Une conscience du Québec s'éteint

Professeur émérite, Jacques Grand'Maison a également été curé... (Archives, La Presse)

Agrandir

Professeur émérite, Jacques Grand'Maison a également été curé de la paroisse de Saint-Hippolyte durant 30 ans.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Jacques Grand'Maison, illustre théologien et sociologue du Québec, est décédé le 5 novembre à Saint-Jérôme d'un cancer des os. Il avait bien préparé son départ en nous laissant dans un dernier livre son diagnostic sur l'état des moeurs au Québec, Ces valeurs dont on parle si peu. Il signait ainsi son testament spirituel, dénonçant la superficialité et le manque de repères de la société québécoise.

Ce constat sévère à la fin de sa vie peut sembler pessimiste, mais l'amoureux du pays s'inquiétait du vide spirituel de ses contemporains et de l'héritage à offrir aux nouvelles générations. Lui, le sociologue du quotidien, le théologien du peuple, tenait de ses parents une « espérance têtue », selon l'expression de Gaston Miron. Il partageait avec beaucoup de générosité et de profondeur ce qui le faisait vivre, c'est-à-dire la foi chrétienne qui inspirait son expérience de vie. Certains lui en ont fait le reproche. Son identité de prêtre révélait un malaise religieux qui perdure au pays du Québec.

Il n'y avait pas de cléricalisme et de prosélytisme chez Grand'Maison, mais une ouverture au sacré dans le monde et un prophétisme à incarner dans la cité. Fruit du concile Vatican II, il avait écrit en 1966 L'Église en dehors de l'église. On croirait entendre le pape François invitant les catholiques à aller dans les périphéries de l'existence pour être une Église en sortie.

Le chanoine Jacques

Grand'Maison a étudié la société québécoise avec passion durant 60 ans. Il s'est enraciné dans sa région pour mieux rejoindre l'universel. Il a lutté pour la justice auprès des ouvriers, comme à l'usine Tricofil. C'était un penseur dans l'action, avec un souci pour la vie intérieure. Sa cinquantaine de livres émanait de son engagement sur le terrain. Il lui arrivait de se répéter, mais son oeuvre s'inscrivait dans la durée d'une fidélité à toute épreuve. Il écrivait par cycles.

D'abord, le cycle du nationalisme et d'une seconde évangélisation, puis celui sur les nouveaux modèles sociaux et les symboliques d'hier et d'aujourd'hui. Ensuite, une série sur l'éthique à l'école, au gouvernement, dans la société. Puis vint la recherche-action de cinq ouvrages sur les tranches d'âge au Québec, passant du drame spirituel des adolescents au confort des baby-boomers. Il parlait « au nom de la conscience », « quand le jugement fout le camp ». Il désirait « réenchanter la vie », l'un de ses livres les plus poétiques. Il proposait de bâtir un nouvel humanisme, où le vivre-ensemble n'excluait pas les gens d'origines et de cultures différentes, avec ou sans allégeance religieuse, comme il l'a montré dans son essai de 2010, Société laïque et christianisme.

Professeur émérite de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal, où il a enseigné pendant 33 ans, Jacques Grand'Maison est resté près des gens. Il a été curé de la paroisse de Saint-Hippolyte durant 30 ans. Il a toujours refusé de se lancer en politique, se concentrant sur ce qu'il ressentait de l'appel de Dieu au creux de ses contradictions et luttes.

Aujourd'hui le Québec perd l'une de ses consciences les plus incomparables et originales.

L'auteur, Jacques Gauthier, est poète et essayiste. Il réside à Gatineau.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer