La « survivance » du Canada français

Le premier à recourir au concept de survivance... (Archives, La Presse)

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Le premier à recourir au concept de survivance a été Lionel Groulx, dans les années 1910. Le chanoine a été photographié en 1962.

Archives, La Presse

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Durant les années et les décennies qui suivent l'échec du mouvement patriote et l'adoption de l'Acte d'Union, aucun chef canadien-français ne s'est levé un matin pour annoncer les débuts de la survivance. Malgré les villages brûlés et l'exil des principaux dirigeants, malgré les procès truqués et les pendaisons injustifiées, la vie quotidienne de ce peuple de plus de 600 000 âmes reprenait son cours.

Accaparés par un présent rempli de défis, les Louis-Hippolyte LaFontaine, Étienne Parent, Ignace Bourget, François-Xavier Garneau et Octave Crémazie étaient plongés dans l'action. Il faut dire qu'il y avait beaucoup à faire : offrir de nouvelles carrières à la jeunesse, tentée par l'exil aux États-Unis ; faire reconnaître la langue des ancêtres et assurer la maîtrise du système éducatif ; canaliser le réveil religieux vers des oeuvres éducatives et sociales ; contredire les lourds constats de Lord Durham sur ce peuple « sans histoire et sans littérature » en proposant des oeuvres inspirantes.

Ce n'est que beaucoup plus tard que des historiens et des intellectuels auront recours au concept de survivance pour résumer plus d'un siècle d'histoire. Le premier à y recourir est Lionel Groulx, dès les années 1910. Le directeur de L'Action française s'inquiète alors du déclassement économique et de l'acculturation des Canadiens français en milieu urbain. Il anticipe même une seconde conquête, plus culturelle que militaire. Sous sa plume, la survivance était en tout point admirable, car elle témoignait d'un entêtement, d'une volonté tenace de durer. Les intellectuels issus de la Révolution tranquille reprendront parfois le concept, mais souvent pour déprécier les acteurs et les intellectuels canadiens-français du 19e siècle.

Les Canadiens français d'avant la Révolution tranquille ont donc été des survivants, bien davantage d'ailleurs que des « colonisés ». Pour mieux comprendre l'état d'esprit qui règne dans le Canada français des années 1840, il faudrait proposer un « portrait du survivant ». Si le survivant brille rarement par son audace ou son ambition, s'il joue de prudence, souhaite avant tout protéger ses arrières, éviter les risques inutiles, il ne reste pas prostré dans son coin en attendant une fin fatalement tragique. Il ne s'épuise pas non plus en vaines lamentations. Il agit, avance, s'active mais sans jamais perdre de vue que son rayon d'action est limité, que la possibilité d'un nouvel échec collectif pourrait s'avérer fatale pour la communauté nationale à laquelle son sort est irrémédiablement lié.

Je crois que c'est à la vaillance de ces survivants que nous devons notre présence française en Amérique.

L'auteur, Éric Bédard, a écrit plusieurs essais, dont Les Réformistes et une Histoire du Québec pour les Nuls. Il publiera en 2017 Survivance. Histoire et mémoire du XIXe siècle canadien-français. Le professeur Bédard prononcera la conférence 1840 : aux origines de la « survivance » canadienne-française au Cabaret La Basoche, 120, rue Principale, à Gatineau (secteur Aylmer), le mercredi 16 novembre à 19 h 30, dans le cadre des Grandes conférences de l'Outaouais, organisées par la Société Gatineau Monde.

Informations : www.gatineaumonde.com

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