Dion encore obligé de défendre le contrat de blindés

Stéphane Dion... (Sean Kilpatrick, Archives PC)

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Stéphane Dion

Sean Kilpatrick, Archives PC

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Mélanie Marquis
Le Droit

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a de nouveau dû défendre le contrat de véhicules blindés entre le Canada et l'Arabie saoudite, mercredi,à la lumière de la parution d'inquiétantes vidéos en provenance du royaume.

Des images obtenues par le quotidien The Globe and Mail semblent montrer que le régime saoudien a eu recours à des véhicules similaires à ceux qui sont construits à London, en Ontario, pour réprimer des dissidents de la minorité chiite dans l'est du pays.

Invité à se prononcer sur ces vidéos, qui auraient été tournées en 2012 et en 2015, le ministre Dion a insisté à plusieurs reprises sur le fait que ces équipements ne provenaient pas du Canada, ce qui était précisé dans l'article.

Il a dit ne pas avoir «conclu de ces vidéos quoi que ce soit pour le moment» et assuré que les experts du ministère «regardent toujours ce genre d'informations» et qu'ils «en tiennent compte dans leurs recommandations».

Et si ces fonctionnaires concluaient que des équipements canadiens ont été utilisés à mauvais escient, le gouvernement «réagirait», a assuré M. Dion. Mais «pour le moment, le point fondamental, c'est que ce n'est pas un équipement canadien», a-t-il fait valoir.

Lorsqu'on lui a fait remarquer que ces images démontraient qu'il existait un risque que Riyad utilise les blindés - peu importe leur provenance - contre sa propre population, le ministre a répondu que la décision d'honorer le contrat comportait certes «un risque», mais un «risque calculé».

Le premier ministre Justin Trudeau a complètement esquivé les questions soumises en Chambre par le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, préférant rappeler que son interlocuteur avait aussi promis en campagne électorale d'honorer le contrat.

Un peu plus tôt, le leader néo-démocrate reprochait au ministre Dion de manquer à sa parole.

«C'est le même M. Dion qui a dit en Chambre il y a quelques semaines à peine que s'il y avait une preuve d'abus des droits de la personne en Arabie saoudite avec ce genre d'équipement, qu'il allait annuler les permis d'exportation», a-t-il souligné.

«Soyons clairs: ce n'est pas une question de savoir dans quel pays l'équipement a été fabriqué: c'est d'utiliser contre des civils un équipement militaire blindé. C'est ça, la vraie question», a martelé M. Mulcair en point de presse dans le foyer des Communes.

L'entente commerciale entre l'Arabie saoudite et l'entreprise General Dynamics Land System a été conclue sous le précédent gouvernement. Le député Tony Clement, qui faisait partie du cabinet conservateur, juge que la décision était bonne - à tout le moins, à l'époque.

«Nous disposions de suffisamment de preuves que l'équipement ne serait pas utilisé pour réprimer des soulèvements au pays, mais bien dans des opérations antiterroristes», a-t-il expliqué en mêlée de presse à la sortie de réunion du caucus de son parti.

Mais la situation semble avoir évolué, a-t-il prudemment reconnu: «Les faits continuent de s'accumuler - et nous ne pouvons même pas les vérifier, car les libéraux ne veulent pas partager leurs informations avec les députés».

Les exemplaires des vidéos ont été fournies au Globe and Mail par des militants saoudiens pour les droits de l'homme qui souhaitent la résiliation du contrat entre le Canada et l'Arabie saoudite, d'une valeur de 15 milliards $. Le quotidien dit les avoir fait analyser pour s'assurer de leur authenticité.

Le gouvernement canadien est au fait des inquiétudes soulevées par la communauté internationale en ce qui a trait à de probables violations du droit international au Yémen, où l'Arabie saoudite mène une coalition militaire.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a été informé en décembre 2015 que la coalition a effectué un «nombre disproportionné» d'attaques contre des civils, est-il écrit dans un rapport lourdement caviardé sur la situation des droits de la personne dans le royaume pour 2015.

La publication du rapport du ministère des Affaires mondiales est survenue quelques jours après que l'on eut appris que le ministre Dion avait discrètement autorisé les licences d'exportation pour 11 des 15 milliards $ du contrat de véhicules blindés, en avril dernier.

Ces documents marqués du sceau «Secret» avaient été déposés devant la Cour fédérale dans le cadre du recours entrepris par le juriste Daniel Turp et un groupe de ses étudiants, qui cherchent à faire annuler le lucratif contrat.

Plus d'une dizaine d'organisations de la société civile, dont Amnistie internationale, ont directement interpellé le premier ministre Trudeau, le 27 avril dernier, pour l'exhorter à déchirer le contrat.

«Il est immoral et contraire à toute éthique de fournir une telle quantité d'armes meurtrières à un régime qui présente un dossier si terrible en matière de violation des droits humains», ont soutenu 14 signataires dans une missive destinée à M. Trudeau et quatre de ses ministres.

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