Traduction en sous-traitance: le BT facture le double du prix qu'il paie

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Le Bureau de la traduction affirme offrir une valeur ajoutée en assurant à ses clients des services additionnels.

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Paul Gaboury
Le Droit

Parce que sa «capacité interne» était atteinte, le Bureau de la traduction (BT) a accordé 39% de son volume de travail au secteur privé en 2015-2016 pour répondre aux besoins des ministères et organismes fédéraux, facturant aux institutions presque le double du prix qu'il a payé aux fournisseurs du secteur privé pour exécuter les contrats.

Selon ce qu'a appris LeDroit, le tarif offert au Bureau de traduction par les fournisseurs de services en traduction en langues officielles (anglais au français et vice-versa) varie actuellement entre 20¢ et 22¢ le mot. Or, le même Bureau de la traduction facture à ses clients 39¢ le mot en moyenne à tous ses clients, soit près du double de ce qu'il paie pour les services de traduction qu'il envoie en sous-traitance au privé.

«L'écart entre le tarif fixé par les fournisseurs de services en traduction et celui facturé par le Bureau de la traduction à ses clients s'explique par le fait que le bureau offre une valeur ajoutée en assurant à ses clients des services additionnels», a indiqué dans un courriel au Droit Jessica Kingsbury, des relations avec les médias du ministère des Services publics et de l'Approvisionnement.

La «valeur ajoutée»

La «valeur ajoutée» par le Bureau de la traduction, explique le ministère, est l'assurance de la qualité des traductions après réception des textes des fournisseurs pour assurer le respect de la Loi sur la gestion des finances publiques, l'uniformisation et la création de terminologie, l'infrastructure sécurisée pour le traitement des renseignements de nature délicate, la recherche et l'intégration de nouvelles technologies, la gestion de contrats de services langagiers, l'accès à ses services 24 heures par jour, sept jours par semaine, et la formation langagière continue à son personnel.

Lundi, nous révélions que des contrats à deux fournisseurs de services avaient été accordés à 15 et 17 cents le mot, bien en deçà des tarifs que certains fournisseurs considèrent comme le «seuil de rentabilité» pour rester en affaires dans le domaine. 

Le ministère explique que le Bureau de la traduction n'a aucune influence sur les prix que les fournisseurs lui offrent et qu'il ne peut commenter les prix offerts par les fournisseurs de services en traduction, «car il ne contrôle pas cette industrie». Une liste des contrats de 10 000$ et plus est publiée sur le site du ministère tous les trois mois.

Le Bureau de la traduction vérifie la qualité des traductions après réception des textes des fournisseurs. Les contrats accordés aux fournisseurs renferment une clause à propos du fait que le travail doit être effectué au Canada. «Le fournisseur doit l'attester expressément», explique le ministère.

Les critères d'admission peuvent varier, mais les fournisseurs doivent détenir un baccalauréat en traduction d'une université reconnue ou être membres agréés et en règle d'un ordre professionnel, ou en démarche pour obtenir l'agrément.

Ils doivent aussi démontrer un certain nombre d'années d'expérience en traduction portant sur le domaine d'expertise précisé dans le contrat.

L'«outil de compréhension linguistique» est disponible depuis mardi

Le nouvel «outil de compréhension linguistique» est déjà disponible, depuis mardi, pour les fonctionnaires travaillant dans plus de 33 organisations fédérales.

Le ministère des Services publics et de l'Approvisionnement (SPAC) a confirmé que le Bureau de traduction a tenu compte des commentaires de divers intervenants, en modifiant les conditions d'utilisation de l'outil de traduction automatique Portage, désormais appelé l'«outil de compréhension linguistique».

«Nous avons modifié les conditions d'utilisation que tous les employés doivent lire avant d'accéder à l'outil afin de rendre plus clair le fait que l'outil vise uniquement à améliorer leur compréhension de leur deuxième langue officielle pour ainsi favoriser un environnement de travail bilingue. L'outil ne devrait pas être utilisé pour traduire des documents officiels du gouvernement du Canada; ces textes doivent continuer à être traités par des traducteurs professionnels», a indiqué dans un courriel Pierre-Alain Bujold, des relations publiques de SPAC.

L'avis aux fonctionnaires stipule que l'outil permet d'avoir une idée générale de textes à contenu gouvernemental et ne remplace pas les services langagiers professionnels. L'utilisateur s'engage à en respecter les objectifs et les limites du nouvel outil et dégage le Bureau de la traduction de toute responsabilité pouvant découler d'une mauvaise utilisation des résultats produits par cet outil.

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