Le NPD exige un moratoire sur la traduction automatique

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«Il n'y a pas d'urgence à implanter ce logiciel maintenant», a affirmé le député néo-démocrate François Choquette.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Paul Gaboury
Le Droit

Alors que les plus importants ordres professionnels de traducteurs au pays le dénoncent à hauts cris, le Nouveau parti démocratique (NPD) exige un moratoire sur l'implantation de l'outil de traduction automatique, prévue dès vendredi, sur les postes de travail des fonctionnaires fédéraux.

Le critique néo-démocrate des langues officielles, François Choquette, a confirmé au Droit avoir demandé ce moratoire dans une lettre transmise mardi à la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Judy Foote.

«Je demande à la ministre Foote de retarder l'implantation du logiciel de traduction automatique Portage, le temps de permettre au comité parlementaire des langues officielles de compléter son étude et son rapport sur cet outil de traduction», a indiqué en entrevue le député Choquette.

«Nous n'avons tenu qu'une seule de cinq rencontres prévues sur cet outil de traduction automatique et n'avons entendu que la pdg du Bureau de la traduction jusqu'à maintenant. Il n'y a pas d'urgence à implanter ce logiciel maintenant et il vaut mieux attendre les conclusions de notre rapport avant de décider.»

M. Choquette affirme qu'il a voulu obtenir l'appui des députés libéraux, incluant le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus. «Mais mes collègues ont préféré prendre d'autres moyens que de demander un moratoire. Alors j'ai décidé de transmettre ma demande, car il ne reste plus de temps pour réagir.»

Le député Fergus n'a pas commenté la demande de moratoire du NPD mardi. Il doit toutefois rencontrer des dirigeants du ministère jeudi, a indiqué son porte-parole Olivier Duhaime. 

Un «affront» à la traduction

L'Association des traducteurs interprètes de l'Ontario (ATIO) et la Corporation des traducteurs, traductrices, terminologues et interprètes du Nouveau-Brunswick (CTINB) ont pris position dans des lettres également envoyées à la ministre Foote.

L'Ordre des traducteurs, terminologues, interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) pourrait aussi se prononcer au cours des prochains jours, a-t-on appris mardi.

«Même si le logiciel est destiné à des échanges informels limités à l'interne, nous pensons qu'il est naïf de croire que tel sera le cas dans la pratique», écrit la présidente de l'ATIO, Lisa Carter. «La décision du déploiement de ce logiciel est vue comme un mépris total des langagiers professionnels. [...] Le Canada pourrait très bien voir son excellente réputation en communication orale et écrite dans les deux langues officielles ternies, tant ici qu'à l'étranger.»

«Un non-sens»

Le président de la CTINB, Jeff Staflund, a fait part de sa «vive déception» devant cette «décision mal avisée» d'implanter ce logiciel de traduction sur les postes de travail des fonctionnaires fédéraux.

«Quel que soit l'usage que l'on se propose d'en faire, il s'agit d'un dangereux précédent qui n'aide en rien le gouvernement fédéral et la fonction publique à s'acquitter de leurs responsabilités en matière de langues officielles», soutient-il.

La corporation néo-brunswickoise a même eu l'audace d'indiquer à la ministre Foote qu'elle avait traduit sa lettre du français à l'anglais avec l'outil Google Translate.

«Déployer Portage dans l'ensemble de la fonction publique transformera tous les fonctionnaires en traducteurs, y compris les unilingues, ce qui est un non-sens», plaide M. Staflund.

«Bien que nous ne doutions pas que plusieurs d'entre eux s'en serviront judicieusement, nous savons aussi que beaucoup ne verront pas les déficiences de l'outil et il arrivera, inévitablement, que des textes linguistiquement et sémantiquement inacceptables seront diffusés, poursuit-il. Ces traductions machine seront un affront à la profession et une insulte à ceux qui les liront, et l'image de la fonction publique s'en trouvera ternie.»

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