La géopolitique du pétrole

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« Le Venezuela est un des plus gros exportateurs de pétrole au niveau mondial. Le pétrole brut et raffiné représentait en 2016, 98,6 % de l'ensemble des exportations vénézuéliennes. La dépendance au pétrole du régime Maduro est total », affirme l'auteur Gérard Latulippe.

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La Russie s'est invitée dans la crise vénézuélienne. L'appui financier russe au gouvernement Nicola Maduro l'empêche de s'effondrer sous une avalanche de dettes. Le pays est non-viable économiquement et politiquement. La Russie a intérêt à maintenir le régime en place. Elle cherche à s'approprier ses ressources pétrolières tout en consolidant ses intérêts géostratégiques en particulier vis-à-vis des États Unis.

Le Venezuela est le plus important importateur d'armes russes au niveau mondial. En 2005, le gouvernement Chavez a signé pour 4.4 milliards $ de contrats d'armements y compris des avions de chasse, des hélicoptères, des systèmes de missiles antiaériens et des fusils Kalashnikov, les favoris de la guérilla. Pour un pays qui n'est pas en guerre, c'est ahurissant.

Aujourd'hui, le régime Maduro possède 5000 missiles antiaériens soit le plus grand inventaire de ce type d'armements en Amérique latine. Ils sont très populaires dans les états voyous du monde entier car ils sont portables, efficaces et relativement faciles à utiliser. Suivant le directeur de la CIA, Mike Pompeo, il s'agit d'un risque incroyablement réel et sérieux pour l'Amérique du sud et l'Amérique centrale en plus du Venezuela.

Cette avalanche d'armes nourrit la répression non seulement par les forces armées ou la Garde Nationale mais aussi par les centaines de groupes paramilitaires à travers le pays. C'est aussi un facteur qui propage l'instabilité dans la région par le commerce illégal d'armes qui en résulte, le trafic de narcotiques et la piraterie dans la mer des Caraïbes bordant le Venezuela.

Une mer de pétrole

Le Venezuela est un des plus gros exportateurs de pétrole au niveau mondial. Le pétrole brut et raffiné représentait en 2016, 98,6 % de l'ensemble des exportations vénézuéliennes. La dépendance au pétrole du régime Maduro est total. 

La société d'état vénézuélienne PDVSA détient le monopole sur les ressources pétrolières du pays. C'est avec elle que les compagnies étrangères transigent. Or elle est au bord de la faillite. La production de l'industrie pétrolière est en chute libre ayant diminué de plus de 18,4 % depuis 2015 soit la plus importante réduction des pays de l'OPEP après le Gabon. L'effondrement du prix du pétrole, la corruption et la politisation de son personnel à la suite des congédiements massifs des experts de PDVSA sont la cause de sa débandade financière.

D'ici la fin de 2017, le gouvernement doit rembourser plus de 5 milliards $ de dette essentiellement des obligations de PDVSA sans compter les milliards en intérêts. Selon Fitchs Ratings, une des trois plus importantes agences de notation de crédit au niveau mondial, il est 'probable' que la société d'État fasse défaut de paiement d'ici la fin de l'année. Elle estime un recouvrement de seulement 31 à 50% de ses actifs; une catastrophe.

Depuis 2006, la Russie a prêté environ 17 milliards $ à Caracas tandis que les prêts chinois se chiffrent à environ 60 milliards $ depuis 2014. Le Venezuela doit rembourser cette montagne de dettes par des livraisons de pétrole mais il n'arrive pas à respecter les échéances et à satisfaire ses besoins de liquidités pour les opérations du gouvernement. Il a vu sa dette exploser lorsque le prix du pétrole tomber à 30 $ le baril. Le Venezuela doit donc expédier à la Russie près de deux fois plus de baril de pétrole brut qu'avant la chute. Il doit alors emprunter encore plus.

Or la stratégie russe consiste à garantir les crédits mettre la main sur une partie croissante des champs pétrolifères vénézuéliens. C'est une opportunité en or de négocier à rabais. 

La Russie a restructuré trois fois la dette de la société vénézuélienne suite à des défauts consécutifs de paiement. En échange de liquidités et de crédit additionnel, PDVSA procède à une «vente de feu» d'une partie de ses actifs. La société russe Rosnelf obtient donc une participation toujours grandissante des champs pétrolifères de même qu'une part croissante de ses exportations de pétrole brut. Le régime Maduro a échangé un cheval borgne pour un aveugle.

Bien plus, la société d'État a cédé 49,9 % de sa subsidiaire américaine CITGO qui exploite des raffineries au Texas, Louisiane et Illinois. Or Rosnelf serait en voie de négocier un échange entre sa participation dans CITGO contre un accroissement de ses intérêts dans les réserves pétrolières du pays. Ils craignent que des sanctions américaines contre la Russie et des raisons de sécurité nationale les empêche de prendre le contrôle de CITGO. 

L'ours russe est devenu un prédateur des ressources pétrolières vénézuélienne pour servir ses intérêts géostratégiques.

À la russe

La faillite de PDVSA ou un défaut souverain pourrait facilement pousser le pays encore plus dans les griffes de l'ours russe. La Russie appuyera le régime dictatorial jusqu'au bout. Le président Vladimir Poutine n'a pas laissé tomber le despotisme syrien. Il n'abandonnera pas la dictature vénézuélienne. Il n'est pas assuré cependant que Moscou acceptera de renflouer encore une fois PVDSA sans consolider l'ordre totalitaire du pays. Maduro pourrait être sacrifié dans une révolution de palais visant à donner un nouveau visage à la dictature et imposer une stabilité à la cubaine.

Rosnelf détient déjà environ 40 % de cinq des projets pétroliers majeurs du Venezuela. Il serait en négociation pour l'obtention d'une participation dans neuf autres projets majeurs. Selon le président de PVDSA, la Russie deviendra «le plus grand partenaire pétrolier du pays». Précisément, pour Moscou ses affaires pétrolières sont liés à ses intérêts géopolitiques.

Au Venezuela, la Russie en retire des avantages géostratégiques majeurs. Elle exerce un contrôle croissant de la gestion des projets pétroliers de PVDSA. Moscou sera bientôt en mesure d'exercer une emprise considérable sur le gouvernement totalitaire. La Russie n'aura jamais bénéficié d'un tel avantage stratégique en Amérique latine.

La montée du pouvoir russe au coeur de l'Amérique; voilà un haut risque de la crise vénézuélienne. C'est un coup dur pour les intérêts géostratégiques américains en Amérique latine.

L'auteur est Gérard Latulippe, ancien Haut-commissaire du Canada (Trinité et Tobago) et ancien Délégué général du Québec (Mexique, Bruxelles)




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