Femmes autochtones: les aspects socio-économiques doivent être inclus, dit l'ONU

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La ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould

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Fannie Olivier
La Presse Canadienne

La commission d'enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées devra absolument prendre en compte les racines profondes de cette violence, à commencer par les facteurs socio-économiques, selon des représentants des Nations unies.

Ces représentants de différentes instances de l'Organisation des Nations unies (ONU) ont rencontré lundi les ministres responsables d'élaborer les paramètres de cette enquête nationale.

En point de presse suivant cette rencontre avec les ministres Carolyn Bennett, Patty Hajdu et Jody Wilson-Raybould, ils ont insisté sur le fait que cette enquête devait être aussi large que possible.

Pour Barbara Bailey, du Comité des Nations unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), il sera «très difficile de briser le cycle de la violence» à moins de s'attaquer aux racines du problème. Le désavantage économique subi par les membres des Premières Nations devra être au coeur de cette enquête, selon elle.

Il faudra aussi être sensible aux «stéréotypes» laissés par «l'héritage colonial», et qui sont désormais intégrés dans «le tissu social», a-t-elle noté.

«À moins de déconstruire ces stéréotypes, de les démanteler et de voir ces gens comme des êtres humains (...), nous allons manquer le bateau», a-t-elle insisté.

À la sortie de la période de questions, la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, a indiqué qu'on lui avait également confié qu'il fallait tenir compte du désavantage économique, lors de ses consultations sur la forme que devrait prendre l'enquête.

«D'un océan à l'autre, nous avons entendu la nécessité de s'attaquer aux racines du problème. Il est évident que les conditions socio-économiques des femmes et filles autochtones constituent un problème au Canada et que nous n'allons pas être capables de régler le problème sans s'y attaquer», a-t-elle noté.

Les cas allégués de Val-d'Or, où des femmes autochtones ont affirmé avoir été victimes de sévices sexuels par des policiers de la Sûreté du Québec, devraient aussi être inclus dans l'enquête, selon les experts internationaux. Pour le rapporteur spécial des Nations unies sur la violence contre les femmes, Dubravka Simonovic, l'impunité doit être abordée dans le processus.

«Si nous avons une situation où, par exemple, les forces policières n'agissent pas de façon correcte, que le système ne fonctionne pas bien, alors (...) cela contrevient à l'obligation de diligence appropriée d'un pays de prévenir cette violence, d'imposer des mesures qui protégeront les victimes et de punir les auteurs», a-t-elle signalé.

La ministre Bennett a déjà laissé entendre que l'enquête pourrait englober notamment ces cas allégués de sévices à Val-d'Or.

Mme Bailey avait visité différentes villes et réserves au Canada en 2013 et avait conclu à de «graves violations» des droits des femmes autochtones. Dans sa liste de 38 recommandations, le CEDAW demandait notamment au Canada de prendre des mesures pour améliorer significativement les conditions économiques des Premières Nations. Il appelait notamment à des stratégies de lutte contre la pauvreté, pour le logement, le transport, l'accès à l'eau potable et à l'éducation.

Pour James Cavallaro, de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), la mise sur pied d'une commission d'enquête sur la violence faite aux femmes autochtones ne doit pas être un prétexte pour se traîner les pieds sur les autres recommandations.

«Nous sommes à un moment où des actions peuvent être prises, a-t-il soutenu. Je ne pense pas que les instances internationales (...) s'attendent à ce que durant les deux années de l'enquête, tout ce qui touche les femmes et filles autochtones - politiques et programmes - soient mis en pause.»

Selon Mme Bennett, le logement, la protection de l'enfance et l'application équitable de la justice sont tous des dossiers qui doivent être abordés rapidement.

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