Climat de peur dans la fonction publique

Le parlement d'Ottawa.... (Photo: Étienne Ranger, archives Le Droit)

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Le parlement d'Ottawa.

Photo: Étienne Ranger, archives Le Droit

Paul Gaboury
Le Droit

Une employée enceinte qui cachait sa grossesse à ses collègues de peur de perdre son emploi et qui fond en larmes lors d'une rencontre. Une gestionnaire de 30 ans de service qui perd son emploi pour avoir critiqué les compressions budgétaires. Des sous-ministres adjoints mis à l'écart pour ne pas avoir livré la marchandise attendue. Des employés qui évitent de manifester pour ne pas être ciblés par les gestionnaires dans le processus de réaménagement des effectifs.

Pour Larry Rousseau, vice-président exécutif régional de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) pour la région de la capitale nationale, un véritable «climat de peur» a été créé par le gouvernement Harper avec son objectif d'abolir 19200 emplois et d'imposer des compressions de 5,2 milliards$ par an, d'ici trois ans dans la fonction publique fédérale.

Situation «terrorisante»

Lors d'une rencontre récente organisée dans le cadre du réaménagement des effectifs, a raconté M.Rousseau, une jeune femme enceinte a fondu en larmes en racontant qu'elle était enceinte mais ne voulait pas le dire à son superviseur de peur de recevoir un «avis d'employée visée» et perdre son emploi.

«C'est épouvantable comment les gens ont peur. Imaginez, une femme enceinte qui a peur de le dire parce qu'elle a peur de perdre son emploi et sa maison. Imaginez le stress. La situation est devenue terrorisante pour plusieurs employés», a raconté M.Rousseau.

La semaine dernière, une gestionnaire de Parcs Canada, comptant 30 années de service et travaillant dans la région de Québec, a d'ailleurs été renvoyée à la maison après avoir critiqué à l'interne l'impact des compressions sur les emplois dans sa région. À la Chambre des communes, la députée néo-démocrate Annick Papillon a reproché au gouvernement conservateur de punir les gens pour délit d'opinion et d'avoir adapté le maccarthysme à leur image, afin de punir la dissidence.

«Sa seule faute aura été de critiquer, à l'interne, les répercussions des abolitions de postes dans le secteur régional, a déploré la députée de la circonscription de Québec. Pour contrer la dissidence, les conservateurs créent un climat de terreur chez les employés fédéraux et licencient sur-le-champ ceux qui ne boivent pas le Kool-Aid conservateur. Ce genre d'intimidation idéologique est complètement inacceptable.»

La secrétaire parlementaire du ministre de l'Environnement, Michelle Rempel, a rétorqué qu'«il était tout à fait raisonnable de s'attendre à ce que le personnel de Parcs Canada s'emploie à protéger notre merveilleux patrimoine national (...) plutôt que de tomber dans la partisanerie».

Une culture différente

Si en région, les fonctionnaires fédéraux se sentent «plus libres» de critiquer, comme cette gestionnaire congédiée de Québec, ici dans la région de la capitale nationale, c'est le contraire, explique M.Rousseau. «Dans les capitales comme Ottawa ou Washington, la culture est différente. Plus près du pouvoir, les fonctionnaires font bien attention de ne pas critiquer ouvertement le gouvernement de peur de perdre leur emploi», souligne le dirigeant de l'AFPC. «Les gens font bien attention. Il y a des milliers d'avis envoyés à des employés et les gestionnaires font des évaluations. Dans certains milieux, il y a des gens qui militent dans les syndicats. Est-ce qu'ils ont été ciblés? Ce sont des questions que nous nous posons, car l'employeur en mène large pour le best fit, pour déterminer qui perdra son emploi».

Plus de détails dans LeDroit du 21 juin ou sur ledroitsurmonordi.ca

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