Renoncer à rien... sauf à l'indépendance?

Lorsque la tournée «Faut qu'on se parle» s'est mise en branle, j'ai envoyé... (Archives, La Presse)

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Le Droit

Lorsque la tournée «Faut qu'on se parle» s'est mise en branle, j'ai envoyé quelques sous. Ensuite, j'ai assisté à la consultation régionale de Gatineau. 166 assemblées de cuisine, 10 grandes réunions publiques qui ont émis 6980 propositions. Voilà un travail de consultation qui suscite l'admiration. Le tout a été résumé dans un rapport intitulé «Ne renonçons à rien». Quel beau titre, en effet! De fait, le rapport témoigne d'une sensibilité provenant de la consultation populaire dont il porte la trace.

Trois éléments auraient dû être mentionnés dans ce rapport. D'abord, j'aurais aimé qu'on rappelle que les assemblées de cuisine ont d'abord été utilisées par le parti Crédit social. Quelle que soit l'opinion que ayons des idées véhiculées par ce parti, il a lancé la formule et s'en est servi pour former et organiser ses militants dès les années 1950. Il faut lui rendre justice. Ensuite, le rapport fait remonter l'élan de changement du Québec à la Révolution tranquille, au début des années 1960. Cependant, le rapport néglige le renouveau qu'a représenté l'élection du Parti québécois en 1976. Son premier mandat peut être désigné à juste titre comme une Seconde Révolution tranquille, tant par l'élan populaire qui se manifestait alors dans la population que par les pièces législatives importantes qui ont été adoptées. Ce fut une période de grande espérance. 

Enfin, le rapport parle beaucoup du gouvernement du Québec, mais ne souffle mot du pouvoir du gouvernement fédéral. Pourtant, le gouvernement central fixe les règles du jeu et les impose au besoin par son pouvoir législatif et financier. La marge de manoeuvre du Québec dépend en grande partie de l'espace que lui laisse le gouvernement central. Nous venons de le voir en santé. Cette omission étonne.

Les réflexions se sont regroupées autour de huit chantiers. Par ordre de priorité, on retrouve l'éducation, une politique industrielle écologique, le fonctionnement démocratique, un nouveau modèle culture et médiatique, la diversité, la réconciliation avec les Premières Nations, la santé et faciliter la vie des familles. Dans leur volonté de ne pas paraître trop farfelue, les auteurs du rapport et les organisateurs de la tournée ont voulu se centrer sur des propositions réalistes et réalisables.

En se voulant pragmatique, ce rapport ne pèche pas par audace. L'observateur le moindrement averti de la scène québécoise n'y trouvera pas grande nouveauté, tant dans la critique de la situation que dans les propositions de changement. Le lecteur pourra même à l'occasion éprouver le sentiment que le changement se réduirait à un réaménagement des fonctions de l'État actuel en lui donnant une orientation sociale démocrate. Même le gouvernement Couillard pourrait s'inspirer de certaines des recommandations s'il y était intéressé! Ce rapport contient les éléments d'un bon gouvernement qui ferait de la social-démocratie son axe dominant.

Et l'indépendance, dans tout ça? On en parle comme «une grande absence». Cependant, il ne faut pas se fier sur ce rapport pour la renouveler! D'abord, elle ne figure pas dans les priorités à réaliser. Ensuite, dans un premier temps, l'accent sera mis sur la réalisation du programme d'action. Unissons-nous autour de la question sociale qui rassemble, évitant la question nationale qui divise. Une fois le programme d'action réalisé, qu'adviendra-t-il de l'indépendance? 

«L'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l'indépendance», comme a dit Amir Khadir. Voilà le chat qui sort du sac.

La question sociale avant la question nationale, voilà une position que Pierre Bourgault et Pierre Falardeau ont combattue avec véhémence. Pourquoi? Parce qu'il s'agit d'une erreur stratégique d'importance. Les auteurs semblent avoir oublié qu'au Québec, la social-démocratie ne s'est jamais si bien portée que lorsqu'elle était associée à l'indépendance. Question sociale et question nationale sont liées : quand la première décline, la seconde suit la même pente. Voilà ce que nous pouvons observer au cours des dernières années.

L'indépendance n'est pas qu'une priorité parmi d'autres, c'est LA priorité. Ce n'est pas qu'un moyen, c'est la fin, l'horizon de la société québécoise, son objectif incontournable. Si une question se rapporte à l'avenir, c'est bien celle de l'indépendance du Québec. C'est l'idée politique qui a suscité le plus d'enthousiasme au Québec, le plus grand espoir, et qui continue d'être au centre des discussions. Pierre Bourgault prétendait qu'accéder à l'indépendance était comme émigrer. Devenir indépendant, c'est s'ouvrir à l'avenir, à se découvrir majoritaire, la réalisation d'un destin inédit pour nous. On retrouve ce mouvement au centre des petites nations comme l'Écosse et la Catalogne. Nous ne sommes pas seuls.

Deuxièmement, s'il ne fallait que cette preuve, l'indépendance est l'idée à laquelle le gouvernement fédéral s'est opposé avec la dernière énergie. On n'a qu'à se rappeller les réactions qui avaient soulevé le Canada lors de l'élection du Parti québécois en 1976, l'opposition manifestée lors du premier et du second référendum, l'adoption de la Loi sur la clarté pour encarcaner tout effort de libération nationale. Plusieurs des réformes proposées sont réalisables dans le cadre actuel du système fédéral qui condamnera le Québec lorsqu'il ne s'alignera pas dans le sens des intérêts canadiens. Qu'on pense à l'oléoduc.

Pour ces raisons, c'est une grave erreur de limiter l'indépendance à un projet comme un autre. C'est le projet incontournable, l'horizon d'une nation. Pierre Bourgault a décrit l'indépendance comme une émigration, l'ouverture à la nouveauté, la réalisation d'un destin inédit. De ce point de vue, le rapport de la tournée «Faut qu'on se parle» n'est pas assez exigeant, pas assez audacieux. Pourtant, comme le dit le titre du film, ceux qui font la révolution à moitié .... «Soyez réalistes : demandez l'impossible»! Ceux qui veulent du changement ne doivent renoncer à rien, et surtout pas à l'indépendance.

Jean-Pierre Deslauriers, Gatineau




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