Justin Trudeau et les langues officielles

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau... (Archives, La Presse canadienne)

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Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

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La décision du premier ministre Justin Trudeau de répondre en français à une question qui lui était adressée en anglais au Québec a fait couler beaucoup d'encre il y a quelques jours, et avec raison.

Toutefois, on a comparativement peu parlé du fait que quelques jours auparavant, le premier ministre a répondu en anglais à une question qui lui était posée en français en Ontario.

Or, ce qui était anormal à Sherbrooke l'était tout autant à Peterborough.

L'Ontario, c'est en effet plus de 600 000 francophones ; c'est une communauté qui fêtait récemment le 30e anniversaire de sa Loi sur les services en français, une province qui est devenue membre de l'Organisation internationale de la francophonie il y a deux mois à peine et qui a célébré, en 2015, 400 ans de présence française sur son territoire.

On ne saurait penser que l'intention du premier ministre était de renforcer une vision binaire de la dualité linguistique avec, d'un côté, un Québec 100 % français et, de l'autre, un reste du Canada 100 % anglais. 

Mais quand le premier ministre répond en anglais à une question qui lui est posée en français simplement parce qu'il est en sol ontarien, les 2,6 millions de Canadiens et de Canadiennes d'expression française qui vivent ailleurs qu'au Québec entendent un certain message sur la légitimité de leur langue dans l'espace public.

Dans ce contexte, il est tout à fait compréhensible qu'ils se questionnent sur la conception que se fait le gouvernement fédéral des langues officielles et de la dualité linguistique.

Le fait est que le premier ministre sème une confusion certaine sur la place du français et de l'anglais au pays. 

Il n'y a pas de mal à reconnaître la place prépondérante du français au Québec ; mais pour un citoyen ou une citoyenne qui s'adresse à son premier ministre, il est normal de s'attendre à recevoir une réponse en français à une question posée en français, ou une réponse en anglais à une question en anglais ou même, pourquoi pas, une réponse dans les deux langues.

Avec le débat qui s'est amorcé au cours des derniers jours, le premier ministre a réaffirmé son attachement au bilinguisme. C'est bien, mais entre affirmer un engagement personnel et assumer un véritable leadership pour camper clairement nos deux langues officielles sur la place publique partout au pays, il y a un pas que M. Trudeau, de par sa fonction, est appelé à franchir.

La tournée pancanadienne qu'il effectue en ce début d'année du 150e anniversaire de la Confédération lui offre l'occasion de franchir ce pas.

Le premier ministre peut et doit montrer que le français et la dualité linguistique ont leur place partout au pays. 

Le message que les Canadiens et les Canadiennes ont besoin d'entendre, c'est que peu importe où ils vivent, ils peuvent échanger avec le dirigeant de leur pays en français ou en anglais parce que c'est une question de droit, mais aussi parce que les langues officielles du pays sont toutes deux aussi légitimes, aussi importantes, aussi célébrées l'une que l'autre.

L'auteure, Sylviane Lanthier, est présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada

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