Allez donc comprendre!

Comme c'est curieux, le Comité permanent des langues officielles publie un... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

Agrandir

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Comme c'est curieux, le Comité permanent des langues officielles publie un rapport exhortant le gouvernement à apporter des changements de fond au Bureau de la traduction et... rien ! C'est comme si le rapport avait été rédigé dans une langue incompréhensible. En effet, le gouvernement fait la sourde oreille à la demande de refonte, estime qu'on est au beau fixe et que le statu quo convient tout à fait, merci. C'est à rien n'y comprendre!

Mécontents, les députés vont certes tenter d'obtenir des réponses à leurs interrogations lorsque l'honorable Judy Foote, ministre responsable de la réponse du gouvernement, comparaîtra devant le Comité sur la fin du mois.

Saisis d'une étude du Bureau de la traduction, ces mêmes députés ont entendu plus d'un témoin expert faire valoir que le passage, en 1995, du Bureau de la traduction au statut d'organisme de services spéciaux a déclenché un nivellement des prix par le bas, reléguant à l'arrière-plan l'importance de la qualité des services de traduction et d'interprétation.

Les problèmes au Bureau de la traduction vont s'aggraver si on va de l'avant avec le nouveau système d'approvisionnement en services d'interprétation.

Le gouvernement de Monsieur Trudeau a déclaré ouvertement que les langues officielles lui tiennent à coeur et qu'il va de soi que les Canadiennes et les Canadiens veuillent le juger sur la qualité de ses communications en français et en anglais.

Nous croyons à la sincérité des bonnes gens qui constituent l'actuel gouvernement.

Cependant la réduction des coûts par opposition à l'assurance de la qualité continue d'être la pierre d'achoppement du gouvernement qui a pour ambition et obligation d'offrir au peuple canadien des services de qualité égale dans les deux langues officielles du pays.

La situation ne peut que s'exacerber avec l'avènement du nouveau système d'approvisionnement en services d'interprétation. En effet, après de nombreux reports, la date de clôture de l'appel à propositions est fixée au 23 janvier 2017, malgré le fait qu'il y ait lieu de repenser le système sur toute la ligne.

Le nouveau système prévoit une structure à deux niveaux et seule une poignée de conférences et d'activités fédérales seront dorénavant dotées des interprètes les mieux à même de s'acquitter de la tâche.

Quant aux autres conférences et activités - environ 95 p. 100 du volume global -, ce seront des interprètes qui ne possèderont pas forcément les compétences ou l'expérience ou encore les connaissances voulues qui y travailleront.

Et ils y travailleront parce qu'ils auront été les plus bas soumissionnaires.

Au fil des ans, ce processus fêlé se détériorera au point où l'on verra soudainement des interprètes non accrédités affectés aux séances des institutions fédérales qui relèvent de la catégorie dite « générique ».

Du coup, les Canadiennes et les Canadiens auront de plus en plus de difficulté à accéder aisément à des services de qualité pour suivre les délibérations fédérales dans la langue de leur choix. Et c'est ainsi qu'au final, le gouvernement n'aura plus les moyens voulus pour communiquer efficacement dans les deux langues officielles.

Il n'y a aucun doute que le système proposé vient brimer le droit fondamental de l'égalité d'accès du peuple canadien aux délibérations des institutions fédérales sans égard à la langue officielle.

L'auteure, Nicole Gagnon, est porte-parole de la région canadienne de l'Association internationale des interprètes de conférence (AIIC-Canada)

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer