Le retour de la religion à l'école

Le cours Éthique et culture religieuse est plus... (Archives, La Presse)

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Le cours Éthique et culture religieuse est plus une opération de formatage du cerveau des jeunes à la pensée religieuse qu'un enrichissement de leurs connaissances en matière de religion, selon l'auteur de cette lettre ouverte.

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Le cours Éthique et culture religieuse (ECR) a remplacé, il y a huit ans, l'enseignement religieux et moral au Québec.

Se voulant le reflet de l'évolution de la société multi-culturelle et pluraliste, ce cours, contrairement aux prétentions de ses auteurs, marque un retour de la religion à l'école publique dans des commissions scolaires pourtant déconfessionnalisées et un État officiellement laïque.

Les religions sont toujours présentées sous leur plus beau jour. On occulte le fait qu'elles inspirent des crimes, oppriment et persécutent tout autant qu'elles apportent un réconfort aux croyants et favorisent l'entraide sociale.

Dans ce cours, l'athéisme ou la non-pratique religieuse - qui rejoint 80 % de la population québécoise - n'ont pas leur place.

Comme l'indique une enseignante du primaire : « les enfants sont encouragés à s'identifier à la religion de leurs parents ou à s'en choisir une ».

La visée de cette formation est de réintroduire une pensée religieuse chez les enfants.

Les questions d'examens en font foi.

« Parmi les religions étudiées, laquelle choisirais-tu ? » « Parmi les fêtes religieuses, laquelle préfères-tu ? » « Quel type de prière serait adapté à ton mode de vie ? » L'existence d'êtres célestes est tenue pour acquis.

Des enfants se déclarent bouddhistes ou musulmans et s'étonnent de se voir servir du porc.

L'enseignement reposant sur des témoignages de foi, les jeunes sans religion sont marginalisés et, donc, victimes de discrimination.

Or, le but avoué du cours est de favoriser le « vivre ensemble ».

L'expression « culture religieuse » est trompeuse et ne signifie pas présenter les religions dans une optique historique, critique et objective.

Un enfant du primaire est-il équipé intellectuellement pour assimiler l'ensemble des croyances de l'humanité, toutes jugées acceptables et légitimes : monothéismes, spiritisme, mythologies, créationnisme, légendes autochtones, etc. ?

En l'absence de toute pensée critique, les contradictions entre ces croyances, mais aussi entre les volets « éthique » et « culture religieuse » sont escamotées.

La discrimination dont les femmes sont victimes dans la plupart des religions n'est pas remise en cause dans le volet « culture religieuse », bien qu'elle soit évoquée au secondaire dans le volet « éthique ».

Le jeune risque de décoder ainsi cette contradiction : d'un point de vue religieux, le sexisme et l'infériorisation de la femme sont acceptables, mais pas d'un point de vue éthique.

Le matériel didactique perpétue tous les stéréotypes sexistes et culturels. L'autochtone porte des plumes et vit dans un tipi ! Enseignement anecdotique, caricatural.

Les pratiques rétrogrades des fondamentalistes - fillettes mariées à huit ans - sont banalisées.

L'inacceptable est accepté dans la plus totale inconscience. Pire encore, au primaire, on présente comme des faits historiques les récits mythiques, les miracles de Jésus, le Déluge, les mythes créationnistes, les anges apparaissant aux humains, dictant les livres sacrés ou fécondant des vierges.

Privé de maturité, l'enfant gobe toutes ces fables.

En matière de religion, ce qui est cru devient plus vrai que la réalité. La charia devient la « loi de Dieu ».

Le cours Éthique et culture religieuse est plus une opération de formatage du cerveau des jeunes à la pensée religieuse qu'un enrichissement de leurs connaissances en matière de religion.

L'auteur, Jean Delisle, est un professeur de traduction à la retraite




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