La CCN ferme des sentiers du parc de la Gatineau

«Il est temps pour la CCN de réaliser... (Patrick Woodbury, archives Le Droit)

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«Il est temps pour la CCN de réaliser que la réalité d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui», soulignent les auteurs.

Patrick Woodbury, archives Le Droit

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On pourrait penser que les changements proposés par la Commission de la capitale nationale en réduisant l'accès au parc de la Gatineau sont tout à son honneur, puisqu'elle remplit son mandat qui prévoit l'entretien et la gestion responsable du parc. Pourtant, il serait bon que la CCN passe au XXIe siècle et se rappelle que lorsqu'elle a été créée, le paysage urbain de la région de la capitale et la population étaient différents. Selon Statistique Canada, la population gatinoise a été multipliée par 21 depuis 1961 (13 000 personnes en 1961, 280 000 en 2016). Les habitudes et conditions de vie ont changé du tout au tout. Il est temps pour la CCN de réaliser que la réalité d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui. Bien sûr, tout change, tout évolue, l'air, la terre, et le Parc.

En cette ère ou les gouvernements parlent de l'augmentation des couts de santé et de l'épidémie galopante des problèmes d'obésité, la CCN annonce en catimini qu'elle veut fermer les sentiers informels du parc de la Gatineau. Hé bien oui, oust les marcheurs, les promeneurs de chiens et autres utilisateurs occasionnels des sentiers. Tous ceux qui traversent la rue pour entrer dans un de ses petits sentiers devront dorénavant prendre leur voiture et aller se stationner dans les stationnements officiels de la CCN et n'utiliser que les sentiers autorisés. Quelqu'un a-t-il évalué l'impact sur la pollution si toutes les personnes qui utilisent le parc au quotidien devaient s'y rendre en empruntant leur véhicule ? 

La prétention divertissante de la CCN qui se targue de vouloir préserver l'environnement, serait plus acceptable si la santé de la population était en meilleur état, mais vu les constats actuels, l'idée de fermer des sentiers que la population utilise pour se remettre en forme frôle le délire. Un des avantages et des attraits de la Ville de Gatineau est ce parc avec lequel elle partage son nom, et pourtant, s'il n'en tient qu'à la CCN, les riverains du parc n'y auront plus accès. Fini ce privilège, fini les petites sorties improvisées du dimanche après-midi, valait mieux aller s'installer ailleurs.

Ne laissons pas à la CCN le droit absolu de décider du sort du parc et des habitants de Gatineau. La CCN se targue de consulter la population, mais ne semble pas vouloir que trop de monde s'y présente puisqu'elle invite la population concernée par la fermeture de ces sentiers non-officiels (celle de Gatineau principalement) à Ottawa. Elle lance aussi des sondages complètement biaisés avec des propositions de réponses aux questions qui vont toutes dans le même sens : « Fermons les sentiers pour le bien de tous ! » Quelle mouche pique la CCN pour envisager des pratiques si contre productives ? Comment cela cadre-t-il avec le développement durable ? Mettons nos politiciens au travail pour recadrer ces fonctionnaires ! Il serait bon d'impliquer aussi les ministres de la Santé, les agences de santé, la ministre du Patrimoine et le maire de Gatineau, afin qu'ils interviennent pour arrêter les visions étriquées de la CCN. 

Nous sommes à l'heure de favoriser l'accessibilité à des activités physiques de plein air. La santé de la population est critique. Mais ce que la CCN nous obligera à faire est d'aller prendre une marche... en voiture ! Quelle ironie ! La CCN chasse cavalièrement les promeneurs de proximité du parc de la Gatineau comme s'ils mettaient le parc en danger. Comme si le piéton était un intrus. La CCN veut décider qui et comment on pourra entrer dans le parc. Va-t-elle le clôturer ? Mettre des ronces dans les sentiers informels et ainsi les contaminer avec des plantes qui ne s'y retrouvent pas naturellement ? Introduire une police des sentiers ? La CCN a accepté de sacrifier certains de ses principes pour « le bien » de la population : la tranchée du boulevard des Allumetières est certainement plus dommageable à la préservation des écosystèmes que l'utilisation de quelques kilomètres de sentiers non balisés par des promeneurs occasionnels. L'usure des écosystèmes par les pratiques populaires est minime par rapport aux bienfaits sur la population et n'empêche pas la préservation de l'environnement pour les générations futures. De plus, les terrains du Parc sont-ils soumis au zonage, au plan d'urbanisme et du schéma d'aménagement de la Ville de Gatineau ? Si oui, la ville devrait être impliquée dans les décisions.

Cyclistes qui utilisez la piste du parc pour aller au travail et qui roulez à vive allure, réveillez-vous parce que demain, les promeneurs de chien envahiront cette piste et vous ralentiront dans vos déplacements. Si les sentiers sont fermés, où irons-nous promener nos chiens ? Sur l'asphalte chaud des rues de quartiers à respirer les émanations des pots d'échappement ! Est-ce là l'avenir que nous réserve la CCN ? Il ne faut pas se leurrer, soit les gens cesseront d'aller se promener librement dans le parc au détriment de leur bien-être, soit ils passeront outre ce stupide ordre nouveau. Il semble y avoir beaucoup de négatif et peu de positif dans cette décision.

Anne Decrouy et Denise Ouellet, Gatineau




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