Une dynamique toxique et intenable au Bloc québécois

Martine Ouellet, chef du Bloc Québécois... (Archives La Presse canadienne, Jacques Boissinot)

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Martine Ouellet, chef du Bloc Québécois

Archives La Presse canadienne, Jacques Boissinot

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Dès le lendemain de l'élection de Martine Ouellet à la tête du Bloc Québécois, cette dernière et moi avons organisé des rencontres individuelles avec les députés, à la permanence du parti. Nous n'étions qu'au début de l'exercice, quand les trois députés Monique Pauzé, Gabriel Ste-Marie et Simon Marcil, ont débarqué ensemble sans avertir, sans faire de politesses, en exigeant que je quitte la pièce. Ils avaient une attitude agressive et ils étaient clairement dans une manoeuvre pour tenter d'intimider la chef. Martine m'a alors rassuré et je suis sorti. Une fois à l'extérieur, il était facile d'entendre toute la virulence de leur approche. C'était très loin d'être cordial.

C'est, qu'à la suite de ma nomination, Madame et Messieurs les députés Pauzé, Ste-Marie et Marcil, en réaction, souhaitaient faire comprendre à la chef qu'elle devait avoir leur aval, avant de nommer les officiers du caucus ainsi que son chef de cabinet. Martine a, bien évidemment, refusé de leur accorder ce gain. Il faut comprendre, que pour une chef de parti politique, il est inconcevable de faire quelque concession que ce soit sur son droit inaliénable de s'entourer de gens de confiance. Il y a de grands engagements qui ont été pris envers les québécois et les membres du parti. Des objectifs d'envergure sont en jeux. Comment être certain de réussir, si on est contraint de travailler avec des gens dont on ne peut pas garantir la soif de résultats dans le contexte et leurs allégeances ?

La chef a donc nommé des personnes de confiance à 2 postes clés, soit Xavier Barsalou-Duval, comme chef parlementaire et Marylène Gill, comme whip. Elle a également nommé, guidée par une volonté de rassemblement, Gabriel Ste-Marie, nonobstant sa fronde irrespectueuse, leader parlementaire. Elle a aussi proposé Louis Plamondon, en faisant fi de ses remontrances publiques récentes, comme président du caucus. Nous croyions ainsi avec ces nominations, briser les clivages et donner un message d'ouverture. La chef s'est même engagée à garder tout le personnel en place, sans exception. « On va trouver des solutions et on va additionner », disait-elle.

Ces gestes d'abnégation n'auront malheureusement pas suffi aux trois députés. Ils ont continué leur lutte de pouvoir en convoquant des rencontres secrètes avec certains autres membres du caucus. Au final, quatre députés supplémentaires, qui étaient d'avance plutôt hostiles à Martine, se sont joints à la parade, soit Rhéal Fortin, l'ex-chef intérimaire, Luc Thériault, l'ex-leader parlementaire, Louis Plamondon et Michel Boudrias.

Le groupe des 7 s'est constitué au jour 1 du mandat de Martine Ouellet comme chef du Bloc Québécois. Leur objectif ? Contraindre la chef dans ses choix d'officiers, lui imposer leur droit de regard sur la nomination de son chef de cabinet et contrôler toutes les embauches, en plus de la supervision du personnel de l'aile parlementaire. Les 7 exigeaient que Martine se départisse de son ascendant sur les activités parlementaires en utilisant comme moyen de pression leur obstruction à l'entente sur la constitution du fonds de coordination du caucus qui permet aux députés du Bloc Québécois d'avoir un budget central pour la gestion de l'aile parlementaire. Pour le conclure, les 10 députés du Bloc doivent signer sans exception. Martine a tenté de négocier. Elle a concédé beaucoup, mais l'intransigeance des 7 était insurmontable. Ils utilisaient la non-reconnaissance antidémocratique du caucus du Bloc par le Parlement canadien, ce qu'ils dénoncent ironiquement tous en coeur, comme arme pour faire chanter la chef élue des membres sur son leadership.

