La constellation Francophonie

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« La francophonie canadienne est à l'image d'une constellation », affirme Ricky G. Richard.

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Comment pouvons-nous décrire toute la complexité et la richesse de la grande solidarité francophone canadienne ?

Les géographes ont été les premiers à donner des représentations de la francophonie en formes et images. Il y a eu la ceinture bilingue (ou « bilingual belt ») qui oubliait bien des francophones de l'Ouest. Ensuite, feu Dean Louder et Eric Waddell ont proposé l'archipel : de petites îles francophones entourées d'anglophones. À mon avis, le Centre de la francophonie des Amériques a trouvé l'image emblématique de la francophonie canadienne contemporaine : la constellation francophone !

La francophonie canadienne est à l'image d'une constellation. Visualisez : des villes-étoiles plus brillantes les unes des autres, reliées entre elles par des faisceaux lumineux.

Cette image d'une constellation nous fait prendre conscience que les grandes concentrations de francophones sont reliées entres elles par des corridors plus ou moins densément peuplés de francophones, francophiles ou bilingues qui participent tous, à leur façon, à son essor. Nul besoin d'avoir un territoire contigu pour se donner un même projet d'épanouissement. L'image de la constellation : car la francophonie est visible, brillante et vibrante même si elle est aussi, en quelque sorte, insaisissable. Certains la regardent à l'oeil nu et d'autres utilisent leurs télescopes pour avoir une image plus nette. Cette constellation renvoie à une image non territoriale, abstraite, mais bien vivante. 

Les médias sociaux et la technologie mettent les francophones en relation en dépit des distances. À l'ère numérique, l'enjeu de la vitalité francophone ne dépend pas uniquement de la concentration géographique ou de la densité. Le défi actuel est celui de la capacité plus ou moins développée de la francophonie canadienne de créer des espaces réels ou virtuels véritablement à son image.

La francophonie est à la base une grande solidarité, parfois méconnue ou mal représentée. Plus d'un million de francophones éparpillés par-delà le territoire canadien y vivent. On les désigne à tort comme des « hors-Québec » ou des « minoritaires ». Sachez qu'il y a davantage de ces « minoritaires » au Canada qu'il y a de Québécois à Québec !

Cette grande francophonie canadienne est multiple, plurielle, diversifiée, multi-ethnique et multi-confessionnelle. Il y a des immigrants hispanophones, des arabes, des Africains, des parlant français européens de Belgique ou de France et bien sûr, des Québécois. Il y a des urbains et des ruraux ; des femmes et des hommes d'action.

Il y a des gens très éduqués, et d'autres qui ont du mal à vivre pleinement en français ou qui n'ont pu faire toutes leurs études en français, notamment avant l'avènement d'un réseau scolaire bien à eux. Il y a aussi un réseau universitaire et collégial de langue française, en plein essor. On peut y faire des études techniques ou doctorales entièrement en français sans jamais s'être inscrit dans un cégep ou une université québécoise.

L'affirmation

Autour des étoiles de la constellation Francophonie, il y a des communautés francophones, bien enracinées et différentes les unes des autres. Leur mode d'expression et leur histoire diffèrent mais les ressemblances tendent à les unir dans un même dessein.

L'Ontario, avec plus de 600 000 francophones, a une longue histoire migratoire qui remonte à Étienne Brûlé. S'ajoute à cette population francophone de nombreux immigrants de tous les horizons imaginables. Les Franco-Ontariens s'expriment en littérature, au théâtre et bien d'autres façons. Qu'un francophone parle avec un accent ou se dit fier d'être bilingue ne devrait aucunement remettre en doute sa volonté de vivre et s'épanouir en français.

Et l'Ouest ou le grand Nord canadien ne sont pas en reste. Oui, ces francophones habitent un vaste territoire et sont peu nombreux comparativement à leurs concitoyens anglophones. Mais il y a plus de 220 000 personnes de langue maternelle française qui vivent à l'Ouest et au Nord de Sault-Sainte-Marie. L'image de la ceinture ne tient plus : l'Ouest et le Nord abrite plus de francophones que Saint-Hyacinthe et Saguenay ensemble ! Il y a des combats épiques pour la défense du français dans l'Ouest. Il y a aussi des institutions et des lieux d'expression de la vitalité.

Une Acadie inédite

Et que dire de cette Acadie nationale ? Les gens ne retiennent habituellement de l'Acadie que deux histoires tragiques qui n'ont rien à voir avec la réalité vécue en Atlantique : le Grand-Dérangement de 1755 et les Cajuns assimilés en Louisiane.

Les non-initiés passent habituellement sous silence la fière histoire d'affirmation nationale acadienne : les conventions nationales ; la mise sur pied de véritables institutions éducatives, économiques et sociales ; l'apparition plus récente de lieux diversifiés d'expression de l'identité acadienne.

Les Québécois, dans le cadre des Francofolies de Montréal, ont récemment goûté à cette Acadie musicale post-folklorique. Un spectacle formidable s'est bâti sur le socle d'Acadie Rock. Les étoiles acadiennes de la constellation francophone brillaient fort sur un arrière fond de fleurs de lys.

Aux détracteurs

En dépit de ses détracteurs, la constellation Francophonie  se porte plutôt bien. Elle a son lot de défis, comme d'autres identités. À ceux qui critiquent la trop grande dépendance à l'égard des subventions gouvernementales, répondons : pourquoi reprocher aux gouvernements d'habiliter des communautés linguistiques afin qu'elles puissent exprimer leur identité, assumer ce qu'elles sont collectivement, ou ce qu'elles pourraient véritablement devenir si elles en avaient les moyens ?

Le Centre de la francophonie des Amériques vient de réaliser un grand moment de rassemblement et de célébration de la francophonie canadienne. Des spectacles grandioses et rassembleurs ont été présentés dans six villes canadiennes devant des foules francophones en liesse. Cette fête collective a été diffusée sur Internet (constellationfranco.ca) et sera prochainement représentée à la télévision sur les ondes de UNIS et de TFO.

Le projet constellation du Centre de la francophonie des Amériques nous conviait à ouvrir des portes. Si l'on regarde à l'extérieur ou dans nos coeurs, nous découvrons toute la beauté de la constellation Francophonie. Fière, diverse, inclusive, très solidaire et surtout fermement appuyée par les artistes québécois et de nombreux francophones ou francophiles partout en Amérique.

La francophonie canadienne était jadis dans l'ombre ou méconnue des autres. Rappelons-nous : c'est en pleine noirceur et au beau milieu des grands espaces que nous pouvons mieux voir la brillance des étoiles et des identités francophones.

C'est justement au moment où certains prétendent la voir disparaître que la constellation Francophonie apparaît plus lumineuse et plus forte que jamais.

L'auteur Ricky G. Richard est né à Toronto de parents acadiens, a grandi au Nouveau-Brunswick, a travaillé à Ottawa et est maintenant à Québec.




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