Les Blancs et leurs extrêmes

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« [...] Même si nous ne nous identifions pas aux mouvements blancs anti-immigrants, comme la Meute, nous connaissons probablement un voisin qui n'hésite pas à nous confier que l'arrivée de " tous ces immigrants " l'inquiète », souligne la professeure Corrie Scott.

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Devant la mobilisation de l'extrême droite au Québec et au Canada, il est temps qu'on responsabilise toutes personnes blanches à intervenir contre la radicalisation de nos communautés. La Meute est sans aucun doute une organisation extrême et raciste. Mais des textes comme celui de Hubert Larocque, qui enflamme les peurs irrationnelles, sont d'autant plus racistes et intenables.

Quand on parle des « extrêmes » d'une culture, il y a deux poids, deux mesures. Par exemple, s'il s'agit d'un acte violent commis par un homme racisé, selon Sherene Razack, on a tendance à le concevoir comme émergeant presque exclusivement de sa culture. Pensons au texte de Lise Ravary où elle soutien que « depuis l'an 2000, nous accueillons en nombre des gens dont les valeurs fondamentales et la culture s'éloignent des nôtres ». Elle essaie de soutenir son propos en citant le cas d'un réfugié sri lankais condamné pour violence conjugale. Pour Ravary, c'est les moeurs des « autres » cultures qui sont au coeur du problème. Paradoxalement, elle se réfère aux 20 000 « pures laines » qui battent leurs femmes chaque année, mais sans mettre en question leur culture. Cette ignorance crasse est raciste et il faut l'appeler ainsi. Même si ce racisme semble s'éloigner du racisme scientifique en faisant appelle aux « cultures » ou aux « moeurs » plutôt qu'à la biologie, les conséquences sont pareilles : la création d'un « nous » qui doit contrer les « autres », la stigmatisation de tout un groupe de personnes, l'appelle à leur exclusion, la montée de la peur et ensuite, la haine.

Par contre, et toujours selon Razack, on ne parle presque jamais de « moeurs » blanches quand il s'agit de la violence faite par des personnes blanches. Quand les hommes blancs tuent, on ne se demande presque jamais si cette violence surgit de, ou est soutenu par, les cultures misogynes et racistes occidentales. Non, quand les hommes blancs tuent, on met plutôt l'accent sur la psychologie individuelle de la personne, qui est le plus souvent introverti et en manque d'habileté sociale. Ces hommes deviennent des exceptions et des extrêmes; leur violence n'est presque jamais attribuée à leur culture.

Or, même si nous ne nous identifions pas aux mouvements blancs anti-immigrants, comme la Meute, nous connaissons probablement un voisin qui n'hésite pas à nous confier que l'arrivée de « tous ces immigrants » l'inquiète. Ou bien, il y a nos politiciens, qui caractérisent les réfugiés comme illégaux, déshumanisant des êtres humains et incitant à la peur. Quand on publie des éditoriaux consacrés à la question de savoir si les immigrants sont « tricheurs », la barre est bien trop basse. Ces discours nourrissent le serpent dans notre sein - ces extrêmes que nous voulons nier connaître.

Alors, aujourd'hui, cet appel s'adresse particulièrement aux personnes blanches qui ne se sentent pas toujours personnellement interpelées par les discussions portant sur le racisme, ceux et celles qui préfèrent éviter ces discussions épineuses. C'est à nous, aujourd'hui, de nous renseigner sur le racisme systématique. C'est à nous d'entamer ces conversations difficiles avec nos proches. On doit en parler avec nos familles, avec nos enfants, avec nos voisins. On doit en discuter avec le coiffeur, avec les policiers, avec les enseignants, avec les politiciens. Le silence n'est pas acceptable.

L'auteure est Corrie Scott, Professeure agrégée à l'Université d'Ottawa




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