Pour résoudre la crise migratoire

Louise Arbour, ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits... (Archives, La Presse canadienne)

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Louise Arbour, ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme et ex-juge à la Cour suprême du Canada.

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La migration des populations déshéritées est un drame mondial sans précédent. Les Nations Unies viennent de confier à Louise Arbour le mandat d'élaborer la première entente pour assurer une « migration sécuritaire, ordonnée et régulière » et mettre en place les mesures pour « protéger les migrants durant leur déplacement et encourager la coopération entre les nations pour un meilleur contrôle des frontières ».

Les migrants ou les réfugiés sont de différentes catégories. Les migrants « écologiques » fuient la désertification, la sécheresse et la famine dans les pays d'Afrique, dirigés par des dictateurs dont l'impéritie et le cynisme politiques pérennisent le sous-développement. On compte aussi des jeunes Africains victimes d'exclusion sociale et économique. Les images des « frères ou soeurs qui auraient réussi », ont façonné leur imaginaire de telle manière que l'Occident représente l'Eldorado pour eux. 

Il y a aussi les migrants « victimes » des guerres civiles dans leurs pays où les grandes puissances sont intervenues ou interviennent militairement pour le pétrole, le gaz, etc. ou pour des raisons géopolitiques. Il faut y inclure les victimes du terrorisme islamique radical. 

En termes de solution, les programmes à long terme de politique de l'eau, de l'énergie et de l'environnement doivent enfin être appliqués par une politique volontariste des États africains, les pays du G7 et les organisations de l'ONU pour contrer la désertification et mettre fin à la faim. L'adaptation du système d'éducation aux besoins des pays, le développement de l'économie sociale et les politiques d'emploi, etc. favoriseraient l'insertion sociale et économique des jeunes. 

La migration des « populations autres » engendre de sérieux problèmes culturels, religieux, politiques et économiques en Europe, au Canada et aux États unis qui deviennent les terres d'accueil. Le nouveau paysage multiculturel de ces sociétés déboussole, à des degrés différents, les populations hôtes qui voient leurs repères identitaires « brouillés ». Cela développe des sentiments de frustration, d'intolérance, de  xénophobie, de racisme. Certains politiques -- Donald Trump aux États-Unis, Marine Le Pen en France -- exploitent à fond ces sentiments qui remettent sérieusement en cause le vivre ensemble.

Ici les partis politiques de gauche, les mouvements progressistes doivent contrer la montée du populisme en Occident. Sur l'identité nationale, il revient à chaque nation d'élaborer et d'appliquer une politique du possible dans la perspective de ce qu'il est. Cela se baserait sur les principes suivants : l'être humain est un « animal migrateur », on a beau fermer les frontières, ériger des murs ou des fils barbelés, les gens migreront toujours de gré ou de force.

Pour ces raisons, les citoyens et les dirigeants des sociétés hôtes doivent se référer à une réalité historique fondamentale soulignée par Fernand Dumont dans Raisons communes (1995). « Toutes les cultures empruntent, et depuis toujours. La culture de la France, comme les autres, a tiré son originalité d'un prodigieux brassage d'influences. (...). Ce qui fait l'originalité d'une culture, ce n'est pas son repli sur quelque distinction originaire, mais sa puissance d'intégration. » 

Les humains sont « condamnés » à vive ensemble dans le respect de la dignité de la personne. C'est donc l'humanisme et la raison historique qui doivent inspirer la résolution nationale et internationale de la migration des populations désespérées. Mais est-ce que nous aurons à la fois notre état d'âme et notre raison ?

L'auteur, Yao Assogba, est professeur émérite à de l'Université du Québec en Outaouais




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