La résilience aide-t-elle vraiment les victimes ?

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Selon le dictionnaire Dico-Psycho la résilience se définit par la « faculté à "rebondir", à vaincre des situations traumatiques.

Le Soleil

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La Maison Unies-Vers-Femmes, maison d'aide et d'hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, souligne l'initiative du ministère fédéral de la Justice pour la Semaine des victimes et survivants d'actes criminels. Cependant, on s'est inquiétée du choix du thème de la Semaine à travers le pays pour l'année 2017 : « Favoriser la résilience ».

Ce message évoque de trouver une façon de pardonner l'agresseur, de faire la paix avec l'événement de violence, et de continuer de vivre normalement au sein de la société. C'est de renvoyer les femmes dans leur moule social, qui les incite à tenter de comprendre l'autre, le pardonner, et « le voir comme une personne plus grande que le crime qu'il a commis ».

C'est dire que le pardon est la solution, c'est de revictimiser les femmes, banaliser ce qu'elles ont vécu, les décentrer de leur sentiment d'outrage, et accorder plus d'importance à la passivité plutôt que de revendiquer tout un système qui les maintiennent dans un climat de tension potentiellement violent et dangereux quotidiennement.

Selon le dictionnaire Dico-Psycho la résilience se définit par la « faculté à "rebondir", à vaincre des situations traumatiques. La résilience est la capacité pour un individu à faire face à une situation difficile ou génératrice de stress. En psychologie, le concept de résilience est introduit par Boris Cyrulnik. Cette faculté n'est pas innée, mais elle trouve ses racines dans l'enfance, et dans la relation que les parents entretiennent avec leur enfant ».

Utiliser la résilience comme stratégie à privilégier chez les victimes et survivantes d'actes criminels ne contribue pas à « (...) faire connaître les problèmes auxquels sont confrontées les victimes d'actes criminels' et "de faire connaître les services et les lois qui sont en place pour venir en aide aux victimes, aux survivants et à leurs familles ».

Au contraire, parler de résilience dans le cadre de la Semaine des victimes et survivantes d'actes criminels, c'est :

· Responsabiliser les femmes et les enfants des agressions subies en mettant l'accent sur comment elles/ils doivent s'en sortir (les bonnes victimes) ;

· Voir la violence comme une problématique individuelle plutôt qu'une problématique sociale ;

· Se décentrer du problème initial, soit la violence dirigée et exercée principalement contre les femmes et les enfants ;

· Oublier que c'est toute une société qui doit changer sa compréhension et son approche face aux violences de toutes sortes, et qu'il est primordial d'apporter des changements ENSEMBLE afin que ça cesse ;

· Continuer d'invisibiliser les agresseurs ;

· S'éloigner des objectifs premiers de cette semaine de sensibilisation.

Cette année, la Maison Unies-Vers-Femmes a souligné la Semaine des victimes et survivantes d'actes criminels d'une façon différente que celle proposée par Ottawa. Nous avons souligné les histoires des victimes, le travail réalisé auprès des femmes et des enfants qui sont victimes de violence conjugale, et ce, tout en questionnant les structures qui ne protègent pas ces individus.

Nous vous encourageons fortement à vous questionner sur la portée des mots utilisés dans le cadre de cette Semaine annuelle, ainsi que des impacts que ceux-ci produisent et produiront envers les victimes et les survivantes d'actes criminels, et sur les croyances d'une société entière.

Cynthia Tassé-Lamarche, 

Intervenante, volet Sensibilisation et Défense de droits

Vanessa Couturier, 

Intervenante, volet Défense de droits et Cour criminelle

Maison Unies-Vers-Femmes




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