Pour le bien du parti, nous devions absolument parvenir à identifier une formule pour apaiser la situation. Martine s'est donc résignée à ne plus insister pour que l'entente du fond soit signée rapidement et a opté pour une formule que nous appelions « 'la cohabitation cordiale »'. L'idée consistait à prendre le temps qu'il fallait pour que l'effectivité du travail d'équipe fasse son oeuvre et s'estomper les craintes infondées. Le projet n'a, en aucun cas, été couronné de succès. Chaque semaine apportait son lot d'événements destructeurs. Il y a eu du coulage dans les médias d'affirmations mensongères sur ma gestion des fonds parlementaires ou sur ma prétendue incompétence. Des points de presse ont été sabotés. Des employés de l'aile parlementaire, plus près de Martine que des 7, ont été exclus de rencontres techniques quotidiennes. La chef a appris l'existence d'opérations de communications et de positionnement national après coup, dans les médias. Ce qui n'est en aucun cas normal et acceptable. J'en passe. En somme, plus le temps défilait, plus la situation s'envenimait. Plus la dynamique était toxique et intenable. C'est ce même groupe des 7, celui qui a été constitué le premier jour du mandat de Martine qui, près de trois mois plus tard, en point de presse, a lancé les salves publiques d'hostilité contre la chef, prétextant que la confiance était rompue. Comme quoi, quand la mauvaise foi règne, rien n'est possible.

Une épée de Damoclès

Il y a près de deux semaines, j'ai reçu l'appel d'une personne ayant une crédibilité dans le contexte, qui m'a indiqué que le député Rhéal Fortin serait sous une enquête menée par l'inspecteur général de Saint-Jérôme, Jacques Duchesneau, pour une histoire de contrats sans appels d'offre, d'élections clés en main et de collusion. Le dossier pouvait sortir publiquement à tout moment. Ça pouvait exploser maintenant, dans plusieurs mois, juste avant les prochaines élections ou pendant. Nous avions donc cette épée Damoclès au-dessus de nos têtes. Je ne pouvais pas en rester là.

Pour investiguer, faute de moyens, je me suis tourné vers la journaliste Catherine Lévesque, avec qui j'avais développé une relation de travail que j'estimais. Mon calcul étant que si les faits qui m'ont été rapportés s'avéraient, le dossier sortirait plus vite, de manière à ce que nous aillions le temps de nous relever avant la prochaine campagne électorale, et s'ils ne s'avéraient pas, je bénéficierais de la confidentialité de la journaliste, étant donné qu'il était convenu que je parlais « off the record ». Pas besoin de vous dire qu'il n'en fut pas ainsi.

Dans mon travail, j'ai souvent recours aux discussions « off the record ». Je ne suis pas de ces relationnistes qui préfèrent sortir des lignes aseptisées aux journalistes. Je crois fermement qu'ils doivent être bien informés pour être en mesure de bien couvrir les sujets, ce qui est important pour tout le monde.

Catherine connaissait la situation des tensions au caucus. Elle en avait déjà parlé avec moi et d'autres. Je me suis permis de ventiler quelques commentaires avec elle, dans cette discussion qui se voulait privée et confidentielle. Je lui ai dit que la pression était vraiment forte au caucus. Que je souhaitais fortement que ça cesse ! Je me souviens même d'avoir fait un commentaire du genre : « Si cette histoire s'avère, Rhéal va fort probablement se calmer pour un bout ». Je lui ai raconté les communiqués envoyés sans avis et sans approbation. Je me souviens également de ne pas m'être trop égaré sur les motifs m'ayant amené à la solliciter et d'avoir fait référence à l'idée d'aller prendre un verre pour m'expliquer davantage sur la chose. C'est à ce moment que je comptais lui exposer plus précisément que mon intention était de protéger mon parti et ma chef. Sachez que je suis profondément désolé de la tournure des événements.

L'auteur, Louis-Philippe Dubois, est militant pour l'indépendance du Québec.




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