Trudeau et les frappes américaines

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M. Trudeau préfère adopter un ton plus fin et des mots plus enveloppés de velours contrairement à M. Harper qui, lui, optait pour un ton plus menaçant et un peu va-t-en-guerre.

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Le dernier discours du premier ministre Justin Trudeau dans lequel il appuie les frappes américaines contre l'aéroport de Chayrat en Syrie ainsi que la nécessité du départ de Bachar al-Assad n'est pas tout à fait surprenant.

Il s'inscrit dans la position ferme adoptée par le Canada depuis l'éclatement du conflit syrien. Certes, le style de M. Trudeau tranche avec celui de Stephen Harper. M. Trudeau préfère adopter un ton plus fin et des mots plus enveloppés de velours contrairement à M. Harper qui, lui, optait pour un ton plus menaçant et un peu va-t-en-guerre.

Par ailleurs, une différence de style ne veut pas nécessairement dire une différence de résultats. Pour s'en convaincre, un petit retour à l'histoire nous montre que nos deux premiers ministres partagent, et j'utilise les mots de Stephen Harper lors de la réunion des G20 à Saint-Pétersbourg, en septembre 2013, « la vision de nos alliés à l'effet que l'utilisation d'armes chimiques à une échelle sans précédent par le gouvernement syrien est troublante », et qu'ils soutiennent « nos alliés qui veulent agir pour prévenir de tels développements ». 

À vrai dire le positionnement du Canada vis-à-vis du conflit syrien est dicté par le quasi-consensus occidental sur cette question, c'est-à-dire de l'Union européenne jusqu'à l'Australie et du Royaume-Uni du Brexit jusqu'aux États-Unis. Ce consensus est renforcé par le soutien japonais et celui des pétromonarchies arabes.

Dans ce contexte, le Canada ne peut pas faire bande à part et se désolidariser de son environnement géopolitique. C'est un risque dont les conséquences seront difficiles à assumer pour le Canada, aussi bien sur le plan diplomatique que sur le plan économique. 

Ce facteur géopolitique, aussi déterminant soit-il, n'est pas le seul qui puisse expliquer la position du Canada. En effet, le gouvernement canadien ne peut se permettre de froisser, encore une fois, « la sensibilité » de l'administration américaine surtout après les positions courageuses et populaires pour lesquelles il a opté sur la question des réfugiés syriens et sur le décret adopté par Donald Trump pour interdire aux ressortissants de 6 pays musulmans d'accéder au territoire américain. La position du Canada était quasiment une position « anti-Trump » ! Le Canada a ouvert ses portes et son coeur aux réfugiés syriens. Le récent soutien du Canada, a posteriori, aux frappes américaines, lesquelles, disons-le, sont illégales et violent les règles du droit international, vise, entre autres, à « calmer » notre voisin du sud surtout que ces frappes ont été limitées et n'ont rien changé sur le terrain. À cela s'ajoute, bien sûr, le fait que le comportement du régime syrien est loin d'être conforme aux règles du droit international et aux principes du droit international humanitaire. 

Mais le Canada accepterait-il de participer à une intervention militaire en Syrie sans que celle-ci soit autorisée par les Nations Unies ? À mon avis, la réponse est non ! Et sur cette question, la position de Justin Trudeau ne diffèrerait pas beaucoup de celle de son prédécesseur. Questionné, en 2013, sur cette éventualité, M. Harper avait préféré dire que « les Forces canadiennes ne disposent pas des ressources nécessaires pour mener ce genre d'intervention à l'étranger ». M.Trudeau adoptera la même position tout en insistant sur la nécessité de l'implication des Nations Unies dans toute démarche militaire.

L'auteur, Jabeur Fathally, Ph.D, est avocat et professeur adjoint dans la Faculté de droit à l'Université d'Ottawa. 




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