La menace grandissante sur nos rivières

De nombreux spécialistes se lèvent aujourd'hui pour dénoncer... (Archives, Le Soleil)

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De nombreux spécialistes se lèvent aujourd'hui pour dénoncer ce projet [le dépotoir nucléaire de Chalk River] et leurs mémoires soumis à la Commission canadienne de sûreté nucléaire en font foi.

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En août 2016, des dizaines de marcheurs du groupe citoyen STOP Oléoduc Outaouais terminaient une marche de sept jours et 125 km le long de la rivière des Outaouais pour protester contre le projet d'oléoduc Énergie Est de la société TransCanada.

STOP Oléoduc Outaouais a présenté ses arguments contre Énergie Est à la Ville de Gatineau et aux nombreuses municipalités en Outaouais. Par la suite, Gatineau et plusieurs autres se sont prononcées officiellement contre ce projet. 

En 2017, STOP Oléoduc Outaouais a dû élargir son domaine d'action afin de protéger de nouveau nos rivières. En juillet, plusieurs membres se sont rendus à Sheenboro, dans le Pontiac, afin d'assister à une présentation des Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) sur le projet de dépotoir de déchets radioactifs à Chalk River en Ontario. La salle débordait de riverains inquiétés par Chalk River, ce centre nucléaire créé, dans les années 1940, pour appuyer l'expérimentation et la production de la première bombe atomique.

Les questions ont plu en cascades, et elles étaient toutes critiques du projet de dépotoir. Pourquoi à seulement un kilomètre de la rivière des Outaouais, source d'eau potable pour des millions de personnes à Gatineau, Ottawa et Montréal ? Pourquoi enfouir près de la surface plutôt qu'enterrer profondément dans le roc ? Pourquoi utiliser une technologie ne répondant à aucune des normes de l'Agence internationale de l'énergie atomique ? Les réponses n'ont aucunement rassuré les riverains : « on a fait des études », « c'est le meilleur endroit », ou « c'est une technologie éprouvée ». 

De nombreux spécialistes se lèvent aujourd'hui pour dénoncer ce projet et leurs mémoires soumis à la Commission canadienne de sûreté nucléaire en font foi.

La présentation ne disait pas que le consortium qui gère LNC est constitué de sociétés privées qui ont le profit comme premier objectif. En 2015, ils ont reçu le mandat du gouvernement fédéral de trouver une solution rapide au problème des déchets radioactifs au moindre coût. À la fin de leur contrat en 2025, ces sociétés seront libres de plier bagage, mais les déchets resteront radioactifs pendant des milliers d'années sans qu'aucune garantie de protection pour la rivière et la population. 

Les inondations de ce printemps ont démontré la force de la rivière des Outaouais que Québec vient de désigner « rivière patrimoniale ». L'Outaouais est aussi une rivière très régularisée, avec des dizaines de barrages dans son bassin. 

Pour les opposants au projet du dépotoir de Chalk River, ces déchets radioactifs doivent être enterrés loin de toute source d'eau et dans des conditions très sécuritaires. On peut même se questionner à savoir si ce consortium de sociétés privées a la capacité et la volonté de gérer ce projet comme il faut. Il paraît irresponsable que le gouvernement fédéral ait privatisé le nettoyage de ces déchets.

Au-delà du dépotoir, nous nous inquiétons de la place prépondérante que le fédéral semble vouloir donner à l'énergie nucléaire dans les années à venir. Cette source d'énergie est aujourd'hui beaucoup moins fiable qu'on ne le pensait. Le tsunami qui a détruit le réacteur de Fukushima au Japon en 2011 a provoqué une onde de choc à travers le monde. Oui, le nucléaire est dangereux. Oui, c'est une technologie qui peut tuer. Par la suite, l'Allemagne a fermé la moitié de ses réacteurs nucléaires et a annoncé leur arrêt total d'ici 2022. Le Québec a fermé son seul réacteur à Gentilly en 2013.

Nous entrons à très grande vitesse dans une nouvelle ère énergétique. Via leurs compétences, leur savoir et leurs ressources énergétiques telles que l'hydraulique, l'éolien, le géothermique, le solaire ou les autres sources renouvelables, le Canada et le Québec sont bien pourvus pour affronter la présente période de transition énergétique. D'ici quelques années, le transport électrique deviendra la norme et la majorité de notre électricité sera produite de sources renouvelables et sécuritaires.

Le gouvernement fédéral doit rapidement soumettre à sa population une vision à long terme sur la gestion des déchets nucléaires, à la suite d'une véritable consultation publique, et formuler une stratégie de transition énergétique claire qui amènera le Canada sur la voie d'un vrai développement durable pour les futures générations.

Réal Lalande, coordonnateur

Gilles Aubé, Jocelyn Fournier, Christine Mageau, Benoit Renaud, Yves Rochon, Bernard Taylor et Diane Vermette - Comité de rédaction de STOP Oléoduc Outaouais




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