Les demi-vérités des politiciens

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Les experts questionnés par LeDroit s'entendent sur une chose, il ne faut pas se fier aux politiciens pour avoir l'heure juste en période électorale.

Pour Claude Denis, professeur à l'école d'études politiques de l'Université d'Ottawa, ce n'est pas, à la base, la responsabilité des politiciens de présenter l'ensemble des faits. Même s'ils ont le devoir de dire la vérité, c'est aux journalistes, selon lui, que revient la responsabilité de mettre leurs propos en contexte.

Au contraire, Normand Baillargeon, philosophe et professeur au département d'éducation et de pédagogie de l'Université du Québec à Montréal, croit plutôt que les politiciens, dans un idéal démocratique, doivent débattre de façon transparente. Comme ils cherchent à se faire élire, les politiciens évitent certains sujets, affirme-t-il.

«Je pense que le problème le plus urgent qui confronte l'humanité présentement, c'est le réchauffement climatique. Mais c'est très peu porteur électoralement, alors on en parle pour ainsi dire à peu près pas.»

Les demi-vérités font partie du discours politique, affirme M. Denis. Le débat sur la situation économique du pays est un exemple des débats où l'ambiguïté des discours prend le dessus.

«Il y a une définition officielle de ce qu'est une récession. [...] Les politiciens qui essaient de jouer autour de ça en disant que juste un secteur l'était, ce n'est pas un mensonge [...], mais au total, si ce secteur est important, ç'a comme résultat que sur l'ensemble de l'économie, on était en récession», soutient Claude Denis.

Simon Tremblay-Pepin, chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS), affirme qu'il devient difficile pour les citoyens de faire la part des choses. Selon lui, on a tendance à accorder une trop grande crédibilité aux chiffres alors qu'ils peuvent facilement être manipulés ou cités hors contexte.

L'origine des prédictions et des analyses économiques est difficilement vérifiable pour le commun des mortels, poursuit M. Tremblay-Pepin. De plus, une seule étude est loin d'être suffisante pour décrire une réalité sociale. Un exemple «sidérant», selon le chercheur, est les données sur l'emploi de Statistiques Canada.

L'organisme gouvernemental produit deux études, l'une mensuelle et l'autre trimestrielle. La première a l'avantage d'offrir des chiffres rapidement, mais présente une marge d'erreur plus importante. La seconde, malgré sa fiabilité, est souvent absente du débat public, affirme Simon Tremblay-Pepin.

«Elle n'est presque jamais suivie par les médias, parce que les données sont trop vieilles. Ce n'est pas intéressant pour les journalistes qui travaillent dans le quotidien.»

Grâce aux médias sociaux, entre autres, le public est plus que jamais exposé, sans filtre ou mise en contexte, aux lignes de communication des politiciens, rappelle Caroline Caron, professeure au département de sciences sociales à l'université du Québec en Outaouais.

«Ça leur permet de contourner les journalistes qui pourraient leur poser des questions et apporter une perspective plus critique face à leur propos, soutient Mme Caron. En plus, les médias sociaux, ce sont des messages très courts. On ne va pas en profondeur.»

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