Justin Trudeau, la personnalité médiatique de 2015

Justin Trudeau a obtenu 97% des votes des directeurs... (Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse)

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Justin Trudeau a obtenu 97% des votes des directeurs des salles de presse du pays.

Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

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Joan Bryden
La Presse Canadienne

L'année 2015 aura été mémorable pour Justin Trudeau.

Il a obtenu une victoire électorale éclatante après avoir remonté la pente dans les sondages, devenant à la fois le premier fils d'un premier ministre à diriger à son tour le gouvernement et le premier chef d'un parti fédéral à hisser sa formation de la troisième place au sommet du pouvoir. Depuis, il a fait le tour du monde et est devenu une vedette internationale. Tout cela dans les trois derniers mois de l'année.

Et maintenant, il devient la personnalité ayant le plus marqué l'actualité au Canada en 2015. Et contrairement aux élections du 19 octobre chaudement disputées, ce n'était pas vraiment une surprise.

«Trudeau a été le premier choix des rédacteurs en chef et des directeurs de l'information à travers le pays», explique Stephen Meurice, rédacteur en chef de La Presse Canadienne.

Quelque 97% des directeurs des salles de presse du pays sondés par La Presse Canadienne ont estimé que Justin Trudeau était la personnalité ayant le plus marqué l'actualité cette année.

Rachel Notley, la chef du Nouveau Parti démocratique albertain qui a mis fin au règne de quatre décennies de la dynastie conservatrice en Alberta, est arrivée loin derrière. Elle a été choisie par seulement 7% des directeurs de l'information sondés.

Le petit Alan Kurdi, cet enfant syrien dont le corps sans vie retrouvé sur une plage turque a donné un visage humain à la crise des réfugiés et qui s'est imposé malgré lui dans la campagne électorale canadienne, a obtenu un vote de moins que Mme Notley.

Le choix s'est fait «sans hésitation», a écrit Carl Fleming, directeur de la rédaction du Cape Breton Post. «Tout le monde parle de Justin.»

Une élection historique

Les élections représentent toujours un évènement important dans l'actualité, mais c'est la nature historique de la victoire de Justin Trudeau qui a été si remarquable pour les directeurs des salles de presse du pays.

«La victoire de Trudeau a été historique à plusieurs niveaux», a dit Tim Kucharuk, un reporter d'expérience à la radio CKRW-The Rush à Whitehorse.

«Le premier à être passé du statut de troisième parti à celui de parti du gouvernement, le premier à compléter le duo père-fils en tant que premier ministre. Il nous a servi certaines des répliques les plus citées de l'année: les "voies ensoleillées" (sunny ways) et "le Canada est de retour". Sa victoire a radicalement changé Ottawa après 10 ans de pouvoir conservateur.»

D'autres ont été impressionnés par la façon dont Justin Trudeau, qualifié avec mépris de beau garçon à la tête vide par la machine d'attaque des conservateurs et qui traînait dans les sondages au début de la campagne, a réussi à dépasser les attentes et laissé ses adversaires expérimentés loin derrière dans un nuage de poussière.

«Les attentes étaient si basses pour ce fils d'un dirigeant canadien emblématique que ses rivaux ont déjà dit en se moquant qu'il gagnerait des points dans l'opinion publique seulement "en montant sur scène en portant un pantalon"», rappelle Margo Goodhand, éditrice de l'Edmonton Journal.

«Cible d'une campagne de mépris soigneusement orchestrée, en troisième place dans les sondages, "Justin" s'est défendu et a obtenu une victoire majoritaire éclatante, renversant une dynastie [conservatrice] de 10 ans et devenant le 23e premier ministre du Canada. Pas trop mal pour le "gars à la belle chevelure".»

Maurice Cloutier, rédacteur en chef de La Tribune de Sherbrooke, a estimé que Justin Trudeau avait mené «une campagne audacieuse» en doublant le Nouveau Parti démocratique (NPD) sur sa gauche, avec ses promesses d'enregistrer des déficits modestes et de stimuler l'économie par des investissements considérables dans les infrastructures.

M. Cloutier croit également que M. Trudeau a réussi à tourner à son avantage une campagne électorale exceptionnellement longue - un marathon de 11 semaines qui, croyaient les conservateurs, allait mettre en évidence les faiblesses du jeune «Justin».

Plus encore, il a réussi à obtenir la majorité des sièges au Québec, un exploit qui n'avait été accompli par aucun parti à la tête du gouvernement fédéral depuis 1988. C'était également le meilleur résultat des libéraux fédéraux depuis que Pierre Elliott Trudeau a balayé la province aux élections de 1980.

«Il a mené une campagne électorale sans faille, juge Michel Lorrain, vice-président de l'information et de la programmation à Cogeco Diffusion. Le retour en force des libéraux au Québec a surpris tout le monde.»

Mais plus que tout, le récit de l'ascension de Justin Trudeau constitue une très bonne histoire en soi.

Il a ressuscité son parti donné pour mort en 2011, quand les libéraux n'ont obtenu que 34 sièges et ont été relégués derrière le NPD pour la première fois de l'histoire. Il a résisté au barrage de publicités négatives des conservateurs qui disaient qu'il n'était «pas prêt». Il a survécu à la pression d'une campagne aux enjeux élevés dans laquelle tout faux pas aurait pu signifier la fin du Parti libéral du Canada.

Et il a fait cela sans tomber dans la vulgarité et les petits jeux politiques, restant toujours positif et projetant un optimisme jeune et insouciant qui a donné l'impression que ses adversaires étaient vieux et grincheux.

Depuis les élections, Justin Trudeau a été salué partout sur la planète pour avoir respecté sa promesse de former un cabinet paritaire «parce qu'on est en 2015», et pour avoir ouvert les frontières du Canada aux réfugiés syriens. Il a aussi assisté à toute une série de sommets internationaux, ce qui lui a valu une couverture médiatique flatteuse et, dans un cas, des cris d'admiratrices féminines en pâmoison.

«Le récit de la trajectoire de Trudeau a été surprenant et spectaculaire alors qu'il a mené les libéraux de l'arrière jusqu'à la tête du gouvernement, a commenté Paul Samyn, rédacteur en chef du Winnipeg Free Press. Sa campagne a signifié que nous avons eu une véritable course à trois pour le pouvoir, et son tour de piste victorieux a attiré l'attention mondiale d'une façon que nous n'avions jamais vue pour un premier ministre canadien.»

«C'est un peu un conte de fées, n'est-ce pas?» résume Elisha Dacey, directrice de la rédaction du journal Metro à Winnipeg.

«Le fils d'un premier ministre populaire [mais aussi honni] reprend le flambeau là où son père l'avait laissé et met en place immédiatement des changements de culture politique au bureau du premier ministre [...] qui se feront sentir pendant des années. C'est un récit enlevant de retour de l'arrière vers l'avant qui modifie le paysage politique canadien.»

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