L'université franco-ontarienne? Faites-moi pleurer

« La vraie solution [...] aurait été de créer, une... (Archives, Le Droit)

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« La vraie solution [...] aurait été de créer, une grande université franco-ontarienne sur la base d'une scission à l'amiable de l'université d'Ottawa, à laquelle se seraient ajoutés des campus semi-autonomes, mais complémentaires dans le Nord et le Sud », est d'avis l'auteur François Charbonneau.

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Le rapport Adam recommande la création d'une université « franco-ontarienne » au centre-ville de Toronto. En théorie, on devrait se réjouir. La communauté franco-ontarienne n'attend-elle pas, depuis au moins 60 ans, d'avoir sa propre université de langue française ?

À la vérité, cette recommandation, entérinée immédiatement par le gouvernement de Kathleen Wynne, est une erreur historique qui illustre à merveille ce que veut dire être minoritaire : n'avoir aucun pouvoir sur ses propres destinées et être dépendants des élucubrations d'idéologues sans légitimité démocratique.

Ce n'est pas la première fois que la communauté franco-ontarienne se fait jouer ce mauvais tour. Dans les années 1960, la question se posait à savoir si les Canadiens-français de l'Ontario devaient avoir leur propre université de langue française, comme les Anglo-québécois ont les leurs, ou si, au contraire, ils devaient miser sur le bilinguisme institutionnel. On a préféré écouter les partisans de l'idéologie du bilinguisme et c'est la raison pour laquelle la communauté franco-ontarienne compte aujourd'hui surtout sur des institutions universitaires bilingues : Ottawa, Saint-Paul, Glendon, Collège dominicain, Laurentienne, Sudbury (l'exception étant l'université de Hearst, entièrement française). Alors que l'université de Moncton a insufflé un dynamisme certain à l'Acadie du Nouveau-Brunswick, le choix du bilinguisme s'est révélé une erreur historique de la part de la communauté franco-ontarienne : sur les campus bilingues, la vaste majorité des « bilingues » sont les francophones, constamment en situation de minorisation linguistique. Les cours en français sont souvent annulés, n'offrant d'autres choix que de suivre une formation en anglais. Plutôt qu'être un lieu de vie français, les campus bilingues reflètent et accentuent la minorisation.

C'est la raison pour laquelle, au moment de créer les collèges dans les années 1990, ce modèle a été - enfin !- rejeté et on a plutôt misé sur l'unilinguisme et la logique du « par et pour », c'est-à-dire « par des francophones et pour des francophones ». À part le Collège des Grands Lacs dans le Sud-Ouest, qui fut un lamentable échec, les collèges La Cité et Boréal ont été de véritables succès.

Le rapport Adam semble retenir cette idée du « par et pour » et, en théorie du moins, on devrait en féliciter les auteurs. Mais ce que l'on dit aussi, c'est que l'avenir de la francophonie ontarienne se trouve à Toronto. Sur la base de projections de croissance démographique qui s'explique entièrement par l'afflux migratoire. Disons les choses crûment : les immigrants qui ne sont pas encore ici sont en quelque sorte plus « franco-ontariens » que les Franco-Ontariens des deux régions historiques où la langue française se transmet depuis des générations.

Cette décision de créer une université de langue française dans le Sud-Ouest de l'Ontario ressemble à une blague de mauvais goût. Davantage qu'ailleurs en province, les écoles françaises du Sud-Ouest peinent à retenir leurs élèves entre le primaire et le secondaire. Vous croyez qu'ils vont être magiquement attirés par une université en français où il ne pourra, à moyen terme, y avoir que des programmes d'éducation et de sciences humaines ? Cette université française de 300 étudiants aura une faculté de médecine ? Des programmes de sciences ? Une faculté de droit ? Un des principaux arguments du REFO consistait à montrer que les francophones ne comptent que sur une part ténue des programmes offerts à la majorité linguistique de la province. En quoi une petite université française à Toronto réglera-t-elle ce problème d'accessibilité ?

Le rapport Adam est ainsi truffé d'incongruités, comme la « pédagogie inductive » ! Depuis quand la méthode pédagogique est-elle déterminée par l'université ? Ce sont les profs qui par définition profitent d'une entière liberté universitaire en cette matière. Le jupon idéologique de certains des auteurs du rapport dépasse outrageusement.

Il y a environ 11 000 étudiants qui étudient en français à l'université d'Ottawa dont la moitié viennent de l'Ontario. Il y a à Ottawa une vraie masse critique et une population estudiantine tout aussi diversifiée que dans le Sud-Ouest, sans compter que les emplois bilingues sont à Ottawa. La vraie solution, celle qui aurait demandé un véritable courage politique, aurait été de créer, une grande université franco-ontarienne sur la base d'une scission à l'amiable de l'université d'Ottawa, à laquelle se seraient ajoutés des campus semi-autonomes, mais complémentaires dans le Nord et le Sud. Les auteurs du rapport n'ont pas eu ce courage. Ils ont pondu le rapport qu'on attendait d'eux sans remettre en question les chasses gardées à Ottawa et Sudbury.

On va donc créer l'université franco-ontarienne là où elle a le moins de chance de réussir et là où elle répondra à des besoins qui restent, pour l'instant, théoriques. C'est encore une décision paternaliste, décidée d'en haut et sans consultations dignes de ce nom. Dans les circonstances, il faut vraiment être d'un sans gêne total pour se revendiquer du « par et pour » dans le cadre d'un projet ni conçût par les communautés, ni prévu pour elles.

François Charbonneau, École d'études politiques, Université d'Ottawa




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