La «machine à traduction» sème l'inquiétude

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«Il y a péril en la demeure», a renchéri la professeure Linda Cardinal. «Si les fonctionnaires ont besoin d'un outil comme Portage, c'est parce qu'ils ne maîtrisent pas le français.»

Martin Roy, Archives LeDroit

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Paul Gaboury
Le Droit

Plusieurs intervenants ont défilé devant le comité des langues officielles, mercredi, pour réclamer des changements au Bureau de la traduction et l'annulation de l'implantation de l'outil de traduction automatique Portage à l'échelle de la fonction publique fédérale.

«Si Portage se généralisait, cela marquerait un retour à l'époque où la traduction était confiée à des secrétaires bilingues non préparées pour exécuter cette tâche», a plaidé Jean Delisle, professeur émérite de l'École de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa et auteur de l'ouvrage Les douaniers des langues, Grandeur et misère de la traduction à Ottawa 1867-1967

Le professeur Delisle croit qu'il faut redonner au Bureau de la traduction le contrôle sur l'ensemble de la traduction au sein de la fonction publique fédérale, «sinon, on risque de revenir au système anarchique qui régnait avant sa création». 

«La langue "machine" n'est pas une langue officielle. La langue good enough non plus. Cette langue serait acceptable pour qui?» a-t-il ajouté, comparant le Bureau de la traduction à un «édifice patrimonial» que des promoteurs immobiliers voudraient détruire. 

«Il y a péril en la demeure, a renchéri la professeure titulaire de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, Linda Cardinal. Si les fonctionnaires ont besoin d'un outil comme Portage, c'est parce qu'ils ne maîtrisent pas le français.»

«La langue "machine" n'est pas une langue officielle. La langue good enough non plus. Cette langue serait acceptable pour qui?»

Jean Delisle
professeur émérite de l'Université d'Ottawa

La professeure Cardinal a recommandé l'annulation du projet Portage et la création d'un groupe de travail sur la situation des langues officielles au sein du gouvernement fédéral.

«Un outil de traduction, c'est pour aider les traducteurs, pas pour les remplacer. La langue, c'est politique, ça sert à l'unité du pays», a rappelé la professeure Cardinal, soulignant que la traduction automatique allait accentuer le problème d'«asymétrie» du français et de l'anglais au sein des institutions fédérales. 

Infraction à la Loi

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Sylviane Lanthier, estime qu'une utilisation plus large de cet outil de traduction au sein de la fonction publique serait une infraction à la Loi sur les langues officielles.

Elle se réjouit du report de la mise en application de Portage, annoncée la semaine dernière. «Il y a une belle occasion d'aller à la racine du problème en ce qui a trait à l'érosion des communications dans les deux langues officielles au sein de l'appareil fédéral», affirme Mme Lanthier.

Les ministres unilingues anglophones doivent partir, dit Impératif français

Le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, a vivement réagi au «tollé haineux» soulevé au Canada anglais par le fait que la ministre du Revenu, Diane Lebouthillier, ne s'exprime pas en anglais.

Il exige du Parlement qu'il remplace donc «sans tarder» les 15 ministres fédéraux unilingues anglophones du cabinet Trudeau. Mardi, le refus de la ministre Lebouthillier d'accorder une entrevue en anglais à la radio de la CBC a soulevé l'ire de nombreux Canadiens anglais.

Si on exige d'une ministre francophone qu'elle soit bilingue, a plaidé M. Perreault, on devrait le faire aussi pour les ministres anglophones. Par la même occasion, il a exigé le remplacement «de tous les attachés de presse, attachés politiques, sous-ministres, ambassadeurs et personnel des ambassades et consultats, membres des conseils d'administration et des hautes directions des sociétés d'État fédéral, des services frontaliers incapables de parler en français».

Contestation judiciaire: la FCFA veut une entité «unique» aux langues officielles

Le rétablissement du Programme de contestation judiciaire (PCJ), confirmé dans le dernier budget fédéral, devrait prévoir une entité indépendante portant uniquement sur les droits linguistiques, estime la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA).

«Nous appuyons certainement la défense et l'avancement des droits à l'égalité. Ceci dit, les bases juridiques de ces droits sont différentes de celles des droits linguistiques, et ils doivent être traités différemment. Pour cette raison, nous sommes en faveur de deux programmes distincts», a expliqué Sylviane Lanthier, lors de sa comparution devant le comité de la justice et des droits de la personne.

La présidente de la FCFA a rappelé que le PCJ avait été éliminé et rétabli à deux reprises, et que la priorité pour de son organisme est que «l'appui reste en place pour de bon».

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