Pauvre Sir Hector-Louis Langevin!

Il n'y a pas de raison de s'attaquer... (Archives, Le Droit)

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Il n'y a pas de raison de s'attaquer à Sir Hector-Louis Langevin dont la place dans l'histoire mérite encore d'être soulignée, estime l'auteur.

Archives, Le Droit

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Je n'aurais jamais cru me porter un jour à la défense de Sir Hector-Louis Langevin (1826-1906). D'abord, il a été toute sa vie du côté des plus forts et il n'avait nullement besoin de moi pour avoir sa place dans l'histoire canadienne. Respectable Père de la Confédération, membre du Parti conservateur, il a occupé divers postes dans le cabinet du premier ministre Sir John A. MacDonald. Rien là pour en faire un héros; rien non plus pour en faire un renégat.

Député de Charlevoix de 1876 à 1878, il n'a pas particulièrement impressionné en étant impliqué dans le procès de l'influence indue, alors que le libéral Pierre-Alexis Tremblay l'accusait d'avoir bénéficié de l'appui des curés de la région durant sa campagne électorale. L'élection fut d'ailleurs annulée par un tribunal, mais Langevin gagna quand même la partielle qui s'ensuivit. Un homme politique proche de l'Église catholique, il va sans dire, comme bien d'autres dans une province de Québec où cette institution avait une forte influence. Il cherchait à se faire élire : il n'était pas différent en cela des politiciens d'hier et d'aujourd'hui.

Faut-il maintenant le traiter en « rebut de l'histoire » à partir d'amalgames qui se font ici injustement comme sur bien d'autres sujets. À son époque, les pensionnats où résidaient de jeunes autochtones n'étaient pas considérés avec le regard d'aujourd'hui. Langevin n'était pas différent des gens de son époque là-dessus et il est impossible de lui en faire reproche [pour son rôle dans les pensionnats autochtones]. De plus, il n'a jamais rien su des terribles sévices subis par ces enfants et il ne pouvait sans doute pas même les imaginer. Ce serait un peu ridicule de lui faire un procès d'intentions sur des sujets que Langevin ne pouvait connaître. À l'époque, il croyait faire le bien et personne ne pourra jamais revenir là-dessus.

L'histoire est ainsi faite qu'il ne faut surtout pas la juger à rebours. Cela est toujours une erreur. Autrefois, l'histoire enseignée dans les écoles répétait que les pères Jésuites avaient été « dévorés par les Indiens ». Faut-il revenir là-dessus et en demander réparation? Non, il y a longtemps que la page est tournée et c'est bien ainsi. 

Les députés du NPD qui s'attaquent à Langevin [et qui réclament que soit renommé l'édifice Langevin, site du bureau du premier ministre] font fausse route. Leur cible est dans le passé, alors qu'il faut aller vers l'avenir. Ils montrent encore là leur manque de respect du passé canadien et québécois. Alors pourquoi ne pas retirer les désignations concernant Sir John A. MacDonald? Il n'y a pas plus de raison de le faire que de s'attaquer à Sir Hector-Louis Langevin dont la place dans l'histoire mérite encore d'être soulignée. Au fait, quel est ce pays qui, en fêtant son 150e anniversaire, dénigre ses fondateurs? Pour tout dire, cela est bien triste à voir.

L'auteur, Serge Gauthier Ph.D., est historien et ethnologue.




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