Ottawa doit retrouver sa marge de manoeuvre

Le prochain budget fédéral sera le premier depuis l'élection américaine. Le... (La Presse canadienne)

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Le prochain budget fédéral sera le premier depuis l'élection américaine. Le Canada et le Québec exportent vers les États-Unis une bonne part de leur PIB. En dépit des paroles tranquillisantes prononcées à l'occasion de la rencontre du 13 février entre Justin Trudeau et Donald Trump, la nouvelle administration américaine annonce deux virages dont le gouvernement canadien devra tenir compte.

D'une part, il pourrait implanter une réforme fiscale qui diminuerait l'impôt des sociétés américaines et les découragerait à importer. D'autre part, le président américain a réitéré son intention « d'ajuster » l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Dans ce contexte, que peut faire le gouvernement du Canada?

Du côté fiscal, la baisse du taux fédéral américain représente une escalade dans la concurrence fiscale que se livrent les gouvernements pour attirer dans leur juridiction le capital mobile. La moitié de l'investissement direct étranger au Canada provient de sociétés américaines. Actuellement, l'impôt des sociétés canadiennes est inférieur à celui aux États-Unis. Nous devrons surveiller dans quelle mesure une réduction de l'écart favorable au Canada aura pour effet de réorienter des investissements vers les États-Unis. Des ajustements à certains taux d'impôt pourraient devenir nécessaires.

Plus fondamentalement, le Congrès à majorité républicaine préconise une réforme de la fiscalité des entreprises qui, entre autres, augmenterait le coût après impôt des produits étrangers (du Canada et d'ailleurs) importés par les entreprises américaines, à l'instar d'un tarif douanier. C'est la chose sans le mot.

Du côté commercial, un « ajustement » de l'ALÉNA aura des impacts inconnus pour l'instant. Nous pouvons quand même anticiper qu'il se traduira par plus de barrières pour les sociétés canadiennes qui exportent aux États-Unis, pas moins. Le dossier distinct du bois d'oeuvre donnera le ton.

Pour contrer le protectionnisme ambiant, la voie la plus rentable consiste à poursuivre les efforts pour rehausser la productivité au Canada, qui traîne toujours derrière celle des États-Unis, ainsi qu'à stimuler l'innovation par nos entreprises. C'est ainsi que nous rehausserons la compétitivité fondamentale des produits canadiens à long terme. À ce sujet, la FCCQ préconise une mesure fiscale temporaire permettant l'amortissement accéléré des dépenses en capital, visant les catégories de biens les plus déterminants pour la productivité des entreprises. Il conviendrait aussi de réallouer une partie des budgets substantiels consacrés au soutien à l'innovation vers le maillon de la chaine de l'innovation : sa commercialisation.

Mais les soubresauts de la politique américaine ne recèlent pas que des menaces pour le Canada, il faudra aussi apercevoir et saisir les opportunités de croissance pour nos entreprises. Par exemple, le resserrement anticipé de la politique d'immigration américaine pourrait bien profiter à certaines industries au Canada. Dans les technologies de l'information par exemple, si les grandes sociétés américaines se voient restreintes dans leur capacité de faire venir des spécialistes étrangers, elles sont susceptibles de délocaliser des mandats vers leurs filiales au Canada. À condition que nous continuions d'être ouverts à l'immigration temporaire et permanente des travailleurs dotés de compétences pointues bien sûr. Le gouvernement précédent avait resserré le programme des travailleurs étrangers temporaires. Il faudrait maintenant plutôt en revoir les modalités et les ressources, afin que le Canada puisse traiter en temps opportun un éventuel surcroit de demandes. Saisissons l'occasion quand elle passe!

Pour pouvoir adapter ses politiques fiscales et budgétaires à l'onde de choc qui s'en vient, le gouvernement du Canada aura besoin d'une marge de manoeuvre budgétaire. Dans son prochain budget, le ministre Bill Morneau doit présenter un plan crédible de retour à l'équilibre budgétaire.

Stéphane Forget, MBA, Président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec




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