Bureau de la traduction: le projet de «services obligatoires» difficile à réaliser

Un professeur de l'Université d'Ottawa juge «impensable» le... (Archives, La Presse canadienne)

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Un professeur de l'Université d'Ottawa juge «impensable» le projet du président du Conseil du Trésor, Scott Brison (photo), de rendre obligatoire les services du Bureau de la traduction.

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Paul Gaboury
Le Droit

La perte d'expertise et de ressources au Bureau de la traduction (BT) ne permettrait pas de mettre en oeuvre le projet visant à rendre ses services obligatoires pour tous les ministères fédéraux, selon un professeur en traduction de l'Université d'Ottawa.

« Même s'il le voulait, le président du Conseil du Trésor Scott Brison ne pourrait mettre en oeuvre le projet de rendre obligatoires les services du BT pour tout le gouvernement. La perte d'expertise et de ressources est bien trop importante pour cela. Il faudrait à cet effet ramener le BT au niveau où il était il y a 8 ou 10 ans. (...) Il n'est probablement même pas souhaitable que cette mesure devienne incontournable », soutient Charles Le Blanc, professeur agrégé de l'École de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa. 

Le professeur Le Blanc est intervenu à plusieurs reprises, depuis un an, pour dénoncer la situation difficile vécue par les traducteurs au Bureau de la traduction en 2016, ayant lui-même demandé publiquement le départ de l'ancienne dirigeante Donna Achimov, mutée à d'autres fonctions.

En entrevue, le professeur Le Blanc a indiqué qu'il tenait à réagir à la récente volte-face de la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Judy Foote, qui souhaite rendre obligatoires les services du BT à l'ensemble du gouvernement. En octobre dernier, la ministre lui « avait cassé les jambes », dit-il, en maintenant le statu quo et en rejetant le rapport du comité des langues officielles qui proposait plusieurs changements au Bureau de la traduction.

Ce dernier s'occupe d'environ 80 % du volume des traductions du gouvernement. Une partie du travail est déjà confiée en sous-traitance, parce que les 800 traducteurs ne suffisent pas à la tâche. Le reste du volume est traduit directement par les ministères ou donné en sous-traitance. Avec le projet, ils auraient l'obligation de passer par le Bureau de la traduction.

« L'obligation de faire toutes les traductions à l'interne aurait probablement pour conséquence de rendre nécessaire l'utilisation de l'outil de compréhension Portage, ou de celui d'un quelconque Frankenstein techno-linguistique, ce que l'on ne souhaite pas en tant que francophone amoureux de la langue », prévient le professeur Le Blanc. Les cabinets privés de traduction ont récupéré l'expertise perdue du Bureau et offrent des traductions de haute qualité « la plupart du temps », dit-il, mais ne peuvent offrir des conditions de travail aussi avantageuses.

Plusieurs propriétaires de ces entreprises sont des intervenants incontournables et appréciés, certains ayant écrit des ouvrages utilisés pour la formation universitaire des traducteurs, indique le professeur Le Blanc. 

Le professeur Le Blanc soutient qu'une question d'imputabilité se pose toujours à l'égard du Bureau de la traduction. « La faute ici n'est pas que politique. (...) Quelqu'un sera-t-il jamais imputable pour ce gâchis ? »




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