La nouvelle politique internationale du Québec: à la pleine mesure d'un État fédéré

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OPINION / En ces jours où les événements entourant le cinquantenaire d'Expo 67 fleurent bon la nostalgie, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie, lui aussi cinquantenaire, met résolument le cap vers l'avenir. En faisant connaître la nouvelle politique internationale du Québec, la ministre Christine St-Pierre a assurément déposé l'énoncé le plus achevé que le gouvernement québécois a produit dans ce domaine.

Le portrait qui est dressé d'entrée de jeu nous aide à situer des priorités, mais surtout, il nous fournit une réponse à la sempiternelle question : y a-t-il une place pour des entités fédérées dans l'action internationale? Contrairement à ce qui est souvent véhiculé, ce ne sont pas les règles internationales qui empêchent les entités fédérées d'agir dans le monde. Car si le droit international, depuis la Convention de Montevideo, considère qu'un gouvernement, pour être reconnu comme État, doit n'être subordonné à aucun autre, la pratique et le contexte international amènent, dans les faits, d'autres acteurs à intervenir.

Le portrait donne aussi la mesure des défis qui sont ceux du Québec d'aujourd'hui, ces défis venant pour une bonne part du contexte extérieur dans lequel nous évoluons. Or, ce nouvel énoncé de politique amène le Québec à un niveau supérieur en termes de réponse à leur apporter. Il fait preuve d'une maturité politique jamais atteinte à ce jour en matière de relations internationales au Québec. Le document s'appuie ouvertement sur la doctrine Gérin-Lajoie. Il s'arrime à la lancée des actions internationales caractéristiques du premier ministre Charest. Mais il affiche sa propre personnalité en articulant un rôle international tangible pour le Québec.

Nous dépassons ici largement la promotion d'une identité qu'il faut faire connaître et reconnaître. Nous sommes placés devant une feuille de route jalonnée d'interventions concrètes qui pourront influencer le contexte international dans le sens des intérêts du Québec.

Priorité à l'économie

Le titre donné au document, «Le Québec dans le monde : s'investir, agir, prospérer», pourrait laisser croire qu'il s'agit surtout d'une politique économique. Nous le verrons, il y a davantage. Mais le gouvernement du premier ministre Philippe Couillard est connu pour son inébranlable visée de bonification de l'économie québécoise. Par le mise à l'avant de ces questions, cet énoncé de politique porte bel et bien la signature de ce gouvernement.

Ainsi, le premier axe de la politique couvre les principaux défis que pose une économie nord-américaine en besoin de relève, d'ouverture sur le monde et d'engagement où flux monétaires, économie et écologie peuvent être conjugués au même temps et au même mode. On note surtout le ton « contributif » donné aux actions, demandant d'actionner les leviers à la portée du Québec - pensons aux questions environnementales - et requérant la participation du Québec lorsque le dossier doit être défendu par un tiers sur la scène internationale, comme en matière de commerce international.

Dans son ensemble, cette section démontre de façon éloquente l'importance, pour notre bien-être collectif, que le Québec maintienne une action internationale dynamique.

Plus que l'économie

La seconde orientation du document, « Contribuer à un monde plus durable, juste et sécuritaire », peut surprendre par son optique : nous sommes au coeur de ce qui différencie les simples relations internationales de la politique étrangère, soit la volonté et la capacité d'influencer les normes et les pratiques mondiales qui nous affectent. L'intérêt particulier de cette section repose sur trois dimensions. La première est celle d'ancrer l'action du Québec dans des domaines où sa présence internationale est déjà reconnue comme en matière de changements climatiques. La deuxième est de travailler à partir de sa spécificité : sa nordicité et, revenant dans la première orientation, le fleuve. La troisième est de s'investir dans des secteurs où le Québec a une expertise qui peut être contributive - la solidarité, les droits et libertés, l'État de droit et la démocratie - voire nécessaire, comme c'est le cas avec la sécurité des personnes, y compris en termes de santé, et des territoires.

Cette spécificité du Québec ne peut ignorer les dimensions culturelles et du savoir. Ici encore, le ton est différent de celui qui se limite à dire à la planète que nous existons. Nous passons à l'étape où le Québec demande que la science, les communications - y compris le numérique - et la culture aient un visage où la langue française occupe une place d'importance. Face à un inculte bulldozer qui fait vrombir ses moteurs au sud de la frontière pour tout écraser sur son passage, en réponse à une anglicisation sournoise parce que « tendance » qui prévaut dans l'Hexagone, le Québec veut s'affirmer comme leader mondial de la défense de la diversité des expressions culturelles. C'est certainement un défi à la mesure de ses moyens.

Enfin, d'un point de vue de l'administration publique, le document donne, par ses synthèses thématiques, les objectifs caractéristiques d'un plan de développement stratégique. Pour peu que le ministère reçoive les budgets annoncés et qu'il puisse compter sur des ressources appropriées, le Québec aura entre les mains tous les outils pour que sa contribution internationale soit un catalyseur des potentiels locaux et régionaux qui sauront nous faire bénéficier d'une plus grande prospérité.

Nelson Michaud, Ph.D.

Professeur titulaire à l'École nationale d'administration publique




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