la période de questions en Chambre.

Le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin, a lui aussi mal digéré l'argument du premier ministre. «À ce compte-là, on ne fera pas d'élections!» s'est-il insurgé en point de presse dans le foyer des Communes.

«À un moment donné, on ne consulte pas la population parce qu'on a peur qu'elle nous dise non. Écoutez, si la population pense non et dit non, ça veut dire non», a enchaîné M. Fortin.

De son côté, le NPD est d'avis que si les travaux de ce comité se déroulent rondement, une consultation populaire serait superflue.

«Si le gouvernement continue à faire preuve de bonne foi, si le comité parvient à travailler dans un esprit de collaboration, nous ne voyons pas la nécessité de tenir un référendum», a fait valoir le député Cullen.

Le compromis libéral ne satisfait toutefois aucunement l'opposition conservatrice, pour qui la tenue d'un référendum sur la question est une condition sine qua non.

En Chambre, le député conservateur Alain Rayes a reproché au gouvernement de n'avoir aucune intention d'organiser une consultation populaire, déplorant que les libéraux aient «poussé l'audace en s'alliant au NPD» afin de l'éviter.

Son collègue Blake Richards a ajouté que les libéraux préféraient «négocier des ententes secrètes en coulisses» plutôt que de consulter la population canadienne par voie de référendum.

Le Bloc québécois, pour sa part, s'est réjoui que le gouvernement ait corrigé le tir, parlant d'un «pas dans la bonne direction».

L'adoption d'une approche moins partisane a également satisfait la leader du Parti vert, Elizabeth May.

«Les Canadiens sont maintenant assurés que tous les partis travailleront en collaboration au comité pour que chaque vote compte aux élections de 2019», a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Justin Trudeau a promis en campagne électorale que le scrutin de 2015 serait le dernier à se tenir sous le système uninominal majoritaire à un tour.

Durant la course à la direction du Parti libéral du Canada, il avait exprimé sa préférence personnelle pour un système préférentiel.

Les conservateurs jugent que ce mode de scrutin bénéficierait aux libéraux du centre, qui seraient certainement sélectionnés comme deuxième choix par les partisans des autres formations politiques plus campées idéologiquement.

Le NPD préconise historiquement le système électoral proportionnel mixte.

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