La démagogie, menace au «vivre ensemble»

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Le président élu des États-Unis, Donald Trump

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L'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis ramène en force dans le débat public la démagogie comme stratégie politique dans les démocraties pluralistes. Il importe de faire une analyse sociologique du contexte social qui la favorise, ses conséquences sur le « vivre ensemble » et voir comment on peut la contrer.

Depuis plus de trois décennies, les sociétés démocratiques, les États-Unis, à l'instar, des autres sociétés occidentales, connaissent de nouvelles réalités qui ont transformé leurs paysages social et culturel. Leurs peuples semblent déboussolés et cherchent leurs repères identitaires. En l'absence d'une politique conséquente, la démocratie devient paradoxalement un terreau pour le triomphe de la démagogie. 

Par définition la démagogie est la politique qui exploite les sentiments de tels peuples, et ce faisant elle met en danger le « vivre ensemble » dans une société démocratique et multiculturelle/pluriculturelle. C'est ce que Donald Trump a fait durant sa campagne électorale aux États-Unis et qui l'ont conduit à la victoire. 

En France la présidente du Front national, Marine Le Pen espère une « victoire à la Trump » en 2017.

Le contexte est le suivant. La mondialisation du néolibéralisme a reproduit de nouvelles couches socioéconomiques appauvries, à la suite de la délocalisation des entreprises vers l'Asie, l'Amérique du sud ou l'Afrique. Les mouvements d'immigration des populations étrangères sans précédent ont rendu les démocraties occidentales multiculturelles. Leur intégration est devenue problématique. L'idéologie libérale qui valorise les droits et libertés de la personne a favorisé l'émergence des minorités de tous genres dont les plus en vue sont : les immigrants, les musulmans, les minorités visibles, les LGBT, etc. La reconnaissance de leurs droits et libertés leur permet de faire des demandes d'accommodements qui ne font pas l'unanimité dans l'opinion publique et dans les partis politiques.

Dans certaines circonstances la majorité silencieuse peut percevoir et ressentir ces droits accordés comme une tyrannie des minorités. Dès lors, un mécanisme psychosocial peut favoriser des sentiments d'intolérance qui hantent toujours la nature humaine : racisme, xénophobie, misogynie, homophobie, etc., sentiments que Trump a exploité à fond dans ses déclarations intempestives. 

Une partie relativement importante du peuple américain aurait été réceptive au discours du candidat républicain et voté pour lui. Ils criaient ainsi leur mécontentement, leur ras-le-bol de l'ordre social actuel : les effets pervers de la mondialisation sur l'emploi, le rectitude politique de l'establishment ultra-libéral envers les minorités, etc. Si ces sentiments devenaient le ressentiment d'une majorité qui se sent lésée par les minorités, le « vivre ensemble » deviendrait difficile. 

En effet, l'élection de Trump a revigoré, ici et là, des groupes d'extrême droite (Klu-klux-klan, suprématie blanche, néonazie, etc). En Californie, foyer de tolérance et d'innovation culturelle, les LGBT éprouvent une certaine inquiétude.

Les nouvelles réalités sociales des civilisations occidentales s'expriment à travers ce que le sociologue français Alain Touraine désigne le concept de « nouveaux mouvements sociaux ». Leurs revendications sont les droits culturels. Eu égard au « vivre ensemble », trois courants de pensée sont actuellement en présence sur le plan politique: 

  1. l'idéologie libérale qui voudrait construire la société par le libre marché;
  2. « l'ultragauche » qui ne fait que dénoncer la domination des minorités victimes, réduites à l'impuissance;
  3. le « centre » qui se porte résolument à la « défense des institutions républicaines, synonyme d'ordre et de discipline.
L'approche de chacun des trois laisse le problème entier la problématique du « vivre ensemble ». Il resterait alors la voie de la raison historique. Dans une société pluraliste le « vivre ensemble » n'est possible la relation à l'autre (comme étranger ou comme différent) est basé sur un univers de valeurs communes. Mais selon le principe d'égalité, c'est par rapport à ce noyau commun qu'on doit reconnaître et respecter aussi la singularité des acteurs des « nouveaux mouvements sociaux ». 

Dans cette perspective, chacun est appelé à accepter l'identité et les projets sociaux des autres, considérés comme étant égaux et différents. C'est la politique du possible par laquelle on peut contrer le triomphe d'un potentiel démagogue qui, selon le Nouveau petit Robert, est « le pire ennemi de la démocratie ».

L'auteur, Yao Assogba, est sociologue et professeur émérite à l'Université du Québec en Outaouais

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