Injections clandestines et inaction municipale

« Des voisins du site sont convaincus que si... (Martin Roy, Archives Le Droit)

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« Des voisins du site sont convaincus que si ce site avait été ailleurs, il aurait été stoppé, et qu'il y a un double standard lorsque nous n'appliquons pas nos lois uniformément », souligne l'auteur Nicolas Moyer.

Martin Roy, Archives Le Droit

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Depuis le 25 août dernier, il y a 21 jours, de 16 h à 21 h, un site « clandestin » d'injection de drogues intraveineuses fonctionne dans un parc public attenant à un centre communautaire de la Basseville.

Sous quelques tentes, on offre des aiguilles, des collations et surtout une supervision aux personnes souhaitant s'injecter ou fumer des drogues dures. Ceci permet de répondre à des cas éventuels de surdose mettant en péril les vies des utilisateurs. Le site est tenu par des bénévoles, sans permis et sans encadrement institutionnel. Les parrains du site admettent ouvertement commettre de nombreuses infractions mais sont motivés par une importante croissance des risques de surdose et de la crise des opioïdes.

Ils ont raison que les cas d'overdoses mortelles sont en croissance et qu'il faut faire plus pour offrir des solutions à cette crise. Les besoins sont réels ; leur site dans le parc Raphaël-Brunet a déjà été utilisé plus de 500 fois et a permis 11 interventions en cas de surdose. La crise d'opioïdes n'est pas près de disparaître et il faut des solutions rapides et adaptées pour protéger les personnes dépendantes et offrir un parcours de suivi et de réadaptation.

Cela ne change toutefois en rien l'illégalité du site au coin de Cumberland et Saint-Patrick. Il est inexplicable que la Ville d'Ottawa et la police n'arrêtent pas ces activités. Les autorités disent suivre des directives venant de la mairie et du chef de police.

Les résidants de la Basse-ville, où je demeure, sont furieux. Ils vivent depuis longtemps avec les réalités du chômage et les problèmes de consommation dans leur quartier. Mais depuis 20 jours, on leur a imposé un site d'injections sans la moindre considération quant à ses impacts sur leurs vies et leur communauté. Des enfants attendent l'autobus à deux pas et fréquentent le centre communautaire tous les jours. La présence de personnes intoxiquées est en croissance selon les voisins.

Les tensions montent tous les jours. À une rencontre communautaire lundi, plusieurs d'entre eux ont exprimé leur appui pour un site d'injection supervisé. Mais le manque total de consultation avec la communauté et d'égard pour les conséquences de ce site clandestin minent violemment leurs bonnes volontés. Ce site fait des opposants de gens qui autrement pourraient être des champions pour les besoins des personnes en situation de dépendance.

Des voisins du site sont convaincus que si ce site avait été ailleurs, il aurait été stoppé, et qu'il y a un double standard lorsque nous n'appliquons pas nos lois uniformément.

Trois leçons ressortent fortement de ce scénario. D'abord, pour qu'un site d'injection supervisé puisse réussir, il faut travailler en amont avec les résidants affectés et les inclure dans la planification pour minimiser les tensions. Puis il faut décentraliser les services partout à Ottawa. Les clients d'un site d'injection ne doivent pas être concentrés à un endroit et si nous cherchons à les aider, il ne faut pas les obliger à se déplacer loin. Ne serait-il pas logique que tous les centres de santé communautaire offrent ce service ? Forcerons-nous un jeune consommateur d'Orléans de vivre dans la rue au centre-ville ? Enfin, tout service de ce genre doit être encadré par des responsables professionnels, qui reconnaissent les lois et règlements, et sont redevables pour leurs actions.

Nicolas Moyer, Ottawa




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