Francine Demontigny a développé une grande expertise dans le domaine de la santé des jeunes familles. Et la Lavalloise d'origine porte un intérêt particulier aux effets de la naissance des enfants sur les parents.
Professeure en sciences infirmières à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), MmeDemontigny a créé la Chaire de recherche sur la santé des jeunes familles.
Elle a d'ailleurs récemment été honorée par l'Association des infirmières en santé des femmes et en néonatalogie pour ses travaux sur le rôle des pères.
«Je fais de la recherche sur les jeunes familles, particulièrement sur les effets de la naissance et du décès des enfants. Au Québec, 20% des grossesses sont interrompues par des fausses couches et pour 100 naissances, on compte 25 avortements. Ce sont des statistiques importantes, car on vit présentement un petit baby-boom avec 87600 naissances en 2008, comparativement à 84200 en 2007», explique MmeDemontigny.
Le rôle du père
Ses travaux de recherche ont souvent porté sur les pères et le rôle qu'ils jouent après la naissance de leur enfant.
Dans une étude qu'elle a réalisée sur l'allaitement, elle a comparé plusieurs couples: certains dont la mère allaitait durant plus de six mois, certains dont le bébé était nourri au biberon, ainsi que d'autres dont l'allaitement maternel était interrompu par certaines difficultés.
«Beaucoup de couples qui choisissent le biberon le font afin que le père puisse jouer un plus grand rôle et puisse aider la mère. Mais, en réalité, ce sont les conjoints des femmes qui allaitent qui sont les plus actifs. La croyance voulant que le père s'implique plus lorsque la mère nourrit le bébé au biberon est donc un mythe», ajoute-t-elle.
MmeDemontigny et son équipe de recherche ont aussi découvert que les pères se sentent souvent démunis pour faire face à certaines situations, quand l'allaitement maternel cause des douleurs par exemple, puisqu'on aide habituellement que les mères.
«L'allaitement a un effet sur la vie de couple. Il engendre parfois des tensions et des chicanes. On veut comprendre pourquoi le père ne se sent pas bien là-dedans. Nous voulons sensibiliser les intervenants comme les travailleurs sociaux, afin qu'ils sachent ce que les parents vivent et qu'ils développent une meilleure approche envers les pères.»
«Toute l'attention est sur la mère et le père se sent comme un meuble, comme un accessoire. Il ne faut pas oublier le père: plus il s'implique tôt, plus il restera impliqué dans l'éducation de son enfant, même en cas de divorce ou de séparation. D'ailleurs, un couple sur trois se sépare et on en voit de plus en plus qui se séparent avant même que l'enfant ait deux ans.»
L'équipe de Francine Demontigny s'intéresse aussi aux effets du décès d'un enfant au cours de la grossesse une fausse couche ou durant la première année après la naissance. «Là aussi, on a tendance à prendre bien soin de la mère, en demandant au mari comment va sa femme». Là aussi, le père reçoit peu d'attention alors qu'il en aurait besoin, dit-elle. «Lorsqu'un couple perd un enfant, le père aide la mère, mais il est lui-même est en détresse. C'est plus tard, quand la mère est rétablie, qu'on se rend compte que le père ne va pas bien», explique-t-elle.
La vocation d'infirmière
Originaire de Laval, Francine Demontigny est arrivée en Outaouais en 1982, après avoir rencontré son conjoint.
Après avoir complété un baccalauréat en sciences infirmières à l'UQO, elle a poursuivi ses études jusqu'à doctorat et au post-doctorat en psychologie. Elle a été infirmière au Centre hospitalier pour enfants de l'Est de l'Ontario (CHEO) et à l'Hôpital de Gatineau. «Dès l'âge de 12 ans, j'ai décidé de devenir infirmière. Avant, je voulais devenir professeure, mais je détestais un de mes professeurs alors j'ai changé de cap», raconte-t-elle en souriant. «Voyez-vous, aujourd'hui, je fais un peu les deux métiers: j'enseigne en sciences infirmières.»
Mariée et mère de deux filles de 21 et 17 ans, Francine Demontigny connaît bien son sujet d'étude: son conjoint a toujours été très présent après des enfants. Lorsqu'elles étaient jeunes, il a même adapté ses heures de travail de façon à avoir plus de temps à passer avec ses filles.
Passionnée par ses recherches, Francine Demontigny trouve tout de même le temps de faire du sport. «Je joue au tennis et avec mon conjoint, j'ai commencé faire un peu de cyclotourisme. J'aime aussi la marche en montagne et l'entraînement en gymnase. En fait, je suis un peu hyperactive, mais le sport me fait vraiment du bien. D'ailleurs, je crois que pour travailler beaucoup, il faut aussi relaxer beaucoup. Pour y arriver, il faut mettre le sport à son agenda», affirme-t-elle.
D'autres champs de recherche
MmeDemontigny aimerait aussi explorer d'autres champs de recherche. Elle s'intéresse aux familles immigrantes et à l'effet des changements de rôles au sein de ces familles. «Les hommes sont confrontés à un changement des rôles lorsqu'ils arrivent au Québec. Ils doivent s'adapter à cette nouvelle réalité.»
Elle cherche également à trouver des dons privés pour financer ses recherches en santé des familles. «Les dons privés nous aideraient à diminuer notre dépendance envers les fonds attribués par les organismes publics. On perd beaucoup de temps à courir après le financement et les dons privés nous donneraient un meilleur fonds de roulement pour être en mesure de continuer notre travail, même si l'argent des gouvernements n'est pas arrivé», conclut-elle.
Vous pouvez entendre la Personnalité de la semaine ce matin, à 8h40, à l'émission Bernier et Cie animée par Carl Bernier et diffusée à la radio de Radio-Canada au 90,7 FM, ainsi qu'à 18h au Téléjournal Ottawa-Gatineau présenté par Michel Picard à la télévision de Radio-Canada.